Avatar

Ludivine R.21 décembre 2020

La ferme familiale, un poids et une fierté

La transmission pose question dans notre exploitation agricole. Quand j'ai choisi de faire un autre métier, j'ai eu l'impression de l'abandonner.

Par Ludivine R.21 décembre 2020

Avoir des parents agriculteurs, c’est cool : on a du lait gratuit, on fait des tours de tracteurs quand on veut, on a un grand espace de jeu à la campagne, on trait les vaches et on donne le biberon aux veaux qui viennent tout juste de naître… L’été, on fait la moisson du blé. Quand vient l’automne, c’est la saison des ensilages et des repas qui n’en finissent jamais, où on rigole. Mais ce n’est pas que ça.

J’ai toujours vu mes parents travailler jusqu’à s’en rendre malade, ne pas savoir comment ils allaient finir le mois, à quel prix le lait serait le mois prochain, se soucier d’un animal malade. Ils n’avaient jamais de week-end ou de journée de repos comme des personnes salariées. Seulement dix jours de vacances par an. C’est une petite ferme familiale, qui s’est développée au fil du temps. Il fallait faire constamment des investissements pour être aux normes et pour celui qui prendra la suite. Aujourd’hui, dans le troupeau, on peut compter en moyenne entre 70 et 80 vaches, plus les génisses et les veaux.

Pour mon frère pas de question : il devait reprendre l’exploitation agricole

J’ai toujours aimé aider à la ferme mais cela n’a jamais été ma passion. Je ne m’y suis jamais plus intéressée que ça, je me suis toujours dit que je n’en ferai pas mon métier plus tard. Le domaine qui m’intéressait, c’était le social. À la fin de la troisième, je suis allée aux portes ouvertes d’un lycée qui proposait des formations dans le social. Le soir, j’en ai parlé à mes parents. Ma mère m’a écoutée. Mon père s’est vaguement intéressé… J’ai toujours eu l’habitude qu’il ne s’intéresse pas trop à nos études, mais pour moi là, c’était quelque chose d’important : mon avenir se décidait.

Le seul métier que mon père a connu c’est le métier d’agriculteur, c’est ce qu’il a fait toute sa vie et me voir me destiner à un métier qu’il ne connaissait pas, c’était quelque chose de nouveau. Autant pour moi que pour lui. Je lui en ai un peu voulu, pendant longtemps, de ne pas me soutenir autant que je l’aurais aimé.

Pour mon frère, la question ne se posait même pas. Il voulait faire des études dans l’agriculture, sa voie était toute tracée : il devait reprendre l’exploitation agricole et être la quatrième génération de la famille dans cette ferme. C’est une fierté de transmettre son exploitation. Ses études, c’était le sujet de discussion à table le soir. Moi, je n’existais plus, j’étais toujours aussi perdue dans mes choix, dans ce que je voulais faire. Cela me blessait énormément.

Dans Ce qui nous lie, Cédric Klapisch nous raconte l’histoire d’une fratrie (Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil) qui, à la mort de leur père, doit décider de l’avenir du domaine viticole familial.

Finalement, j’ai fait un bac pro SPVL [service de proximité et vie locale], destiné aux métiers du social. J’ai rencontré des personnes formidables qui ont su m’intégrer, j’ai aussi pris une énorme confiance en moi et j’ai surtout trouvé ma voie, celle dans laquelle je veux travailler plus tard.

Je reviendrai toujours aux sources, j’y suis accrochée

Aujourd’hui, je suis en BTS et mon père s’intéresse un peu plus à ce que je fais. Je sais qu’il ne me le dira pas mais je sais qu’au fond de lui, il est fier de ce que j’ai pu accomplir, que j’ai trouvé une passion en quelque sorte. Il n’est pas autant intéressé que je pourrais l’espérer mais nous arrivons quand même à avoir des débats sur certains sujets, à ne pas être d’accord et à en discuter.

Je continue toujours à aller à la ferme quand ils ont besoin, pour les transferts de vaches, pour faire la traite ou même par plaisir. Mon frère a fini ses études, il travaille avec mes parents tout son temps libre, tous les week-ends. Mes parents comptent sur lui. C’est la fierté de mon grand-père, la relève. Grâce à lui, la ferme reste dans la famille. Moi, je vois bien que ce que je fais, ça ne va pas les aider autant. Je ne suis pas là autant que lui, et je ne sais faire que les choses basiques.

Arthur, ce qu’il veut, c’est démonter les clichés sur l’agriculture. Son père est agriculteur et, non, sa vie ne ressemble pas à l’Amour est dans le pré !

Mais même si je ne me dirige pas vers ce milieu-là, j’aurai toujours une part de moi qui restera accrochée, j’aime vivre à la campagne, avoir des champs et des vaches autour de moi. Je pense que je reviendrai toujours aux sources, comme on dit. Je suis très fière du métier de mes parents, c’est un des plus beaux métiers qui puisse exister.

 

Ludivine, 21 ans, étudiante, Brest

Crédit photo Unsplash // CC Zoe Schaeffer

TAGS :