Avatar

Fabien A.2 mars 2020

Avec mes parents, c’est le choc des générations

Mes parents, ils ont la cinquantaine. Ça crée un gros écart générationnel et on ne se comprend pas toujours. 

Par Fabien A.2 mars 2020

Ma mère m’a eu tard (à 36 ans), donc notre écart d’âge est assez énorme. Moi, j’ai 15 ans ; elle, elle a 51 ans. J’avais jamais remarqué, c’est les mêmes chiffres, mais inversés… Du coup ça fait quand même une sacrée différence de générations ! Mon père, lui, a 54 ans. C’est encore pire. Entre nous, on se comprend pas toujours. 

Ma mère emploie des expressions bizarres genre : « Ça casse pas trois pattes à un canard. » J’crois que ça veut dire qu’il y a pas mort d’homme, mais j’suis pas sûr. Ou alors ça veut plutôt dire que c’est pas ouf ? J’sais pas trop. Elle dit aussi : « Des trucs tirés par les cheveux. » Et ça non plus, j’sais pas ce que ça veut dire. 

Par contre, elle comprend mon langage parce que mes sœurs qui ont 22 et 19 ans parlaient déjà comme ça avant moi. Genre on dit « Wesh », « J’suis trop déter », « Miskin » ou encore « J’ai trop le seum ». J’avoue, au début, elle nous demandait à chaque fois ce que chaque truc voulait dire. Mais maintenant, elle sait, à peu près.

Nos générations fonctionnent pas pareil

Mon père, lui, il arrête pas de critiquer notre génération. Surtout la musique, le rap que j’écoute dans ma chambre. Il dit que maintenant les artistes, ils font ça que pour l’argent, que la musique est nulle et que c’est toujours la même chose. Il dit aussi que les clips, on dirait de la pornographie. Alors que moi, j’trouve que les instrus et les beats sont intéressants, le flow aussi. C’est juste qu’à leur époque, ils écoutaient de la soul. C’est pas mon style. J’avoue j’connais aucun mec de ma génération qui écoute ça, mais c’est pas pour autant qu’on critique leurs goûts musicaux, nous ! 

On a aussi des mentalités différentes. Leur génération a des tabous qui ne sont plus les mêmes maintenant. Par exemple, la sexualité : on en parle beaucoup plus qu’avant au lycée avec les profs. En troisième, j’avais des cours exprès sur ça. Même qu’à la fin ils nous avaient distribué des capotes. Alors que ma mère,  à son époque, jamais ils auraient parlé de ça !

X, Z, Alpha, quelles sont les différentes générations existantes ? Topito nous a fait un petit rappel des noms attribués à chacune d’entre elles !


À l’époque où ma mère était jeune, elle habitait à Metz dans une cité. Elle avait pas du tout le droit de sortir dehors le soir. Son père, mon grand-père, il était archi sévère avec elle comparé à comment il est sympa avec nous maintenant. Moi, j’ai le droit de traîner tard le soir, de jouer au foot dans mon quartier, au City des fauvettes là où j’habite, à Neuilly-sur-Marne. Mais vu que je vis dans un quartier mal réputé, elle a peur que je finisse mal.

J’ai l’impression qu’ils vivent encore à leur époque

Mes parents ont du mal à accepter le changement et vivent assez en arrière. Des choses évidentes pour moi, par exemple utiliser souvent son téléphone, ne le sont pas pour eux. Quand je reste longtemps sur mon téléphone (environ quatre heures par jour), ils me disent que je devrais y passer un peu moins de temps et en profiter pour étudier. 

Ma mère, elle a un iPhone, elle sait tout faire parce que mes sœurs lui ont expliqué. Mais mon père, lui, il sait pas du tout se servir de son Huawei. J’ai déjà essayé de lui montrer comment on utilise Snap, Facebook et Insta mais il comprend pas. Il a du mal à écrire, parce qu’il a dû arrêter l’école tôt en Guadeloupe : sa mère, elle avait pas beaucoup d’argent, donc il l’aidait et il travaillait.

J’ai l’impression qu’ils vivent encore à leur époque, dans les années 70 – 80. Ils m’en parlent souvent d’ailleurs, ils me montrent des photos, des musiques et tout ça.

L’utilisation du téléphone peut être compliquée pour certains parents mais pour Touramakan, c’est à travers ce dernier qu’il garde contact avec sa famille : « Mineurs isolés, mes amis veillent sur moi depuis la Côte d’Ivoire. »

Souvent, j’envie un peu mes potes qui ont des mères plus jeunes, genre 30 ans, et avec lesquelles ils sont plus proches car ils se comprennent mieux. Ils se parlent via les téléphones, ils s’envoient des trucs. Moi, je ferai des enfants jeunes, comme ça je serai un peu dans leur délire. Ils pourront jamais dire que je vis en arrière.

 

Fabien, 15 ans, lycéen, Neuilly-sur-Marne

Crédit photo Giphy // © Groundhog Day (film 1993)

TAGS :