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Léa M.28 octobre 2019

Hétéro, lesbienne ou bi ? Je ne veux pas d’étiquette

Le jour où j'ai eu un crush sur une fille, j'ai douté de mon orientation sexuelle. Alors que je ne veux pas ranger mes sentiments dans une case.

Par Léa M.28 octobre 2019

Je ne me suis jamais posé de questions à propos de mon orientation. Jusqu’à ce que je la rencontre. Un coup de foudre a réduit en cendres ma conception de l’orientation sexuelle.

C’était clair et simple : un garçon avec qui je m’entendais bien pouvait devenir mon amoureux. Mais une fille dont j’étais proche était juste mon amie. J’étais hétéro par défaut et presque de manière inconsciente. Mon entourage y est pour beaucoup : ma famille, mes amis… Tout le monde autour de moi est hétéro. Pour mes parents, il s’agit du modèle classique, de la société et de la famille. En ne le respectant pas, je me serais écartée du schéma traditionnel dans lequel ils ont grandi. Ce modèle qu’ils ont reproduit en se mariant et en ayant un enfant. Cela ne m’a donc jamais traversé l’esprit que je puisse être attirée par des filles.

Seulement, elle est apparue et elle a fait voler en éclats la petite case dans laquelle j’étais rangée, sans le savoir. Elle captivait mon attention. Et moi j’essayais de ne pas la regarder. Je ne voulais pas m’abîmer dans le bleu intense de ses yeux.

Je ne voulais pas abandonner cette étiquette « hétéro »

Je devais me persuader que je me trompais, que je ne ressentais rien pour elle. J’étais sortie avec des garçons, j’avais l’air d’une hétéro, alors je devais forcément l’être. Je devais juste m’en convaincre. La vérité, c’est que je ne voulais pas abandonner cette étiquette « hétéro » qui m’était collée. Elle était là depuis toujours, mais je ne m’en étais jamais rendu compte. Et maintenant que l’on venait de me l’arracher, je luttais pour la récupérer. Je me suis donc rapprochée d’un garçon qui me plaisait avant que je la rencontre. Mais cela n’a pas fonctionné. Parce qu’il n’était pas vraiment intéressé, mais surtout parce qu’elle ne quittait pas mes pensées. J’étais indéniablement attirée par elle. Je devais accepter l’évidence : j’étais tombée amoureuse d’une fille.

J’étais abasourdie qu’un sentiment si abstrait puisse avoir un effet si concret en moi. Toutes mes certitudes se retrouvaient chamboulées. J’avais la sensation que, du jour au lendemain, j’avais été forcée de déménager. J’avais dû abandonner tout ce qui m’était familier ; quitter ma petite case estampillée « hétéro » pour rejoindre celle à laquelle j’appartenais désormais. Je me retrouvais alors entre quatre murs couleur arc-en-ciel.

LGBT : je me suis sentie comme une imposture

Pour tenter de m’y accoutumer, et surtout pour traduire de manière concrète cette émotion impalpable, je me suis intéressée à la culture LGBT. J’ai lu des bandes dessinées, j’ai regardé des films et des séries… Mais je n’accrochais pas vraiment. Contrairement aux personnages du L Word, je n’étais pas entourée d’amies lesbiennes qui multiplient les conquêtes… Et surtout, je ne me sentais pas appartenir à ce groupe de femmes, définies par le simple fait qu’elles aiment les femmes. Car moi, je n’en aimais qu’une seule.

The L Word est une série américaine qui raconte la vie et les amours d’un groupe de femmes lesbiennes, bisexuelles et transgenres dans la ville de Los Angeles. Diffusé entre 2004 et 2009, le show télévisé est entré dans la culture LGBTQI+. Une nouvelle version, appelée « Génération Q », a récemment été tournée et sortira en décembre 2019 sur Canal +.

Je me suis alors sentie comme une imposture, une spectatrice, une visiteuse au sein de cette communauté. Les personnages qui me parlaient étaient ces femmes qui, comme moi, ne connaissaient rien à ce monde-là : je me retrouvais bien dans La Vie d’Adèle, cette lycéenne qui, un jour, avait eu un coup de foudre pour une femme puis qui s’est retrouvée totalement perdue et mal à l’aise dans un bar lesbien. Comme ça avait été le cas pour moi, cette chose lui était tombée dessus et elle avait dû apprendre à la dompter. Mais contrairement à moi, elle n’était pas seule. Dans le bar, Adèle avait été secourue par Emma. Et elle lui avait servi de guide.

J’ai fait sortir du placard mon sentiment, pas mon orientation sexuelle

Moi, je n’avais personne avec qui partager ça. J’avais peur d’en parler à mes amies car je craignais de les voir s’éloigner. Je redoutais de découvrir que notre amitié était conditionnée par mon orientation sexuelle. Et que la personne de qui j’étais tombée amoureuse devienne un critère de jugement ou d’appréciation. Mais j’ai finalement réussi à surmonter mon appréhension. On déjeunait toutes les trois, comme à notre habitude. Elles m’ont fait remarquer que je ne parlais plus du garçon que je trouvais mignon. Alors je leur ai expliqué. Je leur ai parlé de cette fille, de son regard qui me transportait quand il se posait sur moi, de l’aura troublante qui se dégageait d’elle… Elles ont compris que j’avais un crush sur elle.

Mais en le leur disant, je n’ai pas eu l’impression de faire mon « coming-out ». La seule chose que je faisais sortir du placard, c’était mon sentiment. Mes amies ont évidemment été surprises, mais une fois cette étape passée, tout est redevenu normal. Le fait que je sois attirée par une fille n’a rien changé à leur amitié pour moi. Ce nouveau petit détail ne modifiait en rien qui j’étais, ni la manière dont elles me considéraient. Ce que j’avais appréhendé et considéré toute seule comme une grande annonce s’était transformé en une sorte de non-événement.

Quand la famille de David a appris son orientation sexuelle, elle n’a pas réagi de la même manière. Les critiques, les tentatives de « guérison » et les débats houleux lui ont fait mal et ont laissé des traces : « Ma cousine a voulu me soigner de mon homosexualité »

Mes amies m’ont régulièrement posé des questions sur l’avancée de ma relation avec cette fille. Nous discutions toutes les deux de temps à autre, nous nous retrouvions seules lors de certaines soirées… Mais les choses en sont restées là. J’ai appris à la connaître et petit à petit, le sentiment s’est éteint en moi. Son aura si troublante m’était devenue familière, et le bleu de ses yeux n’avait plus rien de secret.

Après elle, il n’y en a plus eu d’autres. Il n’y a plus eu que des « il ». Un peu comme si ce chapitre entamé s’était aussitôt achevé.

Je ne saurais donc pas dire si je suis hétéro ou bi ou autre. Car la réponse ne m’intéresse pas. Je ne veux pas avoir à choisir une étiquette, un compartiment dans lequel me ranger. Je ne veux pas avoir à inclure les personnes pour qui mon cœur décide de battre dans mon identité. Je ne veux pas avoir à définir mon orientation sexuelle, car je ne veux pas que l’on me définisse par celle-ci.

 

Léa, 20 ans, étudiante, Paris

Crédit photo Unsplash // CC Jakob Owens

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