Meilo11 mai 2018

Je suis une adolescente bisexuelle de bientôt 18 ans, petite sœur de trois frères, actuellement en terminale professionnelle dans le domaine de la communication visuelle. En troisième, on m'a orientée vers une autre filière dans le domaine de l'assistanat sous prétexte du manque de débouchés.

Harcelée au lycée, j’ai failli sombrer

Entre le cyberharcèlement et les attaques frontales, les années lycée de Meilo n'ont pas été des plus heureuses. Et si aujourd'hui tout va mieux, elle attend quand même avec impatience le bac qui viendra officiellement mettre un terme à des années de souffrance.

Par Meilo11 mai 2018

Ma scolarité n’a jamais été simple. J’aimais vraiment l’école même si je n’avais pas des notes très élevées. Enfant, j’étais égoïste et j’avais déjà à l’époque très peu d’ami(e)s. En CP ma maîtresse ne me supportait pas et me maltraitait physiquement et psychologiquement. Au collège, à cause d’une histoire de couple, on m’a prise pour une personne de la pire espèce, et ça m’a suivie durant tout le collège.

Mais c’est à la rentrée de Seconde que l’enfer a vraiment commencé. A cette période, je me remettais énormément en question par rapport à mon orientation sexuelle. J’étais amoureuse d’une fille, mais la situation était compliquée entre nous deux. Ma classe était composée majoritairement de filles et d’une façon ou d’une autre, c’est remonté jusqu’à leurs oreilles. Le cyberharcèlement et les moqueries ont commencé à être quotidiens, alors que mon unique amie était un cas d’absentéisme.

De l’isolement aux idées suicidaires

Les cours étaient aux derniers étages du lycée. Durant les pauses, je restais donc dans les couloirs. Si je descendais, je savais que les filles m’emmerderaient, mais aussi que je serais la cible des plus âgés qui se moqueraient de moi justement parce que j’étais seule. J’ai fait l’expérience du crachat et des mecs qui descendaient leur pantalon pour montrer leur cul et me péter à la gueule. Je préférais rester dans les toilettes à regarder par la fenêtre que de vivre cette expérience quotidiennement. Et comme à l’époque, je n’avais pas de forfait mobile internet, je ne pouvais pas passer mon temps à jouer sur mobile.

Olivier aussi s’est fait harceler, au collège, pour sa bisexualité ! Le lycée l’a libéré ! A lire “Quand tout le collège a appris ma bisexualité

Puis, moi et la fille que j’aimais, nous nous sommes séparées. Je suis restée dans un silence total, me laissant rongée par l’isolement, la mutilation, les idées suicidaires, une baisse de notes et, petit à petit, par l’anorexie mentale. Ma famille avait bien remarqué mon manque d’appétit. Régulièrement, ma mère me répétait que je finirais à l’hôpital. Mon cas à commencé à inquiéter mon médecin traitant qui pensait tout d’abord à de l’anémie. Mon amie absentéiste a fini par réagir et a prévenu la CPE. Peu après ma famille a découvert pour le harcèlement.

Finalement à la fin de l’année j’ai pu faire une passerelle et intégrer le domaine qui m’intéressait initialement, alors que je n’espérais absolument plus rien de la vie, que je n’avais plus aucune motivation.

Je vais mieux mais j’ai hâte de quitter ce bahut !

Aujourd’hui ? J’ai repris 20 kilos, j’ai retrouvé le goût de la nourriture (peut-être même légèrement trop, haha), la mutilation se calme petit à petit, mes notes sont stables. Je parle avec les élèves de ma nouvelle classe, même si ce n’est toujours pas la grand amour. Un élève a commencé à me harceler physiquement (balayette dans les escaliers, frappe derrière le crâne, coup dans la chaise, etc.) et sexuellement (attouchement). Il me provoque régulièrement, mais je passe au-dessus (sans pour autant me laisser faire, attention !). À côté, j’ai réussi à me former un groupe d’ami(e)s au lycée avec qui je passe de superbes moments.

C’est bientôt le bac, j’ai hâte de partir du bahut et j’espère que la suite de mes études se passera mieux. Je ne sais pas si c’est ma tête qui me donne le rôle de victime ou si c’est ma façon d’être. Je ne suis pas une fayote, je suis pas une faux-cul, j’suis pas l’intello de la classe, ni la bourge, je joue pas “la victime”. La seule chose qu’on pourrait me reprocher, c’est d’aimer la culture japonaise, la musique, le dessin, l’écriture, la lecture. Mais il me semble que ce sont des hobbies normaux. Tout comme je suis une fille normale, avec un corps pas si déplaisant que ça, qui s’intéresse un peu à la mode. Pourtant, ça ne fait pas de moi quelqu’un d’acceptée.

Est-ce ma faute ? Dois-je me remettre en question ? Dois-je changer pour être appréciée ? Non, savoir dire “wesh” (croyez-moi, j’ai eu cette période) et faire des dabs à longueur de temps, ce n’est pas être acceptée. Être maquillée et passer mon temps à faire des selfies ? Non plus. Sourire à longueur de temps ? Je l’ai fait, ça ne change absolument rien, si ce n’est vous renfermer plus sur vous. Écouter un style de musique en particulier ? J’écoute absolument de tout. Mais ça ne fait pas de moi quelqu’un d’aimé par tout le monde.

Finalement, se laisser vivre, c’est le plus simple.

 

Meilo, 17 ans, lycéenne, Paris

Crédit photo Adobe Stock // ©  Panksvatouny

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