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ZEP9 avril 2020

On compile, on interroge, on résume. Parce que, parfois, nous aussi on a des choses à vous dire !

Les fake news sur Whatsapp, ou comment désinformer nos daron.ne.s !

Avec le coronavirus, l'OMS a lancé une lutte contre les fake news sur WhatsApp. Beaucoup utilisée par nos parents, leur usage de l'appli nous fait peur.

Par ZEP9 avril 2020

@Yasmine. Sur Instagram et Twitter, avant toutes ces histoires de confinement et de coronavirus, on avait l’habitude de se moquer de nos parents et de leur manière assez crédule d’utiliser les réseaux sociaux. Notamment de leur facilité à croire aux fake news, surtout sur Whatsapp et Messenger.

Des serpents géants au bord de la mer, des fins du monde annoncées tous les trois mois, des complots Illuminati… Mais depuis le début de la crise sanitaire du coronavirus, ces problématiques de fake news sur Whatsapp se sont intensifiées.

@Carla. La vidéo qui circulait disant que le coronavirus était une invention de l’Institut Pasteur créée en 2003, ma mère l’a relayée DIRECT.

Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux a semé le trouble chez des millions d’internautes. Le Monde est revenu sur cette fake news à travers cette analyse : « Non, l’Institut Pasteur n’a pas inventé le coronavirus en 2004 comme le prétend une vidéo virale. »

Ça met nos parents face à un danger monstre

@Analicia. J’ai bloqué ma mère sur Whatsapp parce que j’en avais marre de recevoir des informations toxiques. Mes parents ont plus de 60 ans, c’est la communauté la plus visée par le coronavirus. Mais c’est aussi la communauté la plus encline à croire toutes les informations qui circulent sur Whatsapp ou Messenger. « Le corona n’existe pas, c’est une invention pour manipuler les Africains et le monde, il faut pas y croire ! » Franchement, je suis dépassée par la situation. Mes parents ont commencé à réellement croire au coronavirus lorsque des artistes africains de renoms ont commencé à en mourir. Manu Dibango ou Aurlus Mabélé….

@Carla. Whatsapp c’est le réseau qu’ils maîtrisent le mieux (mes parents en tout cas), et puis surtout ils peuvent se transférer les trucs à tout va, ça passe d’une discussion à une autre, d’un groupe à un autre, etc.

@Mai. Nos parents y croient plus que nous à ces fake news parce que les réseaux sociaux c’est notre génération, on grandit avec. Donc nous, on apprend plus vite à faire attention à ce qui est vrai et faux je pense. En plus, on est un peu dans une situation de « panique ». Personne ne connaît bien le sujet, donc dès qu’une information nous vient on la saisit et on veut y croire. On a que ça de dispo (je suppose), c’est un peu à celui qui aura l’info en premier.

@Océane. Ma mère a reçu des messages disant que boire de l’eau chaude, manger du gingembre, de l’ail et du poivre ça empêcherait d’avoir le coronavirus, lol.

Depuis le début de la crise sanitaire et avec les nombreux pseudo-remèdes qui tournent sur les réseaux sociaux, l’automédication est devenue un fléau. Des « cas de toxicité cardiaque » ont été signalés sur des personnes présentant des symptômes du Covid-19 et ayant pris de l’hydroxychloroquine. France TV rappelle les risques de ces pratiques :

@Hanane. Je trouve ça chaud que nos parents croient à tout ça ! Ils font passer la médecine traditionnelle avant une médecine prouvée scientifiquement… Pour moi, les délires de boire du gingembre ou du clou de girofle c’est de la médecine religieuse ! J’ai d’ailleurs une voisine, qui malheureusement avait attrapé un cancer… Elle a décidé de croire des dames qui lui prescrivaient ce genre de produits à base d’huile de nigelle ou autres. Elle y a complètement cru et elle en est décédée…

Si on était pas là pour leur expliquer que tout est faux…

@Hanane. Ça me fait flipper que nos parents croient à tout ce qui passe sur Whatsapp et Facebook. Je me dis que si on était pas là pour leur expliquer que tout est faux, je ne sais pas s’ils auraient pu le comprendre d’eux-mêmes.

Et puis souvent, la notion de source est pas forcément comprise. C’est souvent des « J’ai lu un truc, ils disent que » sans savoir qui est ce « ils disent ». Moi, j’arrive à discerner tout ça car j’ai la chance d’être en école de journalisme. Je mesure l’ampleur de la maladie, mais pas certaines personnes de mon quartier… dont nos parents.

@Mai. Pour « rétablir la vérité », j’envoie un message sur la conversation de famille en disant d’arrêter de tout croire, surtout en ces temps. Je fais la morale à mes parents à la maison en disant que Facebook c’est bourré de fake news. Je leur explique que, tant que c’est pas officiel ou au moins relayé par un journal, il faut pas y croire dur comme fer. Et surtout, je leur dis de ne pas partager à tout va car ça peut devenir viral.

@Hanane. Les personnes dans les milieux défavorisés sont souvent celles qui partagent ces infos sur Whatsapp. Par exemple, en banlieue, on ne se sent souvent pas concernés et inclus dans les discours politiques et médiatiques. On se sent délaissés. Du coup, peu de gens regardent la télé puisqu’on ne nous informe jamais sur notre situation à nous… Pourquoi certains ne croient pas au coronavirus ? Parce que de toute façon, ce qui passe à la télé ne nous concerne jamais. Ou alors on parle de nous que pour dire quand y a eu un décès dans une fusillade ou que les gens ne savent pas se tenir devant un supermarché !

L’association Banlieue-santé à mis en place l’opération #EnModeConfiné afin d’aider celles et ceux qui ont moins accès au système de santé et aux informations qui vont avec. L’application disponible gratuitement permet entre autres d’avoir accès à des vidéos de prévention traduites en plusieurs langues et dialectes.

 

@Yasmine. Les informations sur le coronavirus ne sont pas forcément accessibles à tous. Je pense que ces barrières sont la raison pour laquelle nos parents vont se pencher vers ces modes d’information alternatifs et y croire. Ma mère m’a demandé plusieurs fois de lui rappeler les gestes barrières et les symptômes du coronavirus. Ça démontre clairement que la communication mise en place par le gouvernement et les médias ne l’ont pas atteinte. Elle n’a pas forcément les mêmes facilités en français. Elle n’a pas non plus les outils pour déceler le vrai du faux sur internet.

En plus, très souvent ces intox sont transférées de la part du « cousin de tel personne qui travaille à tel endroit » (#DemiExperts) et sont partagées dans des groupes de famille. Ce rapport de proximité installe une confiance qui a vraisemblablement été perdue avec les médias traditionnels. Si je n’étais pas là pour dire à ma mère que ces informations ne sont pas dignes de confiance, elle aurait certainement cru certaines intox.

Il y a quelques semaines, Yasmine avait décortiqué le traitement médiatique du confinement. Il y aurait les « indisciplinés » des banlieues et les Parisiens qui s’accordent des « moments d’insouciance »…

@Sofiane. Moi qui ai vécu dans les deux milieux sociaux, je me rends bien compte que mon éducation (scolaire j’entends) s’est largement améliorée dès lors que je suis arrivé dans un quartier plus aisé. Si on regarde bien, ce sont souvent nos parents racisés qui se partagent entre eux ces contenus fake news. Et souvent, ce sont même des personnes qui viennent de milieux défavorisés et de banlieues. Pour moi, la raison est simple : il y a un problème d’accès à l’information et à l’éducation. Pour beaucoup, le français n’est déjà pas leur langue maternelle…

Mais en plus, leur manière de trier l’information est complètement différente des personnes issues de milieux plus aisés. Imaginez une personne dont sa langue maternelle n’est pas celle du pays dans lequel elle vit. Qu’on la guettoïse ensuite dans un endroit où peu de moyens sont accordés. Et qu’en plus, à l’école, on ne lui a pas appris à trier les informations… Vous voulez qu’elle s’en sorte comment avec toutes ces infos venues du net ?

 

Témoignages recueillis par Yasmine et Sofiane

Crédit photo : Twitter @CritiqueTout 

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1 réaction

  1. Là, j’avoue tomber de haut en lisant ces témoignages. Mea culpa, mais j’étais persuadé que les premiers relais des canulars, foutaises, et autres fake news c’était plutôt vous, les jeunes.
    Je dis “jeunes”, car je ne suis plus moi-même un perdreau de l’année (j’ai 56 ans).
    Confiné comme beaucoup, je passe pas mal de temps sur le Net, et c’est ainsi que j’ai découvert aujourd’hui ce webmédia, ZEP, que je me suis empressé de faire connaître à des amis, collègues et connaissances. Là au moins on trouve des messages d’espoir et de renouveau.
    Alors, bravo à ZEP et à ses jeunes contributeurs!! Ils me font penser à ces jeunes du 93 que l’on voit dans le documentaire “Porter sa voix” et qui sont aux aussi porteurs d’énergie et d’espérance.
    PS je travaille -en temps normal- en banlieue nord de Paris, à Villiers-le-Bel