Louise M.

Louise M.28 avril 2019

L’amitié ce n’est pas donné, ça s’apprend !

Après le suicide d'un proche, Louise se questionne sur la meilleure façon d'aider ses proches. Avortement, mal-être, addictions... Comment réagir en tant qu'amie ?

Par Louise M.28 avril 2019

On nous dit toujours de prévenir quelqu’un de « qualifié » lorsqu’on considère qu’une personne de notre entourage est en danger. Mais à quel moment considérer que son ami est en danger ? À quel moment considérer que l’on n’est plus en capacité de l’aider ? Et surtout, dans quelle mesure est-ce qu’on peut, ou qu’on doit, lui proposer son aide ? Il est difficile de savoir où se positionner en amitié.

C’est en décembre 2015 que j’ai commencé à me demander si ne rien faire était vraiment fauter, si c’était vraiment utile de regretter. Je me suis demandé tout ça après une semaine de recherches, lorsqu’on a fini par retrouver son corps pendu au fond du bois. Et là, tout est remonté : les souvenirs, les regrets, les larmes. Je me suis dit que j’aurais dû traverser la rue plus souvent, aller le voir. Je me suis dit que cette fois-là, je n’aurais pas dû m’arrêter à un « ça va ? ». Et pourtant, au fond de moi, je savais que je n’aurais pas pu empêcher cela.

La souffrance d’une amie

La vie a continué, le temps s’est écoulé. L’été est arrivé : les veillées tard le soir, les discussions au coin du feu… Avec une amie qui m’est chère, on a discuté. Je lui ai parlé de mes parents, elle des siens. Elle m’a raconté la maladie de sa mère, les fois où elle l’avait oubliée à l’école, les fois où elle lui avait fait honte, les fois où elle avait douté de son amour. Et tout ça se reflétait sur celle qu’elle était aujourd’hui. Je suis fière de ce qu’elle est devenue et pourtant, j’aimerais lui faire reprendre goût à la vie, lui faire comprendre qu’elle n’a rien mérité de cela, que sa haine doit sortir et ne plus l’empêcher de croire au bonheur. Mais j’ai toujours l’impression de ne rien pouvoir faire pour ça. Je sais qu’elle n’est plus en danger, elle se débrouille parfaitement seule maintenant et pourtant, je sens qu’elle a besoin de moi. Je ne sais pas comment lui montrer que je suis là, qu’elle peut souffler en ma présence.

Les erreurs de parcours

Et puis j’ai aussi continué à voir les autres, des filles que je côtoie au quotidien depuis presque toujours, et j’ai appris que deux d’entre elles étaient enceintes et que deux de leurs amies l’étaient aussi. Quatre avortements à la suite. Quatre personnes différentes. Quatre rendez-vous, huit médicaments et quatre fins de grossesse. Ce n’était pas la première fois que ça arrivait. On se dit que ça aurait dû leur servir de leçon. Que ça doit être dur à vivre et qu’en même temps, dramatiser la chose ne ferait que les replonger dans de mauvais souvenirs, que mieux vaut tourner la page. Et pourtant, ça recommence, un oubli de pilule, un rapport non protégé et encore une fois, je ne peux rien empêcher. Faire la morale à une amie de son âge n’est pas facile, non pas que ça fasse peur, mais c’est presque mission impossible d’être prise au sérieux. On prend ça sur le ton de la rigolade, on espère que le message est passé quand même. Mais, au fond, rien de concret, et on passe à autre chose.

Les conseils non prononcés

Toujours ces mêmes soirées d’été entre amis dans lesquelles ils fument, ils fument, ils fument à ne plus pouvoir s’en passer. Un joint de plus, un dernier, encore un et puis après c’est terminé. Et puis non, c’est l’été, c’est les vacances, il fait beau… Toujours des excuses à n’en plus finir. J’aurais aimé que tous cessent en même temps que moi il y a deux ans. Mais ça n’a pas été le cas. Et ça pose des problèmes, ça les empêche d’avancer, ça leur coûte de l’argent, du temps, et encore, je me sens impuissante vis-à-vis de tout ça. Je sais que ce n’est pas simple, je sais qu’ils ont souvent essayé et je suis la première à ne plus savoir quoi faire de plus.

Quand Eleonore et Charlotte se sont rencontrées au lycée, elle sont rapidement devenus meilleures amies. Séparées à la fac, Eleonore a fait le douloureux constat que leur relation lui faisait plus de mal que de bien. J’ai réussi à sortir d’une amitié toxique 

Et pourtant, mes amis continuent de m’aimer, ils continuent de se confier, de me remercier de faire partie de leur vie au quotidien. Et finalement, je me dis que ma place est peut-être là, à répondre lorsqu’on m’appelle, consoler lorsqu’on pleure, raisonner lorsqu’on se trompe, disputer lorsqu’on recommence, féliciter lorsqu’on réussit. Il est toujours difficile de savoir où se positionner en amitié, mais je pense que l’important est de faire savoir à ceux qu’on aime qu’on est là pour eux et qu’on peut l’être quelle que soit la situation. Le fait de se sentir coupable, impuissant, inutile est courant et tout à fait normal mais finalement il ne peut servir qu’à s’améliorer, soi et ses propres réactions face aux autres.

 

Louise, 19 ans, étudiante, Nanterre

Crédit Photo Unsplash // CC Cristian Newman

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1 réaction

  1. je trouve ton article super je l’ai envoyé à une amie qui a des problèmes et moi aussi et du coup ça a compliqué notre amitié parce qu’on a pas toujours été là l’une pour l’autre