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Chala A.3 mars 2020

Livreur chez Uber Eat, j’ai testé, pas approuvé

J'ai acheté un scooter et je me suis lancé. Sauf que chez Uber Eat, les horaires, le salaire et les conditions de travail, c'est la misère.

Par Chala A.3 mars 2020

En janvier 2018, j’ai commencé une formation. Pendant neuf mois. En trois mois, j’ai appris la langue. En six mois, j’ai fait mon contrat pro et un diplôme, mais j’ai pas trouvé de travail dans le commerce. Alors j’ai acheté un scooter et j’ai travaillé pour Uber Eat.

Uber Eat, c’est une entreprise privée qui fait de la livraison. Je commençais quand je voulais : des fois je travaillais le matin, des fois le soir. Et je pouvais travailler toute la journée, sept heures par jour, parfois dix heures.

Quand j’étais prêt, j’ouvrais l’application et l’application commençait à chercher des commandes. Uber Eat m’envoyait celles proches de là où j’étais et je partais les chercher. Une fois que j’avais la commande, je partais en livraison.

S’il n’y a pas de commande, je perds de l’argent

L’argent que je touchais pour les livraisons, ça pouvait aller de 20 à 100 euros par jour et parfois… je n’avais rien ! J’étais sur mon scooter et j’attendais, parfois des heures, que la commande arrive. S’il n’y avait pas de commande, je perdais de l’argent car j’avais acheté le gasoil et je perdais du temps.

Jules a bossé pour Frichti, une plateforme de livraison de repas faits maison. Très emballé à l’idée de gagner de l’argent facilement et rapidement, il a vite déchanté…  « Livreurs : le droit du travail en roue libre », un podcast France Culture.

Et puis c’était un métier pas facile parce qu’il y avait des clients qui parlaient mal. Les gens s’énervaient beaucoup à cause des retards, parlaient mal sur ma mère ! Ça se fait pas ça… Une fois, une cliente voulait pas descendre de chez elle alors que je pouvais pas garer mon scooter. Et elle m’a engueulé. Puis, pour aller chez certains clients, j’étais obligé de prendre des sens interdits et c’était dangereux.

Quand il faisait froid et qu’il pleuvait, je ne pouvais pas rester beaucoup dehors parce que ça me rendait malade, j’avais mal à la tête. En plus, en scooter quand il pleuvait, j’avais peur de tomber.

Aucune protection sociale

Il n’y a pas de social avec Uber Eat. Et pour la santé, il n’y a pas de mutuelle. Il n’y a pas d’aide. Comme il n’y a pas de contrat de travail, il n’y a pas de maison ! Alors à l’époque, je dormais à l’aéroport de Blagnac. J’avais un peu travaillé à Carrefour avant et pu payé une partie de mon scooter.

Les conditions de travail difficiles, les clients désagréables… Pauline l’a aussi vécu en travaillant chez McDo. Et ça a fini par la dégoûter de Paris.

Tout le monde veut faire Uber Eat pour vivre, parce que ça donne à manger vite. Si tu travailles tu gagnes, si tu travailles pas tu gagnes pas. C’est un métier trop mauvais, pour moi en tout cas. J’ai fait 15 jours, ils m’ont envoyé deux fois de l’argent, 800 euros en tout. Mais j’ai dû en donner 400 pour rembourser l’achat du scooter. C’était beaucoup de risques et pas beaucoup d’argent.

 

Chala, 27 ans, salarié, Toulouse

Crédit photo Unsplash // CC Kai Pilger

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