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Maggie G.30 novembre 2019

Au chômage pour la première fois, mon physique fait tâche

De ma couleur de peau à mon poids, mon physique ne plaît pas aux recruteurs. Alors j’ai décidé de chercher dans un autre secteur.

Par Maggie G.30 novembre 2019

Je cherche du travail depuis un an et six mois. Avant, je faisais de la vente dans la grande distribution. Mon directeur a licencié cinq personnes, j’étais la cinquième. J’ai remarqué que nous étions toutes des femmes noires et en surpoids.

J’ai passé onze entretiens dans la vente en prêt-à-porter, et un à la SNCF. Les entretiens dans la vente, pour moi, ils se passent bien. Mais on finit toujours par me dire : « Vous n’êtes pas le profil qu’on recherche. » À chaque fois, je vis la même scène : j’arrive, je m’annonce, j’attends cinq minutes, le recruteur appelle mon nom. Il regarde dans la salle et quand il voit que c’est moi qui me lève, il fait « Ah ! », il est un peu choqué. Durant les entretiens, les recruteurs ne s’attendent pas à voir une personne noire. Mon nom et mon prénom, ça fait pas personne de couleur : ça fait personne française blanche. Plusieurs fois, on m’a dit : « Vous êtes de quelle origine pour avoir un nom comme ça ? » Je leur ai répondu que je venais des îles, de Saint-Martin. Mon nom, ça ne devrait rien à voir avec mon physique, ça vient de ma famille, et c’est tout.

Des fois, quand je candidate par e-mail, on me dit qu’il faut que j’envoie une photo. Quand on me demande ça, je ne réponds pas. Parce que je sais que si ces gens voient ma tête, ils vont pas vouloir faire d’entretien avec moi.

Dans la vente de prêt-à-porter, on représente une marque, donc on se doit d’être « beaux » et « belles », comme les gens aimeraient nous voir, pour faire vendre. La « beauté » est souvent représentée par une femme blanche, fine et grande. Il suffit de voir les magazines, les réseaux sociaux… Nous sommes entourés de stéréotypes, que l’on voit sur du papier mais qui ont une influence sur la réalité.

« Peut-être que j’ai une chance là-bas »

Il y a trois ans, je cherchais aussi dans des magasins de vêtements. Pendant les entretiens groupés, j’étais toujours la seule Noire. Un mois après un entretien dans un magasin, j’y suis retournée pour faire des achats, et tous ceux qui étaient avec moi à l’entretien y travaillaient ! J’ai posé des questions à une fille que j’ai reconnue ; c’est elle qui m’a dit qu’ils avaient pris tout le monde sauf moi. Plus tard, j’ai fait un entretien pour être vendeuse pour une marque de prêt-à-porter avec laquelle j’en avais déjà fait un, un an plus tôt. C’était la même recruteuse. Elle m’a sortie du groupe, et elle m’a dit : « Si je vous ai pas pris l’année dernière, je vous prendrai pas cette année. » Mais en un an, il y a beaucoup de choses qui peuvent se passer !

Soumaya appréhende quant à elle son avenir professionnel à cause du voile qu’elle porte. Victime d’islamophobie au quotidien, elle compte pourtant bien réussir sa carrière : « Mon voile, un obstacle dans la recherche d’emploi ? » 

J’ai remarqué que dans les transports, ils ne regardent pas le physique : j’ai déjà vu des personnes en surpoids comme moi à la RATP et à la SNCF. Je me suis dit : « Peut-être que j’ai une chance là-bas. » C’est comme ça que je me suis décidée à postuler dans les transports, comme agent, et dans le gardiennage. J’ai ouvert mes recherches, pour ne plus être discriminée. Le gardiennage, j’ai pas encore fait. J’ai postulé chez la RATP. J’ai passé un test en ligne. J’attends une réponse, et j’espère que cette fois l’entretien physique sera le dernier avant un long moment ! Je croise les doigts.

 

Maggie, 25 ans, sans emploi, Paris

Crédit photo : Maggie // © Carolina Arantes pour La ZEP et l’ALJT Paris

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2 réactions

  1. Ils sont stupides. Il y a tellement de personnes de toutes tailles et de toutes couleurs qui aimeraient voir plus de diversité dans les magasins ! Et qui donc aimeraient sûrement que vous soyiez vendeuse ! Bonne chance à vous et merci pour votre article.

  2. C’est tellement scandaleux. Ces gens devraient êtres condamnés pour discrimination. Vous devriez les attaquer en justice, il existe des procédures pour cela, et des associations. Vous ne devriez pas avoir à choisir votre métier en fonction de l’image que les recruteurs attendent de vous, mais en fonction de ce que vous aimez faire. Il n’y a pas de raison que ce soit le seul privilège de celles et ceux qui correspondent aux stéréotypes.