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Pauline Q.15 janvier 2020

Diagnostiquée surdouée à 21 ans, il était temps !

Je me suis toujours sentie en décalage avec les autres. Alors quand j'ai appris que j'étais surdouée, ça m'a soulagé : j'ai enfin compris qui j'étais.

Par Pauline Q.15 janvier 2020

Il y a peu de temps, j’ai été diagnostiquée surdouée, à haut potentiel émotionnel, ou encore surefficiente mentale. Pour parler des gens comme moi on dit aussi les « zèbres », « atypiques », « multi-potentiels », « cerveaux droits » ou « neuro-droitiers ». Ces gens qui ont une pensée en arborescence, dont le cerveau droit est plus actif.

Chez la plupart des gens, c’est l’hémisphère gauche du cerveau qui est le plus actif, pour moi c’est l’hémisphère droit. J’ai les sens plus développés que la moyenne ce qui fait qu’on peut me qualifier d’hypersensible.

Je suis une éponge à sentiments

Je suis comme une éponge à sentiments, je ressens énormément d’émotions en même temps mais, en plus, je ressens intensément celles de mes interlocuteurs. Souvent, quand quelqu’un pleure en face de moi, malgré ma grande empathie, je lui demande d’arrêter parce que je ne supporte pas de ressentir sa tristesse ou son mal-être. Avant, j’avais tendance à m’effondrer, même en face de gens que je connais pas. C’est arrivé récemment, car j’apprends encore à mettre mon « imperméable à sentiments », c’est dur d’arrêter consciemment de ressentir les sentiments des autres sans se sentir coupable de devenir une personne égoïste ou apathique.

C’est comme un bouton on/off que j’actionne à volonté en fonction des situations. Il y a peu de temps, en marchant dans la rue, un père et sa fille sont sortis d’un magasin de pompes funèbres main dans la main, j’ai tout de suite ressenti un énorme chagrin, alors j’ai essayé d’appuyer sur off mais des fois, ça déconne. Ils ont marché devant moi sur quelques mètres avant de s’effondrer dans les bras l’un de l’autre, c’était une scène horrible, j’ai fondu en larmes, je n’arrivais pas à les retenir. Je pensais à leur douleur, à la personne qu’ils ont perdue, à ce qui arriverait si je perdais ma mère ou ma sœur… Dix scénarios plus tard j’avais encore les larmes aux yeux.

Edouard Barge est surdoué, et il a décidé de casser les mythes autour de cette particularité. Sa conférence TED Talk permet de mieux comprendre le fonctionnement des personnes à haut potentiel.

Les « normaux pensants » vont rester des jours sur une dispute. Moi je réagis vite aux émotions, mais en ayant pris le temps de faire redescendre mon émotion dominante du moment (colère, frustration, tristesse, sentiment d’abandon), j’analyse le pourquoi et je vois la situation d’un nouvel angle. Dans mon mode de pensée, il n’y a que deux étapes : émotion -> action. Parfois, je peux donc être blessante parce que tourner autour du pot pour protéger l’autre, ça ne sert à rien. Quand on le fait avec moi je saisis tout de suite la pensée sous-jacente de la phrase remplie de nuances, alors je pense que c’est pareil pour les autres, mais non. C’est pourquoi je suis souvent blessée, même quand mes interlocuteurs ont mis les formes pour atténuer une critique.

Comme je me sens différente, j’essaie de me conformer

Le plus difficile, c’est que, comme je me sens différente, depuis petite j’essaye de me conformer pour que personne ne puisse me trouver bizarre. Les zèbres ont de très hautes exigences, envers eux-mêmes comme envers les autres. Et mon but à atteindre a toujours été la normalité.

C’est arrivé que mes amis me trouvent bizarre (ou juste très relou) de ne pas vouloir aller dans un club parisien ou à une soirée super cotée avec eux. On m’a souvent reproché de ne pas être spontanée, par exemple quand je rencontre des amis d’amis à moi, je ne sais pas trop comment agir, comme c’est un tout nouveau système social que je découvre. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que quand je suis avec des gens qui ne sont pas mes proches, dès que j’ouvre la bouche, j’ai peur de dire une bêtise ou d’être hors sujet parce que mes idées sont très souvent qualifiées d’irréalistes, hors sujet ou wtf. Je vois souvent des liens là où d’autres n’en voient pas, ça crée beaucoup de malentendus et de malaises.

En fait, une fois qu’on t’a mis l’étiquette de la fille bizarre on te reproche pas ta façon d’être, on traîne juste pas avec toi. Mais les gens patients ont réussi à me voir comme je suis une fois le stress de la rencontre passé, et ils prennent mes petites bizarreries pour de la maladresse. Certains trouvent même ça attachant, « Pauline c’est la fille qui a la tête dans la lune. »

Surdouée ? Au début j’ai douté

Ce qui a été difficile à assimiler pour moi, c’est que je suis plus intelligente que la moyenne, ça me paraissait inconcevable. L’intelligence, c’est la remise en question de tout : alors, plus on est intelligent, plus on doute de l’être. J’ai toujours bien eu conscience du fait que je comprenais vite, mais pas tout. Le truc, c’est que l’école est pensée par des cerveaux gauches pour des cerveaux gauches. Faire une dissertation avec un plan et des sous-parties, c’est quelque chose que je n’ai jamais su faire correctement, sélectionner le plus important dans un texte pour faire un commentaire sans pouvoir parler de tous les détails qui font sa spécificité, c’était très difficile.

Aristide est lui aussi surdoué. C’est surtout à l’école que ça lui a porté préjudice, où il s’est éloigné de ses camarades à cause de son insolence et de son rejet de l’autorité : « Surdoué, mon QI élevé m’a isolé des autres. »

Quand j’ai commencé à me documenter sur le sujet, j’avais très peur de l’Effet Barnum ; tout ce qui était dit, c’était moi ! Donc malgré le fait que je me reconnaissais dans tous les livres sur le sujet, je suis restée sceptique. J’avais déjà cru être tellement de choses. Mais là, c’était différent. Je n’avais jamais consulté de psy, mais j’ai décidé de prendre un rendez-vous pour me faire diagnostiquer. Je voulais une réponse scientifique, que je ne pourrais pas remettre en question, et qui sonnerait la fin d’un périple de questions sans vraies réponses. Le verdict était sans appel et, parce que 21 ans c’est relativement tard, elle m’a tout de suite dit : « Vous êtes très courageuse de vous être si bien débrouillée. » J’avais déjà appris à canaliser mes émotions en écrivant, à me stimuler en peignant, en allant au musée et en jouant de la guitare, à m’adapter et à me reconnecter aux gens en imitant et en essayant de parler à des inconnus plus souvent.

Le diagnostic : un gros soulagement

Je prends ce diagnostic comme un don, je ne me renie plus. J’essaye juste de m’adapter tout en restant moi-même. Je fais l’effort, pour les personnes que j’apprécie, de mettre plusieurs étapes dans mon mode de fonctionnement. Je passe de « émotion -> action » à « émotion-> je me demande ce que je vais dire -> je me demande ce que l’autre va ressentir -> j’adapte -> j’agis », pour qu’ils ne soient pas heurtés par mon manque de tact.

Et maintenant, quand je me retrouve dans des situations sociales nouvelles, au lieu d’être stressée de dire ou faire n’importe quoi, je me dis juste que j’ai un avantage pour voir la situation dans son ensemble. Et je peux m’adresser à telle ou telle personne en fonction de sa sensibilité, de son humeur, de son caractère, que je devine, en évitant les malentendus. Parfois, ça peut me donner l’impression de jouer des rôles : je peux m’adapter à tout le monde donc je dois trouver un équilibre entre être moi-même et m’adapter.

Pauline est surdouée et ça ne l’empêche pas de bosser ! Elle nous avait déjà parlé de son travail chez McDo à Paris. Une expérience des classes sociales et d’un certain Paris.

J’ai toujours eu le sentiment d’être à nue, que tout le monde pouvait percevoir ce que je ressentais, ce que je pensais, mais en fait, c’est parce que j’ai toujours cru que tout le monde était comme moi. Mais non, tout le monde ne ressent pas les émotions comme moi, tout le monde n’a pas des intuitions en permanence, tout le monde n’a pas de pensée en arborescence. Ils ne peuvent pas m’analyser comme je les analyse. Je suis rassurée mais ça donne aussi le sentiment d’être condamnée à se sentir seule et incomprise.

 

Pauline, 21 ans, étudiante, Mantes-la-Jolie

Crédit photo Unsplash // CC Sarah Ben Aziza

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3 réactions

  1. Pour l’article mais aussi pour la personne qui témoigne, éviter d’utilisez le terme diagnostiquer : ça n’est pas une maladie.
    Ça casse plus facilement certains biais, détecté est plus approprié.

  2. Bonjour,

    C’est la personne qui témoigne qui a utilisé ce terme. On respecte son vocabulaire !
    Mais en effet “détecté” serait peut-être plus approprié. Merci.

  3. Article très intéressant et bien rédigé, à la porté de tous. Merci pour se partage c’est courageux de ta part.