Sabrina P.4 novembre 2018

Je ne suis pas beaucoup sociable mais je suis toujours agréable.

J’ai grandi sans (re)père

À partir de ses trois ans, Sabrina a grandi sans père, parti sans laisser de trace. Elle est restée avec sa mère qui a toujours fait en sorte qu'elle et ses soeurs ne manquent de rien.

Par Sabrina P.4 novembre 2018

Beaucoup de personnes (trop) souffrent de l’abandon d’un de leurs parents. C’est mon cas. À trois ans, mes parents ont divorcé. Mon père a laissé derrière lui ma mère, seule avec ses trois filles, alors que nous étions toutes petites. Comment a-t-il pu faire une chose pareille ? Abandonner ses propres enfants, sa propre famille ? Je n’ai jamais compris son choix. Encore aujourd’hui, cela m’échappe. Peut-être avait-il ses raisons ? Quand j’étais petite, nous habitions dans un petit appartement à Paris et, chaque fois que dans ma tête je le revois, je ne me remémore que de beaux moments avec mes sœurs, ma grand-mère et ma mère. Je me rappelle n’avoir jamais manqué de rien. J’avais mes repères, mais je l’avoue, lorsque je voyais les parents de mes autres amies je ne comprenais pas trop… Je n’avais plus de souvenir de qui était mon père.

Les questions fusaient dans ma tête. Pourquoi est-ce que je n’avais pas de père ? Où était-il ? Que faisait-il ? Pourquoi maman ne répondait pas à mes questions lorsque je parlais de lui ? Était-il mort ?

Quatre ans sans nouvelles

Nous n’avons plus eu de nouvelles de lui pendant quatre ans. À mes 7 ans, il a repris contact avec nous, en nous annonçant qu’il s’était marié et que nous avions un demi-frère. Encore trop jeune pour comprendre et réaliser, je l’ai plutôt bien vécu comparé à mes grandes sœurs, mais je savais que quelque chose n’allait pas. On a commencé à beaucoup se revoir. Puis, l’histoire s’est répétée. Du jour au lendemain, plus rien ! Il a quand même repris des nouvelles à de rares occasions, comme pour se déculpabiliser et jouer son rôle de « père ».

Pendant que lui vivait sa petite vie avec sa nouvelle famille, ma mère et ma grand-mère continuaient à s’occuper de nous. Je n’ai jamais réalisé à quel point ma mère souffrait de toutes ces épreuves et tout le poids qu’elle portait sur ses épaules… Et ces deux rôles qu’elle devait jouer pour que nous ne manquions de rien. Lorsque j’avais 11 ans environ, ma mère m’a expliqué ce qu’elle avait enduré. Une maladie, son travail, nous… J’étais loin de m’imaginer tout cela. C’est donc à cette période que je me suis fait ma propre idée de mon « père » : un homme égoïste, manipulateur et ingrat ! Même si on le voyait de temps en temps et que, pour certaines personnes, c’était une chance, les quelques moments avec lui n’effaçaient en rien les années d’absence. Il a divorcé avec la mère de mon demi-frère et comme il sait si bien le faire, il n’a plus donné de nouvelles à mon frère. Lorsqu’on lui parlait, mon « père » nous disait que c’était elle qui était partie et avait coupé les ponts.

Le divorce de ses parents,  A. l’a vécu comme un choc. Quand, en plus, son père la délaisse pour reconstruire sa vie avec une nouvelle femme, rien ne va plus. Malgré cela, elle continue à lui rendre visite : « C’est mon père, j’en ai qu’un et malgré ce qu’il me fait vivre, je l’aime. ».

Encore aujourd’hui, il n’a plus de nouvelles de son fils. Quant à nous, nous nous contactons très rarement. Finalement, je me rends compte que je ne lui en veux pas d’avoir grandi sans repère masculin. Après tout, je n’ai pas vraiment eu besoin de lui moi, mais je ne pourrai jamais oublier tout le mal qu’il a fait subir à ma mère.

Malgré tout, je serai présente pour cet homme qui m’a donné la vie. Lorsqu’il vieillira et qu’il aura besoin de nous, nous serons là pour lui ! Voilà les valeurs que nous a inculquées ma mère. C’est elle qui a fait de moi celle que je suis aujourd’hui. J’ai grandi sans père, mais avec une femme forte, généreuse et courageuse. Et je lui en serai à jamais reconnaissante.

 

Sabrina, 18 ans, étudiante, Paris

Crédit photo Pixabay // CC BarnImages

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