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Nina L.11 août 2019

Française ou asiatique ? Je ne veux pas choisir entre mes cultures !

En arrivant à la fac, mes camarades asiatiques m'ont fait perdre mes repères et je me suis mise à douter de mon identité.

Par Nina L.11 août 2019

Je suis d’origine sino-khmer, j’ai donc grandi avec trois cultures : française, cambodgienne et chinoise. Ça n’a jamais été un souci pour moi ni pour personne d’ailleurs. Jusqu’à la fac.

Cette année, je suis rentrée en LEA [langues étrangères appliquées] anglais-chinois et j’ai rencontré quelques jeunes filles d’origine chinoise. Je me suis dit que c’était peut-être l’occasion de faire connaissance et de sympathiser pour me faire de nouvelles amies, mais ça ne s’est pas passé comme je l’imaginais.

Pendant les heures de trou, on a fait connaissance, c’était plutôt sympa jusqu’au moment où on a parlé de nos amis du lycée. Elles m’ont regardée et m’ont balancé : « Tu traînes avec des Français ? Euh mais nous on ne fait pas ça hein ! » Apparemment, il y a des conventions à respecter quand on est asiatique… Il faut rester dans notre communauté et ne pas en sortir au risque d’être considéré comme un traître.

Le Rire Jaune est un youtubeur et sa vidéo « les asiatiques » en dit long sur les clichés envers les asiatiques ! Et donc peut-être sur le communautarisme.

Un autre jour, une des filles m’a fait passer un interrogatoire sur ma famille : « Pourquoi il y a des métisses dans ta famille ? Tes parents sont divorcés ?! » Et j’en passe… Voilà ce que je me suis pris dans la face, sans compter les regards de mépris. C’était l’incompréhension totale. Il m’est arrivé d’entendre des remarques de ce genre par des Français du style « C’est bizarre le métissage » ou « Je ne laisserai pas mes enfants se marier avec des étranger ». Je me suis toujours dit que c’était dû à de l’ignorance et de la peur, mais jamais je ne m’étais dit que cela allait arriver venant de filles ayant presque les mêmes repères que moi.

Je crois que le pire moment, ça a été un jeudi soir dans le RER. Je n’étais pas très loin d’elles et j’entendais des chuchotements en chinois du style : « Je ne l’aime pas la Française. » Elles pensaient que je ne comprenais pas ce qu’elles disaient… Ce qui m’a le plus brisée dans cette histoire, c’est que l’on m’a reproché mon identité. J’étais tellement fière de qui j’étais, de ma famille, de mes amis et pour une raison que j’ignore, elles ont réussi à la remettre en doute.

Elles aussi asiatiques, elles m’ont fait douter de mon identité

Pendant deux mois exactement, j’ai été perdue, triste et en colère. Je n’ai pas trop raconté aux autres ce qu’il se passait, ni même à ma famille. Comment leur expliquer ce problème alors que j’étais en études de langues étrangères ? J’avais honte. Je me suis posé des tonnes de questions parfois jusqu’à en avoir mal à la tête. J’avais l’impression de devoir faire un choix et que dans les deux cas il allait être mauvais.

Après avoir réfléchi pendant plusieurs semaines, j’en ai parlé à mon entourage. Je n’ai pas trouvé de réponses à mes questions, ils ne savaient pas quoi dire, eux aussi vivent ce genre de moments au quotidien. Ils n’ont jamais cherché à comprendre, ils laissent couler et puis voilà. Ils avaient peut-être raison ? J’ai grandi avec ça et puis voilà. Un de mes amis m’a dit quelques jours après : « Sois fière de toi, ce que tu possèdes est une richesse. » Ça a été libérateur, je me suis déchargée d’un poids qui me pesait sur les épaules. Je n’avais pas à faire un choix et surtout je n’en avais pas envie !

Né en France de parents asiatiques, Tony n’a jamais fait l’expérience du racisme. Et il le sait : ses origines sont une richesse pour lui et pour la France.

J’avais envie qu’elles me reconnaissent, qu’elles comprennent ma vie et de me faire de nouvelles amies. Toutes ces histoires m’ont blessée et m’ont fait me remettre en question, mais c’est grâce à elles que j’ai pris conscience de mon identité. Et c’est pourquoi même si nous ne sommes pas vraiment amies, je les remercie car aujourd’hui je sais qui je suis et j’en suis très fière.

 

Nina, 19 ans, étudiante, Nanterre
Crédit photo Unsplash // CC Pim Chu

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1 réaction

  1. La double culture est une chance et une richesse, pas de quoi en souffrir en tous les cas. Bon courage.