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Clément A.8 octobre 2019

Célibataire, je fais l’amour au lieu de le trouver

J'ai jamais été amoureux. Après huit ans de relations sexuelles et « tinderoises », je fais les comptes. Et surtout j'essaie de ne plus me prendre la tête.

Par Clément A.8 octobre 2019

J’ai jamais été en couple. Je sais pas vraiment si c’est une tragédie ou un bonheur en fait. Juste que c’est une réalité et que plus ça va, plus je sens le vide. Ce vide abyssal d’affection, de tendresse, d’amour. L’amour. Je me suis toujours demandé ce que c’était. J’ai toujours voulu ressentir cette chose en toi qui bouge, ce sentiment que tu peux mourir pour quelqu’un. Je sais pas d’où ça vient, mais ça a toujours été une envie transcendante en moi. Peut-être qu’à force de voir tous ces films avec des histoires d’amour, tu te demandes forcément : et moi ? Sauf que moi, bah il se passe rien. Pourquoi ? J’ai une sale gueule ? Je sais pas m’habiller ? Je suis pas assez intelligent ? Je sais pas putain. Je sais juste que cette ignorance, elle te bouffe au quotidien si tu combles pas. Alors depuis le début de mon adolescence, j’ai essayé de pallier à ce vide. Et l’un des premiers moyens que j’ai trouvé, c’était le sexe.

Coups d’un soir, ami.e.s, rencontres Tinder, c’était pareil 

La première fois que j’ai baisé, c’était dans les toilettes de mon club de ping-pong. J’étais en quatrième. Très glamour, ça a néanmoins été l’ouverture. J’ai enchaîné, jusqu’à la fin de mon lycée, toutes sortes de rapports avec toutes sortes de personnes. Je crois que j’aurais niqué un chien, c’était la même. C’est pas tant que ces partenaires étaient immondes. Je ne me préoccupais juste pas vraiment de qui ils étaient. Que ce soit des coups d’un soir rencontrés en soirée, des ami.e.s, des rencontres Tinder ratées, c’était pareil. Je n’avais plus aucun respect pour moi-même. Je n’écoutais même pas mes attirances ou mes envies. Je voulais consommer, pas construire. Sans doute parce que c’est toujours mieux d’être pris dans les bras que d’être seul avec sa solitude. Je pense ça me rassurait de sentir que mon corps pouvait être apprécié, touché, aimé. Un an après mon bac, j’ai bougé à Poitiers. Je me suis dit « C‘est bon, c’est le début d’une nouvelle ère, tu vas rencontrer quelqu’un, et ça va être génial. » Quelques mois après, le vide. Toujours le vide. Ma grand-mère avait probablement une vie amoureuse et sexuelle plus excitante que la mienne.  

J’ai donc ré-installé Tinder. Je l’avais un petit peu utilisé vers la fin du lycée, mais je n’avais pas vraiment d’attentes et je m’en foutais un peu. Là, c’était différent. J’en avais marre de toutes ces mini-relations qui menaient nulle part. Je devais rencontrer quelqu’un. J’en avais besoin. J’étais déterminé à trouver LA personne sur ce site de rencontre (oui je sais, on n’a jamais vu tant de lucidité et de perspicacité combinées en une personne). Mais bon, il fallait essayer, tenter de se débattre dans ce marasme relationnel. Il fallait trouver cette personne qui allait tout changer.

J’ai cherché LA personne, mais sur Tinder c’est mission impossible

Le problème, c’est que quand tu as des attentes très précises sur ce genre de bails, tu peux pas aller vraiment loin. Tu fais que te battre avec toi-même. Parce que sur Tinder, les gens, ils en ont rien à foutre, mais alors rien à foutre. C’est comme si 80% des gens pensaient qu’ils parlaient avec un robot. Ils n’ont aucun respect pour les autres. Soit ils répondent pas alors qu’ils ont matché, soit ils arrêtent de te répondre mais en plein milieu de la conversation, alors que ça fait des semaines que tu parles. C’est insupportable. Je ne saurais compter le nombre de matchs où j’ai liké des personnes que je trouvais super et qui au final ne répondaient pas.

Je me souviens de cet Américain. On avait tant parlé. Des semaines de messages. On allait se rencontrer. Il était beau, drôle, intelligent. Puis plus rien, tu sais pas pourquoi. Bref, Tinder. Malgré tout, je suis resté plus de deux ans dessus. Et après une énième conversation inutile, j’ai tout supprimé. C’était trop. J’étais épuisé de cette recherche perpétuelle, de ces espoirs déchus, de ces conversations à travers le miroir. Je me suis dit qu’il fallait que j’arrête de chercher à tout prix. Je voulais prendre du recul, de la distance, respirer un peu. J’ai rencontré personne pendant six mois et ça a été bénéfique je crois. Ma vision a changé. 

Djamel a rencontré sa copine sur un site de rencontres. En s’inscrivant sans trop y croire, il a matché sur les réseaux et il est tombé amoureux « en vrai ».

Je le sais parce que vendredi dernier, j’ai fait l’amour. Je l’ai rencontré à une soirée. C’était bien putain. J’étais plus dans cette perspective de consommation, je vivais juste l’instant. Que ça mène quelque part ou pas par la suite, c’était pas grave. Ce vide, c’est plus un drame en fait. C’est juste la réalité. La lumière viendra ou non mais j’arrête de me définir et de m’angoisser autour de cette chimère. L’amour. Cette notion si dure à appréhender, à assouvir, à recevoir, à vivre. Un jour, tu viendras peut-être. 

 

Clément-Amadou, 22 ans, volontaire en service civique, Paris

Crédit photo VisualHunt // CC Naive artist

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2 réactions

  1. Mais l’amour n’est pas une raison de vivre, la famille et les amis peuvent te donner de l’amour aussi.

  2. Ouais les amis et la famille te donnent de l’amour aussi, mais c’est pas le genre d’amour que l’on cherche un samedi soir, quand la famille est loin et que les amis sont occupés ou avec leurs amoureux.se… j’ai couché à droit et à gauche sans être amoureuse et je sais de quel vide Clément il parle… mais bon, cette personne va arriver quand on l’attend le moins… c’est que tout le monde dit…