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Ayden T.20 avril 2021

Pour payer ma dose, j’étais prêt à tout

Pendant deux ans, les drogues ont pris toute la place dans ma vie. Emprunts, arnaques, prostitution : je n’avais plus de limite quand il fallait trouver de l’argent pour payer mon dealer.

Par Ayden T.20 avril 2021

Encore une fois, je me réveille la tête lourde, les pensées brumeuses. Encore une fois, c’est la drogue qui a gagné. C’est elle qui me pousse jour après jour à outrepasser mes limites pour pouvoir la consommer.

Il y a deux ans, j’ai commencé à consommer différentes substances. Ecstasy, amphétamine, LSD, champignons, kétamine, héroïne… Tous les jours, il me fallait quelque chose. De ce fait, j’étais le roi de la procrastination depuis mes 19 ans. Je n’en avais pas forcément envie mais j’en avais besoin. Quand je me levais, je pensais à la cocaïne. Quand je me couchais, je pensais à en avoir encore plus pour le lendemain. C’était comme une routine. Certains se lèvent pour aller au travail ; moi, je cherchais de l’argent pour ma dose. La nourriture, le tabac, ça passait au second plan. Seul mon loyer était prioritaire sur le reste. Pour me nourrir, j’allais aux Restos du Cœur ou je demandais une aide financière à la mission locale.

Arnaques ou prostitution

Je redoublais jour après jour de ruses et de tactiques pour avoir l’argent nécessaire. À minimum 60-70 euros la dose. Je commençais par aller sur Messenger voir lequel de mes contacts serait susceptible de me « dépanner ». Certains m’ont prêté plusieurs fois, jusqu’à 140 ou même 200 euros. Je racontais que je rembourserai dès que j’aurai les allocations de la CAF au début du mois. Si je ne trouvais personne, j’allais sur des applications de rencontre pour trouver du monde qui accepterait de me payer contre du sexe. La première fois, je n’avais même pas l’intention de me prostituer. C’est la personne avec qui je l’ai fait qui m’a tendu de l’argent, et je l’ai pris. Puis j’ai continué, c’était vraiment de l’argent très facile. Même si certains clients me dégoûtaient, je m’en moquais car je savais ce qui m’attendait à la fin.

J’ai été jusqu’à arnaquer ma banque pour avoir de l’argent. J’avais deux comptes bancaires. Avec le chéquier de l’un, je me faisais des chèques en blanc que je déposais sur l’autre compte. Ainsi, je pouvais profiter de l’argent, jusqu’à ce que les chèques soient rejetés. Avec, j’ai remboursé 90 % de mes dettes auprès de mon réseau. Mais à l’heure actuelle, j’ai environ 10 000 euros de dettes à cause de l’arnaque. Je dois bientôt passer en jugement pour ces faits.

L’épisode 1 du podcast « L’usage des drogues » de  France Culture, s’interroge avec clarté sur les facteurs de dépendance et les différentes étapes de l’addiction.

Et pourtant, il y avait des jours où même avec toute la bonne volonté du monde, j’échouais à avoir l’argent. À partir de là, soit le dealer acceptait de me filer la dose en crédit, soit je restais frustré et cloîtré dans mon canapé avec tous mes problèmes. Sans mon paradis éphémère, je ne faisais rien. Pas de sourire, pas de conversation. Juste les larmes qui montaient aux yeux et mes muscles qui se contractaient et me faisaient mal.

Je ne laisserai plus une drogue avoir la priorité sur ma vie

Jusqu’au jour où, un soir, je me suis injecté de la cocaïne. Tout s’est bien passé mais, le lendemain après-midi, j’ai été pris par une vilaine contraction dans la mâchoire. Impossible de fermer la bouche ou de parler correctement. Ma langue se dégageait vers le fond de ma bouche. J’ai pris peur et appelé les urgences. On m’a gardé une nuit en observation à l’hôpital. À partir de ce moment-là, j’ai arrêté toutes mes consommations.

La fois de trop. Anaïs avait pour habitude de boire de l’alcool souvent et en grande quantité… Jusqu’au jour où elle a « flirté avec la mort » avec un accident de voiture. Depuis, elle fait très attention à sa consommation.

Depuis, je suis suivi à l’hôpital par une addictologue qui est également psychiatre. Je la vois tous les vingt-huit jours pour un suivi psychiatrique et médicamenteux. J’ai un traitement de substitution qui me permet de ne pas consommer et de faire des démarches pour me réinsérer dans la société. Jamais plus je ne laisserai une drogue avoir de nouveau la priorité sur ma vie. Je rembourse peu à peu mes dettes et je fais de mon mieux pour vivre, ou plutôt renaître. J’essaie de retrouver le bonheur mais d’une façon plus ordinaire aux yeux du monde.

 

Ayden, 21 ans, en recherche d’emploi, Brest

Crédit photo Unsplash // CC Altin Ferreira

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