Raki S.

Raki S.21 novembre 2018

Je suis multiface.

Mes cheveux, c’est un jeu

Tissages, perruques, braids... Depuis qu'elle est petite, Raki a l'habitude de customiser ses cheveux. Elle se fiche des commentaires négatifs. Elle change de tête quand elle veut !

Par Raki S.21 novembre 2018

Aujourd’hui je suis brune, hier j’étais rousse, demain je serai une rasta girl ! Oui, je suis une jeune fille noire qui porte des faux cheveux. La première fois, c’était en primaire. J’étais en CM1 ou CM2. C’était ma sœur qui me coiffait parce qu’elle savait coiffer. Je viens d’une grande famille, j’ai quatre sœurs et trois demi-sœurs. Elles portaient toutes des rajouts. Moi, je voulais juste les imiter. Donc un jour, j’ai demandé à ma sœur de me faire des braids, des longues tresses accrochées aux cheveux au niveau de la racine. Ma mère ne voulait pas parce que j’étais trop petite. Je l’ai suppliée. Elle a cédé. Ensuite, j’ai dû convaincre ma sœur. Parce que ça prend du temps, elle était pas trop chaude.

Elle a fini par accepter aussi. Elle est partie dans mon quartier à Château Rouge acheter trois paquets de mèches noires, parce que comme j’étais petite, j’avais une petite tête, il ne fallait pas beaucoup de braids. J’avais les cheveux crépus et mi-longs. Elle a fait des sections de cheveux, elle a pris un bout, a enroulé la fausse mèche autour de mes cheveux puis a tressé. Je me souviens que ça me faisait archi mal, ça tirait le cuir chevelu. C’était lourd et ça m’a empêchée de dormir pendant deux jours, mais j’kiffais tellement que j’m’en fichais de la douleur. Cette histoire, ça nous a pris toute l’aprèm, assises sur des coussins dans le salon. Je me souviens qu’il y avait un clip de Mariah Carrey qui passait à la télé pendant qu’elle finissait de me coiffer. À la fin, j’me sentais trop comme elle parce que j’avais des loooongs cheveux.

« Je vais arracher tes faux cheveux »

À partir du collège, j’ai plus tenté les couleurs. Je faisais des braids bouclés courts ou longs. Mais je laissais aussi mes cheveux naturels « respirer » en faisant des nattes ou des chignons. Et des fois, je les lissais. J’aimais beaucoup mes cheveux lisses parce que c’était beaucoup plus simple à coiffer et ça me prenait moins de temps le matin. Entre nous, avec mes soeurs et même avec mes copines, c’était pas du tout tabou. On se donnait des conseils, on se coiffait ensemble et parfois, on confectionnait nos perruques ensemble.

Métisse, Delix a mis du temps à ne plus avoir honte de ses cheveux frisés. Aujourd’hui, elle aime ses cheveux au naturel !

Mais comme au collège, ça taquine beaucoup, j’ai commencé à prêter attention à ce que mes camarades disaient. À l’époque, j’étais plus sensible que maintenant. Ceux qui ne sont pas noirs me faisaient des remarques du genre : « Pourquoi tu te mets ça ? », « Tu as honte de tes cheveux naturels ? », « Mais ce n’est pas sale ? », « Je vais arracher tes faux cheveux ».  Sur le coup, quand on me faisait ces remarques, je faisais genre mine de rien, mais au fond de moi, je me posais des questions : « Peut-être qu’ils ont raison ! », « Faut que j’arrête… », etc. Soit je me défendais, soit je disais rien, car ça me fatiguait et je me disais que ça ne valait pas la peine. J’avais un entourage qui mettait des faux cheveux, donc j’ai continué aussi.

Moi, je me sens comme une magicienne

Au lycée, j’ai commencé à tester de nouvelles choses : me mettre des tissages, des perruques et toujours mes braids adorés. On me faisait toujours les mêmes réflexions déplacées et maladroites qu’au collège avec, en plus, des « attention ta perruque va tomber ! » (accompagnées de ricanements) et des regards persistants dans le métro qui aujourd’hui ne me font plus d’effet.

Certaines filles viennent  me voir et me disent que, contrairement à moi, elles n’oseraient pas porter de rajouts à cause des préjugés. Je leur réponds qu’il faut assumer et surtout pas faire attention aux autres.

Pour moi, pouvoir passer d’un carré violet à du bouclé hyper long, c’est vraiment génial ! Quelque part, je me sens comme une magicienne. Le fait de changer de tête comme je le souhaite, c’est comme si j’étais libre et ça me permet d’avoir une certaine confiance en moi. Si je mets des perruques, des tissages, des braids, des locs, c’est tout simplement parce que j’aime changer de tête, voir ce qui me va, ce qui ne me va pas, tester des couleurs que je n’oserais pas forcément porter sur mes cheveux naturels.

 

Raki, 18 ans, étudiante, Paris

Crédit photo Wikipedia // CC NobleK1234

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