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Fofana H.4 janvier 2020

24 heures dans ma vie de mineur isolé

Mineur isolé à Paris, mon quotidien, c'est de marcher et faire la queue, pour manger et dormir. Pour survivre. Cette routine, ça me fatigue.

Par Fofana H.4 janvier 2020

Dès que je me réveille, il faut être rapide. Je me lève entre 6h et 7h, ça dépend si j’ai un rendez-vous ou pas. J’ai à peine le temps de me brosser les dents que je dois déjà partir. J’habite dans un campement à Porte d’Aubervilliers, et j’ai 40 minutes de marche à faire pour aller jusqu’à Stalingrad et prendre mon petit-déjeuner.

Si jamais j’arrive en retard, il y a moins de choses à manger car beaucoup d’autres personnes viennent se nourrir comme moi. Parfois, il reste que du café ou du thé, et il y a plus de pain quand j’arrive. Du coup, j’ai faim jusqu’à midi.

Utopia 56 c’est une association qui se bat au quotidien pour la prise en charge de ces mineurs isolés. Leur soutien est essentiel, leurs moyens insuffisants. Vous pouvez les soutenir sur HelloAsso.

Après, je dois vite partir parce que j’ai 30 minutes de marche pour rejoindre Belleville. C’est là-bas que je vais me laver, mais le problème, c’est qu’il y a beaucoup de queue. On est entre 50 et 60 personnes pour deux douches. Ça m’arrive de ne pas me laver pendant trois ou quatre jours parce que j’arrive en retard. Et parfois, je dois choisir entre me doucher et manger.

Mineur isolé, je passe ma vie à faire la queue

On doit arriver avant 11h30, sinon on peut plus y aller. Et souvent, je dois bien attendre 30 minutes avant de pouvoir passer sous l’eau. Là encore, je n’ai que cinq minutes pour me laver, parce que d’autres attendent leur tour. Et si jamais on met plus de huit minutes, on vient taper sur la porte pour nous dire que c’est terminé et qu’il faut sortir.

Après ça, direction Couronnes, au jardin, pour aller manger à l’association Les Midi du MIE. Heureusement, c’est qu’à cinq minutes à pied. Là-bas, y a toujours les mêmes 50-60 mineurs qui se sont lavés à Belleville. Je trouve toujours à manger, mais c’est encore la queue. Si on arrive après 14h, on nous dit « désolé, c’est fini ».

Ensuite, je me dépêche pour aller à la bibliothèque à Porte de la Villette pour pouvoir brancher mon téléphone sur une prise, parce que parfois, on doit attendre deux heures. Mais c’est bien parce que la sécurité vient vérifier qu’il y a qu’un seul téléphone branché par personne. Après, je pars vers 17h de la bibliothèque pour aller manger à Porte de la Villette. On peut y aller à partir de 18h. Je suis fatigué d’attendre, mais il y a encore la queue.

Depuis qu’il est à Paris, Traoré vit à la rue. Lui aussi est un mineur isolé et ses journées l’épuise : « À la rue, j’ai pas le temps de souffler »

Après, j’ai 30 minutes de marche pour retourner vers Porte d’Aubervilliers. À 19h, on se rejoint à Rosa Parks pour discuter, et vers 20h, on va chercher nos tentes à Utopia 56. Si on vient après 22h, on peut plus avoir de tente. Ensuite, je mets 20 minutes à monter ma tente. Vers 22h30, je peux enfin dormir. Mais demain, ça recommence.

 

Fofana, 16 ans, Paris

Crédit photo Hans Lucas // © Maxime Reynie

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