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Zaïna T.24 juin 2020

Après avoir été violée, ma mère m’a rejetée

Après l'agression, ma mère a changé de comportement. Les insultes et les coups m'ont amenée a quitter le domicile familial... alors que j'avais été violée.

Par Zaïna T.24 juin 2020

De mes 13 ans jusqu’à maintenant, j’ai vécu une vie de merde. Aujourd’hui, j’ai 26 ans, et ça va faire presque un mois que je n’ai pas de nouvelles de ma mère. Elle a beaucoup changé depuis qu’elle a commencé à boire. Je ne sais pas pourquoi, mais ça a commencé quand on m’a violée.

J’avais 13 ans. Je suis sortie de l’école et deux jeunes hommes m’ont suivie. Je me suis arrêtée pour faire mon lacet. Ils sont venus me parler, mais je ne les ai pas calculés. Ils m’ont tirée chacun par un bras. J’ai crié « au secours ! », mais personne n’est venu. Pourtant, il y avait des gens dans la rue. Ils ont fait semblant de ne pas entendre. 

Après ça, je suis rentrée en pleurant et je me suis vite changée car j’avais plein de sang. Ma mère est entrée dans ma chambre et quand elle m’a vue elle m’a demandée : « C’est quoi ça ? » Je lui ai dit que je m’étais fait violer. Elle s’est énervée et m’a crié dessus en hurlant : « Ma fille n’est plus vierge ! »

Elle a voulu me mettre à la porte

À partir de ce jour, elle a été plus attentionnée avec mes petites sœurs qu’avec moi. Puis, elle a commencé à me dire des « chut », « ta gueule, je veux plus t’entendre », « tu me dégoûtes, comment tu as pu faire ça à ton âge. J’ai cru que t’étais une fille bien mais je me suis trompée. » Elle est devenue bizarre avec moi et elle s’est mise à m’insulter et me rabaisser avec des mots blessants. Elle disait qu’elle ne m’aimait plus.

Si vous êtes ou avez été victime de violences sexuelles, le collectif féministe contre le viol met à votre disposition le numéro gratuit et anonyme suivant. Il vous apportera des conseils et une écoute attentive :

0 800 05 95 95 (du lundi au vendredi, de 10h à 19h)

De mon côté, je lui répétais : « Pardonne-moi maman, je suis désolée, c’est pas ma faute ce qu’il s’est passé. » Mais quand ma mère commençait à m’insulter, elle ne s’arrêtait plus. Jusqu’au jour où elle a voulu me mettre à la porte.

Un soir, on discutait tranquillement entre mère et fille. Et d’un coup, alors que je voulais sortir, elle a pété les plombs : elle m’a tapée. Moi, je l’ai mise par terre. Je n’en suis pas fière. Mais elle s’est relevée et elle a appelé la police. J’ai entendu la police décrocher et demander ce qu’il se passait. Ma mère a répondu : « Ma fille est violente ! »

La police m’a dit que je devais faire un choix

La police est arrivée et a frappé la porte. Une policière m’a fouillée et a commencé à me questionner. Puis, ils m’ont demandé de les suivre. Je les ai suivis en garde-à-vue. Là, j’ai expliqué ce qu’il s’était passé. La police m’a dit que je devais faire un choix car j’avais 26 ans  : rester chez moi ou bien quitter le domicile de ma mère. Du coup, je suis partie de Toulouse et je suis venue sur Marseille pour faire ma vie. 

Salomé aussi a été violée. Depuis, ses relations amoureuses et aux hommes sont compliquées…

Dans le train, j’ai beaucoup réfléchi. J’ai pleuré. En regardant les paysages par la vitre, je me suis posée plein de questions dans ma tête : que faire de ma vie ? Je cherche encore des réponses. Que faire d’une mère qui ne m’aime pas et qui me traite de tous les noms ? À cause de ce que j’ai subi, je préfère rester seule dans mon coin. Surtout, je me demande ce que j’ai fait pour mériter tout ça.

Elle est où, la maman que j’ai connue ?

J’ai essayé d’appeler ma mère plusieurs fois, mais elle ne m’a pas répondu. Elle a fini par me laisser un message vocal où elle m’insulte. Je suis restée choquée ! La semaine dernière, je lui ai envoyé ce texto :

« Je voulais te dire, ce que tu m’as fait ça me fait mal, je veux plus qu’on soit en contact c’est terminé. Tout ce que j’ai fait pour toi, au final tu réagis comme ça. Ça fait un mois qu’on est pas en contact et que tu t’en fous de moi. Elle est où la maman que je connais ? Je la reconnais plus. T’as changé t’es plus la même, t’as grave changé. Bref. Sur ce, selem [au revoir]. »

Ma mère n’a pas répondu. Je me sens délaissée, mais tant pis : j’encaisse. Depuis, je me dis qu’à chaque jour suffit sa peine. Et malgré cette histoire bien triste, j’ai décidé d’avancer la tête haute.

 

Zaïna, 26 ans, en formation, Marseille

Crédit photo Unsplash // CC Soragrit Wongsa

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1 réaction

  1. Marchez la tête Haute…
    Reprenez votre vie en main ,et battez-vous pour UNE MEILLEURE VIE… Malheureusement , il faut “Accepter” le Présent pour Avancer … Bon courage… Vous êtes une personne importante … !