Chloé B.15 mars 2019

Hé les fumeurs !!! Vous me gâchez la vie !

Chloé ne supporte pas la cigarette, son odeur, sa fumée... Elle est celle « qui fait chier » mais aimerait que les gens la comprenne.

Par Chloé B.15 mars 2019

Bouffée d’air. Et voilà. À 8h du matin, on arrive déjà à m’irriter. Déjà le concept de fumer me dépasse, mais quand  il est couplé avec une heure matinale, mes yeux se ferment et un huge facepalm [exaspération] interne est ma seule pensée. Pourquoi. Pourquoi, s’il l’on veut se cramer les réseaux pulmonaires, ne peut-on pas le faire dans son intimité ?

J’ai conscience d’avoir un seuil de tolérance à la cigarette aussi faible que l’envie d’en fumer : sur ce point, il faut absolument que je travaille et que je déconstruise lentement la forteresse d’arguments que j’ai pour justifier cette haine. On peut parler de haine, mes sentiments relèvent bien du passionnel. Un dégoût passionnel au moins. Je ne supporte pas l’idée que quelqu’un m’impose une fumée toxique, néanmoins socialement acceptable, pour son propre plaisir. C’est comme si, au-dessus de sa tête, flottait l’inscription « Je suis égoïste », que le fumeur, s’il en avait conscience, arborerait fièrement avec un sourire. Je sais que cette vision est biaisée, loin de la réalité, mais c’est l’impression que la cigarette me fait.

L’acte semble si sacré que j’ai l’impression d’être hérétique

Au-delà de sa toxicité, c’est son odeur qui me fait froncer les sourcils et porter cette moue d’écœurement. Ce nuage de cendrier s’accroche joyeusement aux cheveux, aux pulls, aux vestes, aux centimètres carrés de peau disponibles pour une puanteur optimale pendant et surtout après la cigarette. Si seulement fumer n’était pas dans l’air du temps. Si fumer n’était pas un merveilleux moyen d’avoir une contenance, d’avoir l’air nonchalant, détaché des basses choses du monde, ou même occupé tout simplement. Tout l’acte semble être devenu si sacré, le filtre coincé comme une prière entre les dents, les mains s’affairant rituellement sur le corps élancé de la cigarette, que j’en ai l’impression d’être hérétique.

Seulement, ces sentiments, en plus de me rendre irritable sans que les gens autour de moi le comprennent, m’empêchent tout simplement de profiter de mes sorties. Voici mon handicap social. Je ne peux pas être en terrasse de bar, de café, de restaurant, être dans un fumoir, être à une soirée chez quelqu’un qui, généreusement, accepte la cigarette à l’intérieur, être dehors à la pause avec mes amis entre les cours.

Chloé ne supporte pas la clope mais elle a une expérience de l’alcool ! Son deuxième article : « J’ai commencé à boire pour me faire accepter »

J’en développe des habitudes afin d’éviter d’être en contact avec la cigarette. Je marche très vite pour ne pas être coincée derrière quelqu’un qui fume. J’invoque Satan en silence quand un fumeur marche juste assez vite pour que je ne puisse pas le dépasser sans en arriver à une semi-course. Je retiens mon souffle à l’entrée d’un bâtiment de fac. Je m’éloigne des amis qui fument, je fais semblant d’être pressée, je ne vais plus en soirée avec eux. Les moments passés dans un café, à attendre un métro ou à discuter dans la rue, deviennent parfois des guet-apens : le vent semble avoir un malin plaisir à ramener des volutes de fumée, et surtout, à changer de sens constamment pour être sûr que je n’y échappe pas.

Je suis « celle qui fait chier »

C’est évidemment devenu un critère de sélection en matière de relation amoureuse, et il fait place nette. Je me prends la tête avec ma colocataire et grande amie parce qu’elle fume au balcon et ne peut empêcher l’odeur de rentrer avec elle… sur elle. Les soirées enfumées me donnent envie de fuir, même en excellente compagnie. Voilà le problème : on croit que c’est une excuse, que la fumée n’est qu’un prétexte pour enfin partir… On m’en veut. J’ai l’impression que les gens autour de moi ne comprennent pas que la cigarette puisse être un problème en soi pour quelqu’un qui ne fume pas. Indépendamment de mes caprices.

 

Je trouve difficile d’être celle « qui soûle », qui « fait chier », d’être regardée avec des yeux ronds et considérée comme trop stricte sur cette question. J’ai beau me dire que la science me donne raison, que l’histoire rend sa crédibilité au « non » au vu du bilan meurtrier de la cigarette, l’expérience prouve que, pour l’instant, aucun de mes amis n’y est sensible.

 

Chloé, 20 ans, étudiante, Paris

Crédit Photo Unsplash // CC Andrès Gerlotti

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