Angelia F.

Angelia F.7 février 2018

Guadeloupéenne, hébergée à l'ASE (Aide Sociale à l'Enfance).

A cause de mon frère violent, on a dû quitter la Guadeloupe

Tout allait bien dans la vie d'Angelia quand, fraîchement débarqué de métropole, son demi-frère est venu tout gâcher. Une escalade de violence qui l’a obligée à quitter son île...

Par Angelia F.7 février 2018

Avant de venir à Paris, j’habitais en Guadeloupe, au Lamentin, avec mon petit frère Brayane et ma mère. J’ai grandi dans un bel appartement avec un grand salon, une grande chambre, pour moi toute seule. Une jolie cuisine en bois, ça avait du cachet. Je m’y sentais bien dans cet appartement, en sécurité.

Jusqu’à ce que mon grand frère Dwayne, de 18 ans, arrive au Lamentin. Nous n’avons pas le même père. Jusque-là, il vivait avec le sien à Paris, mais il voulait revoir notre mère.

Quand il arrive chez nous, ma mère est heureuse de le retrouver. Moi je suis choquée d’apprendre que j’ai un grand frère, mais en même temps, je suis heureuse, j’ai le sourire aux lèvres : la famille s’agrandit, j’imagine qu’on va sortir et qu’il va me chouchouter puisque je suis sa petite sœur.

Il s’installe dans la chambre de mon petit frère qui déménage dans la chambre de ma mère. Pendant un mois et demi, tout se passe bien. Ça ne dure pas. Mon grand frère fume du shit, beaucoup. Il ne fait rien d’autre. Et plus il fume, plus il devient agressif, possessif, excessif.

Escalade de violence

Un jour, après l’école, on rentre à la maison, avec ma mère et mon petit frère. Ma mère n’arrive pas à mettre les clés dans la serrure. Elle s’énerve, elle frappe à la porte, elle sonne. Pas de réponse. À ce moment-là, je m’inquiète, je suis persuadée qu’il y a un intrus dans la maison.

On continue de sonner, sonner, sonner. Et au bout de vingt longues minutes, on entend un grognement à l’intérieur. La porte s’ouvre et là, on tombe nez-à-nez avec mon frère, de très mauvaise humeur. On comprend qu’il a fait exprès de bloquer la serrure avec sa clé.

J’ai à peine franchi le seuil de la porte qu’il me saisit par le col de mon pull, et qu’il me frappe. Ma mère nous sépare.

Plus tard dans la soirée, ma mère s’absente pour faire quelques courses avec mon petit frère. C’est l’heure de mon émission de télé-réalité préférée, « Les Anges 4 », alors je sors de ma chambre et je fonce vers la télé. Mon grand frère m’intercepte dans le salon et me bouscule.

Je lui demande « C’est quoi ton problème ? » Il me répond qu’il ne m’aime pas. Je lui dis que je n’ai pas besoin de son amour parce que ma mère, mon petit frère et mes amis m’en donnent assez.

« T’es sérieuse ? »

« Très sérieuse. »

On se regarde droit dans les yeux, je n’ai pas peur. Je sens la haine dans mes veines qui me donne la force de l’affronter. Je lui dis qu’il est temps qu’il parte de la maison. « Non je ne partirai pas, je suis ici chez moi.»

Je suis seule avec lui, je me sens en danger, alors je prends la décision d’appeler la police. Au téléphone, un homme me répond qu’ils sont en patrouille, ils ne sont pas disponibles pour intervenir immédiatement. J’appelle ma mère, je suis en pleurs, je tremble, elle ne comprend pas tout ce que je lui raconte, elle se dépêche de rentrer. Quand elle arrive, je suis toujours prise de tremblements, j’ai du mal à respirer, elle n’arrive pas à me consoler.

C’est alors que mon grand-frère sort de sa chambre avec un fusil. Il le pointe sur ma mère. Puis sur moi. Puis sur ma mère. « Tire sur moi, pas sur ma mère ! »

C’est à ce moment-là que je perds le fil de l’histoire. Je ne me souviens plus dans quel ordre se passent les choses. Je crois que j’ai préféré oublier. Je sais seulement que les gendarmes ont fini par arriver.

Quand ils ont débarqué, ils n’ont rien pu faire : vu que mon frère n’avait pas tiré, ils ne pouvaient pas intervenir. Bien sûr, mon grand frère n’est pas bête, quand il a entendu la police arriver, il a caché son fusil le plus vite possible. Les gendarmes sont donc repartis.

Ma mère, en pleurs, décide de quitter la maison pour nous protéger. On prend quelques vêtements dans une valise. Elle appelle une amie et lui raconte ce qu’il s’est passé. Elle vient nous chercher. On est montés dans la voiture, et on est parties.

Ce qui me soulage dans cette histoire, c’est que mon petit frère a été préservé, parce qu’il n’a pas assisté aux scènes de violences. Mais l’image la plus dure à digérer, c’est de voir ma mère vendre les meubles de la maison, ceux qu’elle aimait tant, pour pouvoir acheter les billets d’avion pour Paris.

Une fois en France, je suis allée au foyer

Quand nous sommes arrivés à Paris il y a trois ans, nous sommes allés chez les parents de ma mère qui nous ont hébergés. Mais l’appartement était trop petit pour cinq, il y avait de plus en plus de tensions dans la famille. Je ne supportais plus les cris, alors j’ai demandé à ma mère d’aller dans un foyer pour un petit moment. Je partage ma chambre avec deux autres filles. Avec l’une, je m’entends bien, avec l’autre, moins.

J’ai encore du mal à digérer le départ de Guadeloupe. Souvent, le matin, j’ai des traces de larmes séchées sur les joues. Pour garder l’espoir, je m’assois sur mon lit et je regarde les couleurs du ciel changer. Ce qui compte le plus pour moi, c’est de continuer à voir régulièrement ma mère : une ou deux fois par semaine et un week-end sur deux. L’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) ne veut pas que je la voie trop, parce qu’elle a un problème avec l’alcool.

Elle me déstabilise, mais j’ai besoin de son amour. Si elle n’est pas dans les parages, je perds le goût de la vie. Aujourd’hui, je vais apprendre à construire mon équilibre.

 

 

Angelia, 15 ans, ASE Paris

Illustration © Hugo Besikian

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