Joao G.

Joao G.25 avril 2019

On s’aide et on s'entraîne mais au final, on se fait du mal.

Exclu du collège, j’en ai fait une dépression

Après avoir été exclu de son collège, Joao est passé par toutes les phases de la dépression. Sans sa famille qui l’a fait hospitaliser, il ne serait plus là pour témoigner.

Par Joao G.25 avril 2019

« S’il reste dans le collège, il va tuer quelqu’un. » Cette phrase, c’est le principal de mon collège d’Aulnay-sous-bois qui l’a prononcée le jour de mon troisième conseil de discipline. C’était en mai 2016, j’étais en fin de cinquième. J’étais convoqué pour des faits qui m’avaient été reprochés alors que j’avais rien fait.

Je m’étais battu avec un garçon en dehors du collège. Il a eu un traumatisme crânien. Sa mère a déposé une main courante. À l’issu du conseil de discipline, j’ai été exclu définitivement.

À partir du mois de juin, ça a été la descente aux enfers. Je suis devenu dépressif. Je pense que c’est à cause de cette histoire d’exclusion. Parce que je voyais les jeunes de mon quartier partir en cours et que moi, je faisais rien. J’étais privé de Playstation et je ne pouvais pas regarder la télé parce que je n’avais pas de portable. Du coup, je dormais, je mangeais.

Je sentais que je servais à rien, que j’étais la honte de la famille. Mes parents pensaient que j’avais fait exprès d’être exclu pour traîner dans la rue et devenir un délinquant, alors que pendant toute cette période-là, je ne sortais pas du tout. Je ne voyais personne.

Il y avait des moments où je pensais que ma vie était finie parce que personne ne me parlait, je restais dans mon lit, sans rien faire. Ça a duré un mois. Puis, je me suis embrouillé avec ma famille parce que j’avais balancé une brosse adhésive sur ma cousine. Là, ça a vraiment été la pire épreuve de toute ma vie. Je suis tombé encore plus en dépression.

Ça n’allait pas du tout, j’ai pété un câble. Mes parents m’ont fait interner…

Être en dépression, c’est un sentiment super bizarre. C’est comme si tu n’existais pas aux yeux des gens, tu vois tout en noir et c’est une période vraiment horrible. Je ne souhaite ça à personne. Mes parents s’inquiétaient. Ils me demandaient si je voulais qu’ils m’emmènent quelque part ou si je voulais qu’ils m’achètent quelque chose. Je disais non à tout. Ils ont même appelé mon cousin pour qu’il me fasse faire un tour de voiture dans le quartier. Ça m’a fait du bien, mais rien ne me sortait de mon état.

Six mois après mon exclusion, le 8 novembre, je suis retourné sur les bancs de l’école, dans un autre collège d’Aulnay. Mais après quelques jours, j’ai fait une rechute à cause d’un gros coup de fatigue. Ça n’allait pas du tout. J’ai pété un câble. Mes parents m’ont fait interner une soirée à l’hôpital Robert Debré. Après ça, je n’ai pas pu retourner à l’école. Je suis resté chez moi jusqu’aux vacances de Noël. En janvier, je suis reparti en cours. Ça allait un peu mieux mais ce n’était toujours pas super. Je broyais toujours du noir.

Pour se laisser le temps de réfléchir à son orientation, Alberto a choisi de travailler une année. Son manque d’envie et de passion l’a déprimé, au point de lâcher. A lire ici.

En mai 2017, mes parents ont décidé de m’envoyer au “lits ados” de l’hôpital Robert Ballanger. C’est un endroit pour les jeunes qui ont un mal-être à cause de leur vie d’ado. À l’hôpital, on m’a installé en pédiatrie, les médecins m’ont dit que mon état allait s’arranger, qu’il ne fallait pas que je me fasse du souci. J’étais allongé dans une chambre. Ils me faisaient manger. On faisait des activités (art plastique, dessin…), on allait à l’île de loisirs de Jablines.

Ça m’a aidé à aller mieux, à penser à autre chose, à me sentir utile. J’y suis resté un mois. Pendant cette période, ma famille m’a beaucoup aidé. Ils sont venus me voir de nombreuses fois et certains jours, je pouvais aller jouer à la console chez mes cousins. C’est en partie grâce à eux qu’aujourd’hui je peux dire que je vais mieux. Si mes proches n’avaient pas été là, moi je ne serais plus là. Après cette lourde épreuve, ça a été la délivrance. Entre moi et moi-même, c’est enfin plus joyeux.

 

Joao, 16 ans, lycéen, Aulnay-sous-Bois

Crédit photo ©Pexels // CC0

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2 réactions

  1. Bonjour c’est très touchant, je suis plus âgée que toi, je connais ce sentiment tu t’en es sorti j’en suis heureuse vraiment. Continue ta vie tu vas devenir quelqu’un de bien avec un beau métier et des gens qui t’aiment. Que dieu te protège mon garçon.

  2. Mon Grand ne lâche pas . Projettes toi encore et d avantage pour un avenir équilibré.