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Arthur VD.26 novembre 2019

Le scoutisme c’est pas que « nature et découverte » !

Chez les scouts, j'ai trouvé des valeurs que l'on m'a jamais inculquées dans la société. Quand je pars en forêt, je grandis, mais je m'évade aussi...

Par Arthur VD.26 novembre 2019

Pourquoi partir marcher dans la nature, sous la pluie, alors que tout le monde se déplace en voiture ? Pourquoi cuisiner au feu de bois quand tout le monde le fait au gaz ? Pourquoi chanter à pleine voix quand on a Itunes ou Deezer ? Ou apprendre des danses traditionnelles bretonnes, allemandes, auvergnates, quand on peut se déhancher en boîte ? Pourquoi le scoutisme ?

Les deux mondes, qui cohabitent en moi sont en opposition complète : d’un côté une vie dans la nature, sportive, rafraîchissante, épanouissante, harassante. De l’autre, une vie citadine et urbaine, rythmée par le quotidien métro-boulot-dodo. Plus que deux mondes divergents, se sont parfois deux systèmes de valeurs qui s’affrontent, le premier exprimant souvent les défauts et limites du second.

Par exemple, je ne plaisante plus avec la nourriture, en évitant les gâchis inutiles ou en faisant attention aux produits que j’achète. Pas forcément par écologie, mais par respect : j’ai pris conscience de la chance que nous avons de pouvoir manger à notre faim, quand nous voulons. Mon attitude a changé quand j’ai pris l’habitude de toujours faire mes repas à la main, avec des produits frais, et ce grâce à mon expérience du scoutisme. Même si j’y ai souvent mangé des boîtes de conserves, j’y ai éprouvé le plaisir simple de manger une bonne pièce de viande cuite au feu, accompagnée de ses légumes au beurre. Ce n’est pas grand-chose mais cette expérience a radicalement changé mon attitude sur l’alimentation.

Tenir une carte, savoir s’orienter, allumer un feu…

Je me suis aussi rendu compte de l’importance, toute bête mais que l’on oublie souvent, de savoir se débrouiller sans technologie. Sans rentrer dans la critique apocalyptique de notre société, passer du temps loin des facilités de la vie de tous les jours m’a rappelé que nous sommes dépendants de nos outils et objets électroniques. On en oublie des trucs tout bête : tenir une carte, savoir s’orienter, allumer un feu… Ces connaissances sont aussi importantes (voir plus), je pense, que de connaître le théorème de Thalès ou le nom des présidents de la Ve République !

Mais le scoutisme, outre ces petits aspects techniques de la vie en nature, c’est aussi une myriade d’activités sportives, parfois exceptionnelles pour les enfants : rugby, équitation, tir à l’arc, voile… J’ai même pu, grâce à mon mouvement, faire de la via ferrata, du canyoning, et du parachutisme ! De vrais souvenirs magiques, qui m’ont fait comprendre toute l’importance de garder un corps, non pas forcément bodybuildé mais bien « sain ».

Une série de Slate analyse le scoutisme sous toutes les coutures de leurs fantasmés uniformes : alors, scout toujours ?

D’ailleurs, les valeurs scoutes ne sont pas faire du sport pour faire du sport, comme certains qui vont en salle de muscu pour ensuite montrer ses muscles ou ses formes à l’ensemble des réseaux sociaux. Toutes les activités se font dans un cadre thématique, qui se renouvelle à chaque fois : c’est le fameux fil rouge que l’on apprend au BAFA. Qu’il soit historique ou culturel, les enfants sont plongés dans des univers magiques où les déguisements et les mises en scènes sont primordiales : je me souviens d’un lancement de grands jeux, où tous nos chefs déguisés en vikings avaient préparé un bûcher funéraire pour un roi imaginaire défunt ! On peut tous voir de tels spectacles à la télé ou au cinéma. Mais, de spectateurs, nous devenons de véritables acteurs lorsqu’à notre tour nous nous déguisons et jouons des personnages historiques ou mythiques. Le tout dans une bonne humeur généralisée par ces situations parfois totalement loufoques.

Quand je suis devenu plus grand, j’ai eu tendance à prendre de la distance avec tous ces jeux. Pour autant, je garde toujours le même émerveillement lorsque je me retrouve à marcher au fond des bois. Cet émerveillement à quelque chose de magique, au regard de notre société « désenchantée », comme le disait déjà les poètes maudits du XIX. Je suis dans un mouvement laïc mais nous essayons de remettre du sens dans la plupart des petites activités du quotidien. Chanter autour du feu, préparer à manger ensemble, vivre des moments forts collectivement…

Le scoutisme c’est plus que des activités, c’est des valeurs

Quand je retourne dans les métros gris où les gens sont plongés sur leurs portables, les oreilles bouchés par des écouteurs dont le son est tellement fort pour masquer le bruit des transports que tous les voisins autour l’entendent, j’ai un petit vague à l’âme, et juste une envie de retourner aux sommets des montagnes avec ses amis. Je dois à cette magie que j’ai vécue enfant mon rêve de me plonger et d’écrire des romans de fantasy, de retrouver cette féerie enchanteresse qui me manque tant dans mon morne quotidien.Le scoutisme m’a appris à la fois sur moi-même et sur mon environnement. Dernier petit exemple en date : sans être particulièrement féministe, l’ampleur des discriminations faites aux femmes par certains hommes me paraît aberrant. Et mon mouvement, étant mixte, ne fait pas de différenciation particulière entre les genres.

Valentin, lui, c’est en colonie de vacances qu’il s’est mis au vert et s’est découvert. Il s’y est senti bien et il n’a, depuis, pas arrêté.

Mais, globalement, si je retourne dans mon mouvement à chaque fois, c’est parce que j’y ai trouvé trois choses primordiales : une certaine fraternité, avec des amitiés qui dureront jusqu’à la fin de ma vie ; une certaine égalité, où nous vivons tous ensemble, à nous partager les tâches de cette vie collective, le sourire aux lèvres ; et une liberté totale, de partir sur les chemins avec un sac et des amis, de quitter mon confort et mes petites habitudes pour trouver une certaine spiritualité dans un effort sylvestre ou alpin.

Même si, quand on est jeune, on ne comprend pas toujours pourquoi on se retrouve en pleine nature, en uniforme, de jour comme de nuit pour faire des jeux parfois débiles et dangereux, sans le scoutisme et ses valeurs, j’aurais été un individu bien différent, et en mal je pense. En tout cas, je n’ai jamais retrouvé cette devise Liberté, Egalité, Fraternité, dans mon quotidien, quand je ne suis pas encadré par les lois d’une communauté fraternelle mais par celles de la République et de la société.

 

Arthur, 19 ans, étudiant, Paris

Crédit photo Unsplash // CC Mike Erskine

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