Mathilde L.

Mathilde L.19 août 2018

Je suis lycéenne à Paris en horaires aménagées à double cursus. Je suis en sport étude de danse et je voudrais faire de la danse mon métier depuis que j’ai deux ans et demi. Je n’ai rien de très exceptionnel, j’aime simplement la vie.

15 ans, une plage, des potes et un coma éthylique

A 15 ans, Mathilde pensait connaitre ses limites. Alors sans réfléchir, elle a enchaîné les verres... jusqu'au trou noir.

Par Mathilde L.19 août 2018

Été 2017 à Cadaqués, un village paradisiaque en Espagne où j’allais tous les ans. Je venais d’avoir 15 ans. Avec des amis, on s’était cotisés pour acheter les bouteilles d’alcool pour passer une bonne soirée. On se connaissait tous, on sortait tous les soirs, on buvait tous les soirs et on était sûrs de passer une très bonne soirée. On criait dans toutes les rues, on était heureux, nos huit bouteilles à la main, avec gobelets et diluant : tout ce qu’il fallait.

On décide de s’installer sur la plage : seize ados de 15 à 19 ans assis en rond. On commence à jouer à “Picolo”, un jeu d’alcool sur portable où chacun boit tour à tour en fonction de défis à réaliser. Mais avec deux amis, nous buvions nos verres sans faire attention au jeu. On enchaînait les verres et l’alcool montait, montait, montait toujours plus. J’étais confiante, je connaissais mes limites.

Je trouvais mon verre trop vide alors je le remplissais toujours plus. Quand j’ai voulu remettre un mélange “Tequila / Ice Tea” dans mon verre, on m’a dit que la bouteille était finie mais qu’il restait du whisky… alors j’ai crié : “Vas-y ! Balance !”. Peu après, on est partis en direction d’une boîte de nuit. Je ne marchais plus droit du tout et je tenais à peine debout. Je me tenais à un ami, on marchait et on était absolument morts de rire. Je me rappelle de ce tournant et… plus rien.

“Tu me dégoutes”

Le matin, j’ai ouvert les yeux, j’étais dans mon lit. Il y avait le mur blanc en face de moi et une chaise sur laquelle se trouvait une bassine rouge. Quand je tentais de me relever, la lumière m’agressait les yeux. Ma tête me faisait atrocement mal et je ne sentais plus mes jambes. Tout mon corps hurlait à l’agonie. Je me suis rassise sur mon lit et je suis tombée nez à nez avec mon père. Les yeux grands ouverts, le visage crispé et des cernes plus grosses que jamais. Il me tendait un doliprane sans dire un mot. Juste le regard disait tout. Un regard dur et froid qui voulait dire “Tu me dégoûtes”.

Il me fixait et m’a dit : “Tu te rappelles de quelque chose ?”. Non, je me rappelais de rien, strictement rien. Il m’a alors tout raconté : j’avais fait un coma éthylique. J’étais tombée et m’étais retrouvée allongée par terre, je n’arrêtais pas de vomir et je ne répondais plus quand mes amis me parlaient. J’avais les yeux fermés et j’étais totalement inconsciente. Ils n’arrivaient plus à me porter et je ne pouvais pas rentrer dans ma chambre d’hôtel pour me doucher et dormir.

Dans la rue, la police espagnole est passée à côté de nous. Ils nous ont embarqués pour nous ramener chez nous mais mon ami a insisté pour qu’ils m’emmènent à l’hôpital. Mon père a été prévenu et a foncé à l’hôpital. Il a appris que j’étais à 4g d’alcool dans le sang et qu’on m’avais injecté je-ne-sais-quoi pour me faire arrêter de vomir. Un camion de pompiers m’a ramenée chez moi avec les sirènes, les cris de mon père et les pleurs de ma meilleure amie.

J’étais au fond du trou

J’étais la seule et unique responsable. J’ai mis beaucoup de temps à me lever après avoir appris tout ça. Mon père est sorti de la pièce et j’ai fondu en larmes. La peur m’envahissait. Le fait de le voir aussi troublé que moi. Et la honte. La honte a pris possession de tout mon être pendant un mois.

Je n’avais plus le droit de sortir, plus le droit de voir qui que ce soit à part deux amis. J’étais simplement cloîtrée chez moi et les images que je m’étais faite de ce qu’on m’avait raconté tournaient en boucle dans ma tête. Ma belle-mère ne m’adressait pas la parole et mon père me répétait tous les jours à quel point j’étais une merde. J’étais au fond du trou. Seul mon ex petit-ami était là pour me rappeler que je n’avais pas tout perdu. Ma vie a été un véritable enfer pendant deux semaines, à m’enfermer dans ma chambre en pleurant et en maudissant mon père et moi-même.

“Ça n’arrive qu’aux autres” est une idée dont il faut se défaire. Je n’ai pas arrêté de boire, mais je connais mes limites. Et je bois cent fois moins.

 

Mathilde, 15 ans, lycéenne, Paris

Crédit Photo CC Pixabay // Free-photos

TAGS :

2 réactions

  1. Bonjour
    Je reponds a ton msg poignant car je suis assise sur une chaise face a mon fils de 18 ans allongé dans un lit d hopital. Le sang glacé par cette nouvelle qu on vous annonce a l aube!!! Allo! Votre enfant est aux urgences!!!!!
    C est un garcon sans histoires lyceen et avec de bon principe! Ne fume pas ne bois pas fais du sport ect…Mais alors ou sont passé tous ces principes inculquer tout au long de sa vie??? Coment expliquer que moi sa mere je n ai rien pu voir ou remarqué??! Quelque chose ma réchappé! Ce soir là il est sorti voir des potes et il devait rentrer vers minuit sof que la c t le silence complet ni d apl et encor moins de msg ! Je n ai pas voulu l embêter ou m inquiéter et j ai u absolument tord!!!!j aurai pu evite le pire!! Retrouver par les gendarmes a 6h30 du matin sur une voie public a moitier mort!!!!! Il fesait un coma éthylique seul dans le froid un 1er decembre!!! Je suis face a lui j attends qu il se reveille pour lui raconter a quel point ses amis sont bon et humain pour l avoir laissé pour moi dans une voie public!!!! La peur nous empeche de reflechir et si ton papa ta regardé avec de gros yeux ou meme insulte sache que c est la peur l angoisse du pire qui fais reagir de cette facon je suis maman et bien place pour comprendre. Mintenant j attend les medecins le resultat sanguin et que mon fils se réveil….

  2. Ton témoignage m’a rappelé la fois où j’avais bu presque rien mais, que j’avais un traitement qui ne me permettait pas la combinaison de ce dit traitement avec l’alcool. Je me suis retrouvée enfermée dans les toilettes ne peuvant plus être réactive jusqu’à l’arrivée des ambulances. C’était dégradant et, dans les yeux même des ambulanciers je pouvais le lire. Je suis croyante et, souvent, je me suis demandée à quel sort Dieu m’aurait promise si j’avais rendu l’âme ici.