Eleonore V.

Eleonore V.2 février 2019

J'ai 21 ans et je suis en troisième année de Lettres Modernes à l'université de Nanterre.

J’ai mis plusieurs années à surmonter la mort de mon père

Suite au décès de son père, Eléonore est tombée en dépression. Une rencontre va lui permettre d'en sortir.

Par Eleonore V.2 février 2019

« Life’s a pièce of shit when you look at it », chantaient les Monty Pythons. La vie n’est pas parfaite. On traverse tous des moments difficiles. Surtout quand on perd un proche. Mais ils sont temporaires lorsqu’on décide de relever la tête et de continuer à avancer.

Nous sommes début 2011, j’ai 14 ans et je passe les meilleures journées de ma vie. C’est le temps des premières sorties, du premier petit copain, je fais partie d’une bande d’amis soudée. Mon école est comme ma deuxième famille. Puis, tout s’effondre.

Le 2 mai 2011, on attend que ma mère vienne nous chercher à la sortie des cours comme chaque lundi. Mais non, aujourd’hui, c’est mon beau-père qui vient. Bizarre. Le trajet en voiture se fait en silence avec un fond de musique, chacun dans ses pensées. Lorsqu’on arrive à la maison, devant la cage d’escalier, incompréhension. Je vois d’abord ma mère descendre et puis derrière, ma sœur, en larmes. Ma mère nous accompagne dans le salon avec mes frères et mon oncle. À ce moment-là, je comprends que quelque chose ne va pas. On s’assied et on attend. Et là, mon beau-père nous annonce que mon père est décédé… Choc, colère, tristesse, toutes les émotions y passent.

Quand mes parents ont divorcé, lorsque j’avais 3 ans, mon père est parti habité à Rome. Je le voyais souvent. Mais depuis son déménagement à Saint-Martin, aux Caraïbes, en 2008, nous nous retrouvions seulement deux fois par an. Il me manquait déjà énormément. Mais là, cela signifie que je ne le verrai plus.

Mes potes sont heureux, pas moi

En septembre 2011, comme l’école Montessori dans laquelle j’étais a fermé, j’atterris en troisième à Suger, à Vaucresson. C’est très strict, j’ai de mauvaises notes et je me sens nulle et rabaissée par les profs. Je n’ai plus aucune confiance en moi. Le soir, avant de dormir, je pleure dans mon lit en pensant à mon père. Il me manque terriblement. Je n’arrive pas à faire mon deuil, je suis encore dans la phase d’incompréhension et de colère. Je commence à sortir de moins en moins, je m’éloigne au fur et à mesure de mes amis. Je préfère rester dans mon cocon chez moi ou chez les Ducoux (mes voisins et amis de la famille). Heureusement qu’ils sont là. Je les vois quasiment tous les jours, ils me remontent le moral. On sort souvent dans Versailles et on passe tout notre temps libre ensemble.

En 2012, j’ai mon brevet et je sors enfin de cette prison pour aller dans un lycée à Versailles. J’essaye d’aller mieux et d’avancer. Mais je suis triste. Le comble, les Ducoux déménagent à l’été 2013 à Bruxelles. Deux ans se sont passés depuis la mort de mon père, je commençais à me sentir mieux grâce à eux, mais ils s’en vont. Je me sens de nouveau abandonnée. Qu’est-ce que je vais faire sans eux ? Je ne sais pas. Je n’ai plus de repères. Je retombe dans la déprime. Pendant deux ans, il ne se passe pas grand-chose dans ma vie. Je n’évolue pas, je procrastine tout le temps, pour tout. J’ai peur de l’échec, du regard des autres. Je ne sors plus, je refuse toutes les opportunités et je deviens asociale. Mes potes sortent, ils sont heureux, mais pas moi. Je me réfugie dans ma zone de confort, là où personne ne me juge. Je devrais passer le permis comme tout le monde, mais je ne fais aucun effort. En 2015, je passe le baccalauréat et je redouble. Génial. Tous mes potes l’ont sauf moi. Ils avancent tous, sauf moi.

Cet été-là, je me lance un défi

Je passe ma deuxième terminale en candidat libre au Cours Versaillais où je rencontre Charlotte, qui devient vite ma meilleure amie. Elle est dans la même situation que moi. On se voit H-24 et on passe nos week-ends ensemble à Paris. Je commence à remonter la pente. En juillet 2016, j’ai mon bac. ALLELUIA. Je n’ai jamais été aussi fière de moi. J’ai un déclic.2 Mon père me manque, j’aimerais qu’il soit là, fier de moi, de me voir grandir, mais non. C’est la vie. Je me suis alors dit : « Bouge-toi ! » Je ne vais pas arrêter de vivre à cause de sa mort. Il faut que j’avance. Cet été-là, celui de mes 19 ans, je me lance un défi : sortir de ma carapace, oser, sortir, m’assumer et profiter tout simplement. C’est le plus bel été de ma vie.

Marine, elle aussi a perdu son père mais sa famille ne lui a pas laissé l’occasion de lui dire au revoir. Aujourd’hui elle regrette : Trop Jeune pour affronter la mort de mon père. 

Septembre 2016, je rentre en lettres modernes à l’université de Nanterre. Un nouveau départ pour moi. J’ai repris confiance en moi, j’ai rencontré de nouvelles personnes. Les Ducoux sont toujours mes meilleurs amis, je vais les voir régulièrement en Belgique et vice-versa.

Aujourd’hui, j’ai 21 ans, je suis en troisième année, j’ose, j’évolue et je surmonte mes peurs. Mon objectif : partir au second semestre à Rome en Erasmus. J’y allais  souvent quand mon père y habitait mais comme j’étais petite, je n’ai pas tellement de souvenirs profonds… Il y a une part de curiosité à revenir là où mon père était. Grâce à mon entourage, mes amis et ma famille, j’ai su relever la tête. Le décès de mon père n’est plus une faiblesse, mais une force qui me pousse à avancer. Il n’est plus de ce monde, mais reste et restera à jamais dans mon cœur.

 

Eleonore, 21 ans, étudiante, Versailles

Crédit photo Flickr // CC Jamelah e.

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