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Kadija F.28 mai 2019

J’ai été violée après avoir fui un mariage forcé

Pour lui éviter un mariage forcé, la mère de Kadija lui a fait quitter la Guinée. Sur son chemin pour la France, elle a rencontré un homme à qui elle a accordé sa confiance et qui lui a fait du mal.

Par Kadija F.28 mai 2019

J’ai grandi en Guinée-Conakry jusqu’à l’âge de 15 ans. Quand j’avais 13 ans, ma grande soeur de 18 ans a vécu un mariage forcé. Mon père était mort, ma mère n’était pas d’accord et ma soeur non plus. C’est la famille de mon papa qui a décidé. J’étais triste pour elle. Elle n’aimait pas son mari. Souvent, elle tombait malade. Elle est morte deux ans après, à l’âge de 20 ans.

Sa famille a voulu me marier à cet homme pour la remplacer. Ma mère ne voulait pas. Elle m’a donc fait partir. Ma maman m’a dit qu’elle ne voulait pas que je me marie avec cet homme car je ne l’aimais pas et parce que j’étais jeune. Elle m’a emmenée faire mon passeport et je suis allée au Maroc en avion pour fuir, puis en bateau jusqu’en Espagne. Là-bas, j’étais à la Croix-Rouge à Melilla. Ils m’ont envoyée à Bilbao. Là, ils m’ont dit de partir dans la rue.

Là-bas, j’ai rencontré un homme, environ la trentaine, il était grand avec la peau foncée. Il m’a demandé d’où je venais. Je lui ai raconté mon histoire et je lui ai dit que je ne savais pas où aller. Il m’a proposé d’aller chez lui. Il me paraissait gentil. Je n’avais pas peur au début et il m’a fait du mal. Je voulais sortir de son appartement mais j’avais peur qu’on me renvoie dans mon pays.

Il m’a dit qu’il connaissait ma famille en France. C’était un mensonge. Après deux jours de voiture, on est arrivé à Paris. Il m’a dit de descendre de la voiture et de m’asseoir à l’arrêt de bus. Il m’a donné un petit téléphone et 40 euros. Il m’a donné un numéro où l’appeler si je l’attendais trop. Il m’a laissée là-bas de 16h à 20h. Je ne l’ai pas revu. Il m’a abandonnée dans la rue.

Ma maman a voulu me protéger de la souffrance mais je l’ai rencontrée

Deux femmes blanches m’ont vue et m’ont demandé ce que je faisais, ce que j’avais, car j’avais mal au ventre. Elles ont appelé la police. Quand elle est arrivée, on m’a demandé pourquoi j’étais là. Je leur ai tout expliqué. Ensuite, les policiers m’ont emmenée dans leur voiture, puis dans leur bureau et après, dans un foyer.

Tout comme Khadija, de nombreuses femmes sont victimes de violences pendant leur migration. 20% des femmes secourues par SOS Méditerranée sont enceintes. A lire sur rfi : Migration et crimes sexuelles, le calvaire des femmes durant l’exode 

Au foyer, on m’a fait des tests et on m’a dit que j’étais enceinte. Je ne le savais pas, mais ça faisait trois mois que je n’avais pas mes règles. On est allés à l’hôpital. Ils m’ont fait l’échographie, ils m’ont dit que le bébé était mort, que son coeur ne battait plus. Ils m’ont donné un rendez-vous pour faire l’intervention. Ça m’a fait mal. Ça a été un moment difficile pour moi. Je souhaitais être maman un jour mais pas avec lui.

Dix jours après, mon ventre me faisait mal. Je saignais. Les pompiers sont venus me chercher pour m’emmener à l’hôpital. Ils m’ont soignée et aujourd’hui ça va. Je ne regrette pas d’être partie de Guinée, mais je me demande pourquoi j’ai eu ça. Il m’arrive parfois de me réveiller la nuit et de penser à ce qui m’est arrivé. Ma maman a voulu me protéger de la souffrance mais malheureusement, je l’ai rencontrée durant mon parcours, à cause d’un homme.

Islem est musulmane. Sous la pression de sa famille, elle n’imagine pas épouser un non-musulman, ni même non-maghrebin ! Me marier avec un non-musulman, c’est « dead » 

Aujourd’hui, j’aimerais parler avec ma maman. Je ne lui ai pas parlé depuis que je suis arrivée en France. Je n’ai pas son numéro. Elle n’a pas Facebook. Je n’ai aucun moyen de la joindre, ni mes frères et soeurs. On n’y avait pas pensé quand j’ai quitté le pays. J’aimerais que ma mère, ma petite soeur et mon petit frère viennent en France vivre avec moi.

 

Kadija, 16 ans, collégienne, Orsay

Crédit photo Unsplash // CC Tess Wilcox

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