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Anne-Marie G.2 juillet 2020

À 13 ans, je parle de sexe sans tabou

Je trouve ça dommage que les filles n’osent pas parler de sexualité au collège. Alors depuis la quatrième, je brise le tabou et j'en parle autour de moi !

Par Anne-Marie G.2 juillet 2020

J’étais en appel vidéo avec des garçons et des filles. On a parlé de nos envies, de nos préjugés sur le sexe. J’étais en quatrième, c’était mes amis et on était dans le même collège. Les filles se sont vite détournées de la caméra et ont parlé entre elles pendant que je parlais avec les garçons. On a cassé avec humour la « gênance », le « tabou » du sexe. J’étais heureuse de voir qu’en se détendant un peu et en leur disant : « Mais c’est normal de parler de sexe », je pouvais en parler sans gêne et sans peur. C’était intéressant : les garçons avaient des points de vue différents, on s’est mutuellement appris des choses.

Les clichés nous disent souvent que les garçons ne pensent qu’à leur propre plaisir, que les filles doivent s’épiler parce qu’ils trouveraient ça repoussant… Mais ils n’étaient pas aussi catégoriques. Chacun avait sa façon de penser, ses fantasmes. Les formes des femmes, pour eux, n’étaient pas forcément si attirantes que ça ; comme nous font croire les réseaux sociaux.

C’était la première fois que le sexe était abordé, par pur besoin d’être rassurée sur les attentes de l’autre. Les réseaux donnent des attentes, alors que c’est propre à chacun. D’avoir la parole de vraies personnes, ça soulage : parce que sinon on a peur des attentes des autres.

Les filles n’osent pas en parler

Ils étaient étonnés de me voir échanger avec autant d’aise : « D’habitude, les filles nous jugent du regard et changent de discussion quand on en parle. »

Parler de sexualité, c’est ce que fait Maïa Mazaurette toutes les semaines dans le journal du Monde. Il y a trois mois, pour Konbini, la chroniqueuse a déconstruit cinq idées reçues sur la sexualité !

Je pense que c’est parce que les filles n’osent pas en parler. Les médias, la société nous ferment et nous empêchent d’en parler. J’ai un exemple avec la série Baby. Une sextape est partagée aux invités lors d’une soirée d’adolescents. La fille s’est retrouvée insultée, tandis que le garçon s’en est sorti en mec « cool » d’avoir filmé la vidéo. C’est toujours pour le garçon « Ah, tu as réussi, bravo ! », et pour les filles « Ah, t’as pas honte ? » On se protège alors pour ne pas avoir une mauvaise réputation.

J’ai continué à parler de sexe dans la vraie vie

On a parlé dans la bienveillance, aucun garçon ne m’a jugée. J’ai donc continué à parler de sexe dans la vraie vie et j’ai laissé tomber les appels vidéo, c’est quand même plus simple de se voir en vrai. Ça nous arrive pendant les temps de permanence de nous asseoir autour d’une grande table et de discuter entre nous, pour rigoler et s’informer. On va rentrer dans la période du lycée et du sexe pour certains, on aimerait donc savoir comment ça pourrait se passer, pour se rassurer.

Au lycée, quand Laura écoutait ses potes parler de sexe et de leurs expériences amoureuses, ça ne la rassurait pas. Mais aujourd’hui, à 20 ans, elle se sent prête.

Ma liberté d’esprit a, je pense, aidé mes amies à en parler, à se dire : « Je ne suis pas la seule qui a envie d’en parler », ou tout simplement : « Et puis on s’en fout. » Ça nous permet de nous sentir plus à l’aise.

 

Anne-Marie, 13 ans, collégienne, Yvelines

Crédit photo Pexels // CC Andrea Piacquadio

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