Maude G.23 mars 2017 4 mn

Ma famille a le sens de l’accueil !

Près de 45.000 foyers en France accueillent des mineurs ou de jeunes majeurs de moins de 21 ans. C'est le cas des parents de Maude. Elle nous raconte comment sa propre vie de famille en a été chamboulée.

Par Maude G.23 mars 2017 4 mn

 

Certains ont déjà regardé la série télévisée « Famille d’accueil » qui veut représenter le quotidien d’une famille d’accueil. La réalité est loin d’être aussi rose que la fiction. Dans cette série, l’histoire se termine généralement bien et tout le monde s’entend à merveille. Quand on parle d’une famille d’accueil, on s’intéresse aux enfants accueillis, mais rarement à ce que traverse la famille elle-même.

Avant tout, il faut savoir qu’être famille d’accueil, c’est s’occuper d’enfants 24 heures sur 24. Il faut leur apprendre les règles de vie en communauté et le respect. Tout cela passe aussi par des liens qui se créent.

Ma vie totalement transformée

Il y a deux ans, pour des raisons financières, mes parents ont décidé d’exercer le métier de famille d’accueil. Je m’inquiétais à l’idée que ma vie allait changer mais je ne pensais pas qu’elle serait autant transformée…

Ma maison en région parisienne a dû être réaménagée afin d’accueillir au mieux les enfants. J’ai dû libérer ma chambre pour un ou une inconnu(e). Cette démarche m’a énormément contrariée.

En donnant ma chambre à une personne que je ne connais pas, j’ai eu l’impression de donner un bout de moi, d’abandonner mon cocon.

Depuis, mon frère et moi dormons dans la même chambre. Tous les deux majeurs, cette situation nous dérange, nous n’avons pratiquement aucune intimité. Pour ne pas gêner mon frère et lui manquer de respect, je n’invite personne à dormir chez moi. De son côté, il fait la même chose et ça me rassure.

Une fois la maison adaptée, nous avons accueilli un premier enfant, j’avais 16 ans. J’étais très stressée, je ne savais pas comment j’allais réagir. J’étais partagée entre une certaine satisfaction et la tristesse de savoir qu’à partir de ce jour, il n’y aurait plus de moment en famille comme j’en avais connus.

J’ai été contente de vivre avec cet enfant, je me suis attaché à lui. Il est devenu un petit frère pour moi. Nous nous entendions bien même s’il fallait souvent le disputer car comme tous les enfants, il faisait quelques bêtises. C’est d’ailleurs compliqué pour moi, de manière générale, d’avoir de l’autorité auprès des garçons que nous accueillons. Je suis loin d’être autoritaire à la base !

En prison dans ma propre maison

Pendant ma 17ème année, nous avons accueilli un adolescent qui avait l’air sympathique et aimable, mais ce n’était pas le cas ! Il volait sans cesse tout et n’importe quoi… Je ne pouvais pas laisser traîner mon chargeur de portable, un rouge à lèvres ou un jeu !

A cause de son comportement, toute la maison a dû être fermée à clef, d’un simple tiroir aux fenêtres…

Je ne peux pas cacher que j’ai été ravie de savoir que le contrat qui nous liait à lui avait pris fin. Son passage chez nous m’a donné l’impression d’être en prison dans ma propre maison.

Je me souviens d’un autre adolescent que nous avons accueilli. Il avait mis en place un trafic d’objets sur internet. Comme il me faisait confiance, il s’est ouvert à moi. J’ai compris que nous aurions pu avoir de gros soucis à cause de ses activités et j’en ai parlé à mes parents. Ce jeune homme avait en plus un problème d’agressivité. Il avait pris mon chat pour cible, lui marchant dessus volontairement. Je suis très attachée à mon chat, c’est un membre de la famille que j’aime aussi. Alertés, mes parents ont pris la décision que j’espérais, celle d’arrêter son contrat d’accueil.

Les enfants que nous accueillons depuis un petit moment ne sont que des garçons. Je me sens seule parmi eux ! Ça parle de voiture, jeux vidéo, sport… J’aimerais qu’un jour il y ait enfin une fille pour pouvoir parler de choses qui m’intéressent et sans doute me sentir moins seule chez moi !

Une expérience unique !

Partie à Dijon pour mes études en BTS Mode, je passe la semaine dans mon appartement mais quand je rentre dans la maison de mon enfance pour le week-end, j’ai le sentiment de ne plus vraiment être chez moi. De nature solitaire, je manque de liberté pour vivre cette solitude car il y a toujours quelqu’un à la maison.

J’aimerais parfois revenir dans le passé et redevenir une enfant qui était libre. Libre d’être en famille, libre d’avoir des discussions avec mes parents et mon frère, libre de m’isoler, libre d’avoir ma propre chambre.

Mais même si la vie de famille d’accueil n’est pas simple tous les jours, que j’ai traversé des hauts et des bas et que ma vie a été chamboulée, je n’en veux pas à mes parents d’avoir fait ce choix. Je trouve normal de les soutenir dans cette démarche. Je garde aussi quelques bons souvenirs de ces deux dernières années.

C’est vraiment merveilleux de pouvoir aider des enfants en difficulté, ils ont besoin d’amour. Je pense vivre une expérience unique car ce n’est pas commun d’être famille d’accueil. Il y a une dimension humaine qui me plait. Cette situation amène à réfléchir sur la vie, à mettre de côté les préjugés que l’on peut avoir sur les autres.

Vivre en tant que famille d’accueil me permet d’être plus compréhensive avec les personnes que je rencontre.

Au quotidien, je crois que cette vie de famille hors norme m’a aidée à mûrir et me permet de me sentir utile. Bien sûr, parfois les enfants que nous accueillons me « saoulent grave » mais je suis maintenant attachée à eux. Depuis deux ans que certains vivent sous notre toit, je les vois comme des petits frères, d’autres comme des amis et la séparation serait difficile. Je regrette simplement mes moments de solitude et une certaine liberté d’agir au gré de mes envies.

 

 

Maude, 18 ans, étudiante, Paris

Photo Shameless, saison 5

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1 réaction

  1. Wow, c’est très touchant cette honnêteté et la nuance dont tu fais preuve ! bon courage pour la suite !