Flora

Flora5 octobre 2018

Une cinéphile qui aime lire.

Sur Instagram, j’ai été traitée de « pute du lycée »

À 16 ans, Flora découvre sa photo sur les réseaux sociaux. Ça a vite tourné dans son lycée, le proviseur a enquêté et elle a mis deux ans à pouvoir en rire.

Par Flora5 octobre 2018

Septembre 2016. Une nouvelle année commençait au lycée Mozart au Blanc-Mesnil, je venais de passer en première. Tout se passait bien, jusqu’à ce fameux soir. J’étais dans mon lit à glander sur mon téléphone comme tous les soirs. J’ai reçu une notification Instagram, un message d’une connaissance du lycée me disant « c’est toi Flora ? » avec un post où il y avait ma photo. Intriguée, j’ai cliqué sur le compte en question et ai découvert le pseudo de celui-ci « Putes de Mozart ».

Sur le moment je me suis dit en riant : « C’est une blague ? C’est quoi ces conneries ? » La photo sur laquelle je posais était toute simple : j’avais un t-shirt noir avec un filtre Snapchat. C’était une photo de mon propre compte Instagram. La photo n’avait rien de provocant, c’est pour ça que j’ai ri. Il y avait une description sous la photo : « La fausse pute. » Sur le moment, j’ai encore plus ri. Pourquoi met-on une photo de moi sur ce compte merdique si j’étais une « fausse pute » ? Ça n’avait aucun sens. Je pensais réellement qu’il s’agissait d’une blague.

Plusieurs autres photos étaient déjà publiées sur ce compte, des filles que je connaissais vaguement du lycée. Comme ma photo, les leurs étaient toutes simples. J’ai compris que ce compte était bel et bien réel et PUBLIC quand j’ai reçu un nombre incalculable de messages me demandant si c’était bien moi sur la photo. TOUT LE MONDE y avait accès. Je me sentais hyper mal à l’aise au point de pleurer. Mes larmes de colère ne voulaient pas s’arrêter. Je ne comprenais pas comment on pouvait faire ça pour s’amuser.

J’ai reçu plusieurs messages de soutien

Plusieurs rumeurs avaient déjà tournées sur moi au collège. Mais une photo aussi banale ? C’était du délire. Les gens partageaient le compte dans leurs stories Snapchat en disant : « Vous n’avez pas honte de faire ça ? » Leur intention était bonne, mais le truc était vraiment con : ils voulaient dénoncer que c’était complètement bête de faire ça, mais ils ne faisaient que partager encore plus le compte. C’était n’importe quoi !

J’ai reçu plusieurs messages de soutien, alors que ce n’étaient que des connaissances de lycée (plus des garçons d’ailleurs). Ça m’a fait un peu de bien de savoir que tout le monde ne croyait pas à toute cette merde. Ça avait tellement bien marché, tous ces partages, que la personne qui a créé le compte en question a décidé d’en faire immédiatement un autre consacré aux mecs : « Putes Mec de Mozart ». Je connaissais ces mecs, c’étaient les mecs qui m’avaient envoyé des messages pour me dire qu’ils ne croyaient pas à ce compte débile. Sauf que les mecs n’ont pas rigolé. C’est allé de menace en menace. Cette histoire partait dans tous les sens.

La seule chose à laquelle je pensais : mes parents. Je ne voulais pas qu’ils sachent qu’une photo de leur fille tournait sur une page bidon. J’avais peur de ce qu’ils pouvaient penser de moi. Allaient-ils y croire ? Même avec une description aussi débile. Ce qui m’a vraiment soûlée, c’était que mon entourage proche le savait. Je leurs disais que je m’en foutais de ces conneries, mais ce n’était pas du tout vrai. Je ne voulais pas leur montrer que ça m’atteignait. J’avais encore plus la boule au ventre.

Le compte supprimé mais le mal était fait

Le lendemain matin, j’ai croisé un pote dans le bus : « C’est vraiment dégueulasse, ils ont pas de vie pour faire ça. » J’avais peur d’arriver au lycée, de la réaction des gens. Arrivée en cours, j’ai fait comme si de rien n’était. J’ai été appelée dans le bureau du proviseur très peu de temps après, j’ai tout de suite compris. Je me sentais très mal à l’aise, toutes les filles concernées étaient présentes. Balançant à tout va « Je vais porter plainte », « C’est débile de faire ça », bla bla bla. Le compte concernant les mecs avait été supprimé le matin même, de ce fait, eux n’ont pas été convoqués.

J’étais dans le fond à écouter tout le monde, sans rien dire. Je ne voyais pas ce que le lycée pouvait faire pour que la situation s’arrange. J’ai vu rouge quand le proviseur a dit : « Malheureusement, nous ne pouvons rien faire, la situation est grave. Nous allons appeler la brigade des mineurs et vos parents… » J’ai cru que j’allais pleurer. La seule chose que je voulais vraiment c’était que mes parents ne soient pas au courant et le lycée voulait les appeler ! J’ai réussi à convaincre le proviseur de ne pas les appeler et suis retournée en cours.

Le compte a finalement été supprimé quelques jours plus tard, mais le mal était déjà fait, tout le lycée ne parlait que de ça. Le proviseur continuait toujours son « enquête ». J’ai finalement appris que le compte avait été – apparemment – créé par une fille du lycée juste en face du nôtre, mais rien ne m’a vraiment été confirmé. Je n’ai jamais vraiment su qui était cette personne et ne le saurai sûrement jamais. J’ai aussi appris que cette même personne a dû rendre des comptes auprès de la justice et s’est fait passer à tabac par je ne sais qui, mais j’imagine des personnes dont les photos ont été publiées. Pendant un moment, j’ai vraiment voulu savoir qui était cette personne. Mais finalement je suis passé à autre chose.

Les réseaux sociaux ça peut faire des dégâts mais ça peut aussi aider ! Moussa l’a bien vu avec les violences policières sur son frère : les réseaux ont fait leur boulot !

Ça serait mentir que de dire que toute cette histoire ne m’a pas touchée. À cette époque, j’étais très sensible, le peu de trucs qui se racontaient sur moi me mettaient dans tous mes états. Je séchais souvent le matin parce que je n’arrivais pas à dormir la nuit. Des mois plus tard, j’ai fini par en parler à ma mère. Elle m’a demandé pourquoi je ne lui en avais pas parlé plus tôt. Elle m’a dit qu’elle me soutenait, qu’il ne fallait pas écouter les merdes qui se racontaient sur moi puisque moi je savais ce que je valais. J’en ai profité pour tout lui raconter depuis le collège, et on a fini par en rire.

Aujourd’hui, deux ans plus tard, je rigole encore de cette histoire. Je rigole de tout. Des insultes, des rumeurs qui continuent à tourner. Je ne me prends plus la tête si une personne parle sur moi. Si elle veut parler, qu’elle parle, si cette personne a besoin d’inventer des choses parfois dégueulasses sur moi pour avoir un tant soit peu de vie sociale, qu’elle le fasse. Ça ne changera rien à la mienne !

 

Flora, 18 ans, étudiante, Le Blanc Mesnil

Crédit photo Pixabay // CCO

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