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Titi S.1 avril 2020

Dealer, j’ai fini avec un flingue sur la tempe

À cause d'un accident de travail, je me suis retrouvé sans emploi. Alors pour gagner ma vie j'ai touché au deal, et j'ai encaissé les coups.

Par Titi S.1 avril 2020

Je suis sorti des études avec un CAP de marbrier. J’avais tout pour réussir l’année scolaire suivante. J’ai voulu compléter mon CV avec un autre diplôme : un CAP en alternance de plaquiste. En novembre, pendant la formation, je me suis blessé grièvement au dos, le début de ma chute.

J’ai commencé par perdre la confiance de mon CFA et celle de mon patron. Comme je ne pouvais plus exercer ce métier, j’ai demandé une rupture conventionnelle. Mon patron a mis sur la feuille employeur que j’avais démissionné. Donc j’avais aucun droit chômage. À ce moment-là, j’avais un logement, la voiture et les assurances à payer. Je me sentais perdu, je parlais plus à ma famille.

Je me suis mis à faire des conneries pour pouvoir vivre. Fin décembre, j’ai commencé à « vendre », et j’ai gagné… beaucoup. J’ai commencé petit, puis des potes ont voulu gagner de l’argent comme moi, et on a fini par vivre à douze dans mon 20m². Premier mois, je vivais tranquillement. Je me louais des Porsches… Une fois, j’ai loué une Porsche 911 pour aller en boîte, on l’a cramée dans un arbre ! On a payé la caution cash : environ 5000 euros. En boîte, je claquais 1000 euros dans la nuit, je payais cinq, six bouteilles. Et je m’habillais pas n’importe comment.

Au début, tout était beau, tout était rose, mais ça a très vite déconné.

Dealer, ça a vite déconné

Premier problème : des bagarres pour des territoires entre cités dans ma ville. J’ai pris des coups de cutter. Je vivais la boule au ventre, à chaque fois que je sortais. En mars, j’ai fait une mauvaise rencontre qui m’a dit que je prenais ses clients. C’était le bras droit d’un autre vendeur.

Un soir, y avait plus personne chez moi. Mes potes m’ont dit qu’il y avait eu une grosse embrouille dans la nuit. Ils ont pris ma voiture avec la totalité de ce qu’il y avait dedans : bijoux, argent, de quoi fumer. Je les ai plus jamais revus. Comme quoi, on a pas d’amis dans ce milieu. Sur les dix qui sont partis dans la nuit, seuls trois sont revenus le matin, la gueule en sang. La nuit suivante, à 3h du matin, quelqu’un est venu défoncer la porte.

Attiré par l’argent facile et les vêtements de marque, Yanis s’est mis à dealer au collège. C’est son envie de devenir médecin qui lui a permis de tourner définitivement la page.

Trois jeunes d’une trentaine d’années sont venus me passer à tabac, moi et mes deux potes. Le plus vieux du groupe a sorti une batte de baseball et m’a brisé la mâchoire. Ça s’est passé en une fraction de seconde, mais on avait l’impression que tout avançait au ralenti. À 20 ans, avoir une arme sur la tempe et se dire qu’en une fraction de seconde, tout peut être fini alors qu’on avait tout pour réussir, ça fait peur. Tout a défilé. J’espère vous avoir fait ressentir cette douleur que je me suis infligé en faisant ce choix.

 

Titi, 26 ans, salarié, Saintes

Crédit photo Unsplash // CC Victor Rodvang 

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