Avatar

Olivier P.3 mars 2019

Harcelé, mon pote s’est suicidé et le lycée n’a rien fait

En tabassant les harceleurs de mon ami, je pensais lui rendre justice. Je n'imaginais pas que le lycée se servirait de cette agression pour étouffer l'affaire.

Par Olivier P.3 mars 2019

En 2015, un de mes potes les plus proches s’est suicidé après s’être fait harceler dans son lycée par cinq mecs. Pour notre groupe de potes, ça a été un choc. Bien sûr, nous savions qu’il n’avait pas que des amis. Mais à aucun moment il ne nous avait parlé de harcèlement sérieux : avec nous, il ne laissait rien paraître.

Après sa mort, on a retrouvé sa lettre. Celle dans laquelle il disait pourquoi il s’était suicidé. Il y donnait surtout les noms de ses cinq emmerdeurs. Après avoir lu ça, avec mes potes, on a vrillé dans nos têtes. On est allés direct à son lycée pour défoncer ces gars. J’avoue, c’était un peu con, mais il fallait qu’on se défoule : c’était notre seule manière de réagir et de faire notre deuil.

Résultat : pour eux, de multiples fractures et pour nous, de sérieux problèmes. Le lycée nous a convoqués, avec les parents des gueules pétées. On s’est expliqués et, à voir leurs têtes, le lycée avait déjà appris la nouvelle. Plus tard, les parents de notre pote ont parlé au proviseur du lycée, avec les parents des harceleurs. On a aussi été convoqués.

Les parents des emmerdeurs voulaient porter plainte contre moi et mes potes. Pour nous, c’était le comble. C’est notre pote à nous qui est mort. C’est leurs enfants les criminels. Et c’est nous qui allons devant la justice ? C’est quoi ça ? C’est une vanne là ? Les parents de notre pote se sont littéralement énervés et leur ont fait comprendre que c’était eux qui allaient porter plainte.

Nos actions ont tout gâché

C’est là que les galères ont commencé. D’abord, le lycée a essayé d’étouffer l’affaire, en la minimisant. Ils disaient quasiment que si mon pote s’était suicidé, c’était parce qu’il était trop faible mentalement ! Ils ont même demandé aux parents de la victime d’éviter de donner le nom du lycée aux médias, parce que ça leur ferait une mauvaise pub. Ils avaient une réputation à tenir ! On a tous pris ça comme une insulte à sa mémoire. Pour ce lycée, la vie d’un de leurs élèves ne sera jamais plus importante que leur réputation. Les parents de notre pote sont devenus fous. Ils ont donc menacé le lycée de procès pour ne pas avoir vu que leur fils souffrait.

Le lycée a retourné l’accusation contre les proches et la famille de notre pote, en disant que nous non plus nous n’avions rien vu de son état. Ce qui est malheureusement vrai ! Et les parents des mecs à qui nous avions cassé la gueule nous menaçaient de nous traîner en justice. Les parents étaient coincés : à cause de nos actes, ils ne pouvaient pas rendre justice à leur enfant sans que cela ne nous porte préjudice. Même s’ils nous ont presque remerciés d’avoir fait ça, on s’en voudra toute notre vie de ne pas avoir vu qu’il était au bord du suicide.

A cause de son surpoids, Rafael a aussi subi du harcèlement. Un long combat avec lui-même pour changer, plutôt que de faire changer les autres. Mon surpoids m’a mis à l’écart mais j’ai réussi à m’en sortir.

Résultat des courses, la famille de mon pote n’a pas porté plainte contre les harceleurs. Et ils n’ont pas porté plainte contre nous. Mais, le plus important, c’est que le lycée a toujours nié son implication dans le suicide de mon pote. Au lieu de se servir de ça pour sensibiliser les élèves à cette question, ils en ont fait un sujet tabou. Et notre acte, à part nous défouler, n’a servi à rien. Ça a surtout empêché que les coupables soient punis.

 

Olivier, 19 ans, étudiant, Paris

Crédit photo © Xavier Dolan // College Boy – Indochine (clip vidéo 2013)

TAGS :

2 réactions

  1. Qui dit harcèlement dit violence répétée (souvent quotidiennement). Or, il est impossible que des violences répétées dans une enceinte scolaire n’aient pas de témoin, adulte ou élève.
    Qui dit harcèlement dit souffrance de la victime, se traduisant nécessairement par des signaux, même faibles (humeur dégradée, absentéisme, résultats scolaires en baisse, isolement…). Or, il est impossible que ces signaux n’aient pas été perçus par les adultes du lycée, les autres élèves, voire les amis et la famille.
    Qui dit harcèlement dit fréquemment un phénomène de groupe; avec des auteurs de violences plus ou moins “engagés” dans leurs exactions. Là aussi, impossible qu’il n’y ait pas de témoin … y compris au sein ou autour du groupe de harceleurs.
    Lutter contre cette gangrène au collège et aussi au lycée passe donc obligatoirement par la responsabilisation de tous les acteurs dans ces établissements : adultes, élèves, familles. Même s’il n’y a que des doutes, voire de simples interrogations sur des comportements, il faut en parler et surtout être entendu, notamment par les agents de l’Education nationale.
    En octobre 2017, ma fille recevait ce qui s’avèrera être sa “première” gifle. La CPE n’a pas daigné nous informer de cet “incident”. Il faudra huit longs mois de souffrance à ma fille pour parvenir à dénoncer ses 6 agresseurs. Elle est aujourd’hui hospitalisée en pédopsychiatrie et déscolarisée. L’enquête de police est en cours.

  2. Ça ne m’étonne pas du tout même si je suis révoltée et horrifiée. Je vous souhaite bon courage.