Safiatou 09/05/2018

Violée pendant mon enfance, le cauchemar est toujours là

tags :

Entre 4 et 6 ans, je me suis faite violée par mon cousin en Mauritanie. Ça ne s'est arrêté que lorsque j'ai déménagé en France avec ma mère. Les cauchemars, eux, persistent...

Ma vie avait bien commencé quand ce jour-là de juin 2006 tout a basculé.

J’habitais en Mauritanie, dans un petit village au nord du pays, dans une grande maison avec toute ma famille. Un soir, ils étaient tous sortis à une fête. Comme j’avais quatre ans, j’étais restée dormir dans la maison. C’est alors que mon cousin âgé d’une dizaine d’années de plus que moi a commencé à abuser de moi. Il en profitait quand la maison était vide. J’essayais de me cacher dans des chambres différentes à chaque fois mais il finissait toujours par me retrouver. Toutes les semaines, il venait dans ma chambre, il me forçait… J’étais violée. J’avais quatre ans, mais je me rendais bien compte de ce qu’il faisait. Lui faisait semblant que c’était normal. Ça a duré deux ans.

À mes six ans ma mère et moi avons rejoint mon père en France, pour avoir un meilleur traitement pour la maladie de ma mère et pour essayer de soigner mon asthme. En arrivant en France je pensais reprendre un nouveau départ, mais je n’y arrivais pas. Je n’avais pas le courage de le dire à ma famille. J’avais peur de leurs regards, de leur jugement. Je me sentais toujours aussi mal. J’y pensais des fois le soir. J’avais peur que ça recommence, qu’il revienne. Je devais le raconter à quelqu’un, pour me libérer de ce poids.

Ingrid s’est fait agresser sexuellement par son beau frère. Elle a failli être violée. Elle voudrait en parler mais n’y arrive pas, et ça la ronge.

J’ai décidé un an plus tard de le raconter à ma grande sœur qui avait dix ans. J’en avais sept à ce moment-là. Au début, elle a mal réagi, elle s’est énervée parce qu’elle s’en voulait de n’avoir rien remarqué. Mais comme on était matures pour nos âges, on a réussi à en discuter. Lui raconter m’a permis de me sentir mieux. Maintenant, je ne porte plus ça toute seule. J’ai l’impression qu’elle me protège. Elle m’a dit que je n’avais plus rien à craindre, que j’étais en sécurité ici.

Je ne m’approche plus des garçons

À cause de ça, j’ai été obligée de grandir plus vite, de réfléchir comme une grande. Quand j’étais petite, j’étais une vraie vagabonde. Après ça, je suis devenue bien plus calme, je prends moins de risques. Je n’ai pas fait de crise d’ado, j’ai l’impression que je suis responsable de moi. Du coup je trouve que mes copines au collège sont un peu immatures. Elles font des choses insensées : par exemple, elles aiment bien se battre et moi je prends le temps de réfléchir, je leur dis de se calmer, que ce n’est pas notre problème.

Même si j’essaye d’oublier et de passer à autre chose, je dois vivre au quotidien en pensant au fait que j’ai été violée. Je ne m’approche plus des garçons, je ne leur fais pas confiance, seulement à mon père. Les hommes plus âgés que moi me font peur. J’essaye d’aller mieux mais quand je pense que ça va mieux, il y a toujours un cauchemar pour me le rappeler. Alors ma sœur vient me calmer la nuit mais on n’en reparle plus. Personne d’autre n’est au courant, mes copines ne le savent pas. S’il allait en prison ça me soulagerait, mais ça ne ferait pas taire mes cauchemars.

 

Safiatou, collégienne 15 ans, Paris

Crédit photo Adobe Stock // © Doidam10

Partager

1 réaction

  1. Bonjour Safiatou,

    Merci pour ton témoignage, c’est très courageux d’en parler et je te crois tout à fait. Il y a malheureusement beaucoup d’enfants qui sont violés par un membre de leur famille et ils n’osent pas en parler, c’est dommage. Tu as été violée et ceci fait que des cauchemars t’empêchent de vivre normalement. Ca s’appelle le stress post traumatique. C’est très important de continuer à parler de ce que tu as vécu. Je t’invite à téléphoner au CFCV, c’est une association spécialisée qui connait bien ces violences, le numéro est gratuit et anonyme : 0 800 05 95 95. Tu peux contacter aussi la maison des femmes de St Denis au 0142356128 par exemple car ils connaissent aussi ces violences. Une chose très importante : personne n’a le droit de te dire que c’est faux ou que c’est de ta faute. C’est lui le responsable. Tu es très forte.

Voir tous les commentaires

Commenter