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Goundoba S.14 mars 2020

Quartier sensible, CV blacklisté

Pour trouver un stage, faute de structures dans mon quartier, je vais voir ailleurs. Mais quand je dis aux recruteurs où j'habite, ça les refroidis.

Par Goundoba S.14 mars 2020

En formation pro, les stages sont indispensables pour la validation du diplôme, mais il est parfois difficile d’en obtenir. Le réseau personnel aide énormément mais je n’en ai aucun : ma mère ne travaille pas et mon père travaille chez un maraîcher. Ils n’ont pas de contacts à me donner en rapport avec le domaine que j’étudie. J’ai donc dû trouver un stage par moi-même, et dans mon quartier à Bellevue, c’était pas faisable.

Là-bas, quasi pas de structures susceptibles de me prendre en stage. Sur la place Mendès-France, il y a un tabac où les gens boivent leur café, une boulangerie et puis un kebab. De l’autre côté, il y a le Carrefour City, un autre tabac, une boucherie, La Poste et un marché exotique. Il y a aussi un atelier de couture, un café et deux pharmacies. C’est tout je crois. C’est sûrement pas là que je vais trouver un stage enrichissant.

« Vous habitez Bellevue… ? »

Dans mon quartier, il manque de tout. À part les épiceries et tout ça, y a rien. Du coup, j’allais chercher mes stages en dehors, en centre-ville. Je recevais beaucoup de réponses négatives, telles que : « Nous sommes désolés, vous ne correspondez pas à notre profil », « Nous ne prenons pas de stagiaires » ou « Nous en avons déjà un. » Ou alors pas de réponse.

La discrimination à l’embauche liée au lieu de domicile est interdite par le code du travail depuis 2014. Pourtant, Jessica habite en banlieue parisienne lointaine et elle aussi l’a vécue.

Mais je pense que ça révélait un tout autre problème : le fait que j’habite dans un quartier dit « sensible ». Des entreprises peuvent être freinées de prendre des stagiaires qui habitent dans ces lieux car les quartiers sont très mal vus dans le milieu professionnel. Le mien comme les autres. Je pense que les Nantais, ils pensent qu’on est tous des vendeurs de drogue. J’entends souvent : « Dans ton quartier, après les cours, tu vas aller vendre ? » C’est pour rire, mais c’est une réalité de mon quartier. Faut juste pas mettre tout le monde dans le même sac.

Une fois, à la fin d’un entretien, la recruteuse m’a demandé : « Où habitez-vous ? » J’ai hésité un peu et je lui ai dit Bellevue. Elle a changé d’expression : sourcil froncé, visage fermé, et m’a répondu : « D’accord, on vous rappellera si besoin. » Au final, aucune réponse. Ça a dû la refroidir.

On ne parle pas assez des bonnes choses

On entend souvent du mal de ce quartier. Durant la CAN (Coupe d’Afrique des nations de football) par exemple, avec les jeunes qui font du bruit. Le 18 novembre, la voiture de Royal de Luxe a été brûlée volontairement par un jeune, et les médias en ont parlé.

 

Mais on ne parle pas assez des bonnes choses. Une association de jeunes aide les SDF et fait des maraudes pour leur donner à manger. Ça, les gens ne le savent pas et c’est dommage. Les médias vont pas dire du bien, ça fait plus de buzz les problèmes. Mais moi, ça m’empêche de trouver des stages.

Il m’arrivait d’être à une semaine du stage et de ne toujours pas avoir trouvé. Plus la date approchait et plus je stressais. Au final, je me suis retrouvée dans des stages qui ne correspondaient pas au domaine que j’étudiais, ce qui me désavantageait. Venir d’un quartier, ça fait pas de nous des racailles mais ça influence clairement notre CV.

 

Goundoba, 21 ans, étudiante, Nantes

Crédit photo Team ZEP

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1 réaction

  1. Tu donnes une adresse bidon dans le 16eme, le 7eme jusqu’au moment ou tu as signé et ou on te demande ta sécu, ton adresse, voila tout haha