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Reda T.22 mars 2021

Contrôles de police : je connais toutes les brigades d’Aulnay

Les policiers, je les reconnais d'abord à leur voiture, puis à leur attitude. À chaque unité son véhicule et ses méthodes pour interagir avec nous lors des contrôles.

Par Reda T.22 mars 2021

Si tu vois passer une Mégane 4 bleue et blanche, c’est la municipale. Ils sont assez cools, mais faut quand même pas les chercher.

La Skoda grise, toute en longueur, c’est la BAC (brigade anti-criminalité). Ils ne descendent pratiquement jamais. Eux, ce qui les intéresse, ce sont les grosses embrouilles de cité ou le trafic de stupéfiants.

T’as aussi la BST (brigade spécialisée de terrain), tu les reconnais à leurs gros camions trafic bleu-blanc-jaune. Les gens savent qu’il ne faut surtout pas leur manquer de respect.

La BSQ (brigade de soutien de quartier), ce sont les plus gros casse-couilles. Ils ont un gros camion bleu-blanc-jaune largement plus grand que celui de la BST. Ils me contrôlent tout le temps. Devant mon collège. Devant chez moi. Partout.

Enfin, t’as les TDM, ce sont les motos que la police utilise. Eux, ils ne se déplacent que pour les stups ou les véhicules volés. Ils ne parlent pas beaucoup, les TDM. S’ils demandent ta carte d’identité, t’as intérêt à la donner vite si tu ne veux pas te prendre un coup de casque.

Je pourrai continuer la liste pendant des heures tellement je les connais tous. En tout cas ce que je peux dire c’est qu’il ne faut pas faire le malin avec n’importe quelle équipe, sinon tu vas le regretter.

Ça nous arrive à toute heure de la journée et de la nuit

Chez nous, dans le 93 à Aulnay-sous-Bois, les contrôles de police sont réguliers. Il y a deux grandes familles de contrôles dans mon quartier : les « passifs », qui sont juste un contrôle d’identité, ce sont les plus chiants car on en a plusieurs par jour. Et les autres, les « agressifs », ou les violences policières si tu préfères.

Un contrôle agressif, c’est souvent un contrôle passif qui dégénère parce que celui qui se fait contrôler n’a pas envie d’y répondre. Parce qu’il estime que ça n’a pas lieu d’être. Parce qu’il en a marre de l’être encore une fois. Du coup, la police devient violente et ils mettent des coups… C’est comme ça que les émeutes se créent.

L’équipe de l’écho des Banlieues s’est rendue au quartier des Mille-Mille pour le raconter à travers les regards de ses habitant·e·s. Un documentaire de trente minutes questionnant le traitement criminalisant des médias, mais aussi sur les violences policières, l’amour des sien·ne·s et les multiples talents.

Moi, je vis plusieurs contrôles par jour. Aux Mille-Mille, une cité où je me pose avec mes potes, ça nous arrive à toute heure de la journée et de la nuit. Pourtant, on ne fait rien. On se pose au sous-sol, on discute, et on fume des clopes. Les Mille-Mille, c’est notre QG. Quand ils viennent nous contrôler, ça reste des contrôles passifs, juste d’identité. Mais pas la dernière fois.

« Toi, si je t’attrape, je vais te niquer ta mère ! »

J’étais avec un pote qui venait de se faire contrôler par la BST (brigade spécialisée de terrain) une demi-heure plus tôt. Ça l’avait saoulé car le policier l’avait insulté. Peu de temps après, la municipale débarque. Mon pote ne voulait pas se refaire contrôler. Le flic lui dit : « Bonsoir. » Mon pote ne répond pas. Le flic s’énerve. Mon pote aussi. Puis le flic lui dit : « Toi, si je t’attrape, je vais te niquer ta mère ! » Alors mon pote répond : « Tu vas rien faire du tout », et il se met à courir. Mais les keufs le rattrapent et lui mettent des coups de pied et de poing avant de l’embarquer. J’avais la haine. Du coup, j’ai pris des cailloux et je les ai lancés sur la voiture. On était plusieurs, environ sept. Les policiers l’ont pris, et mon pote a fait une garde à vue. Il est sorti vingt-quatre heures après.

La BAC, Pablo la connaît bien. Après avoir filmé une bavure commise par des agent·e·s de cette brigade de la police dans son quartier, il a été contraint de supprimer la vidéo.

Vous, les policiers, avant d’être policiers, vous êtes des humains comme nous, non ? Donc respectez-nous.

 

Reda, 16 ans, lycéen, Aulnay-sous-Bois

Montage ZEP, avec les photos de Kevin.B « voiture de la police municipale d’Antibes » (sous les licences Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic and 1.0 Generic license) et « Yamaha TDM 900 de la police nationale à Mundolsheim » ; ainsi que la photo de EurovisionNim « 2018 Skoda Octavia ». Les deux dernières images sont sous la licence Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International.

 

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