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Ingrid A.3 septembre 2019

Il a failli me violer et j’ose pas en parler

Un soir, en rentrant chez ma mère et son compagnon, je suis tombée sur mon beau-frère. Tout a été très vite. Il m'a touchée. J'ai réussi à m'enfuir, mais comment et à qui en parler ?

Par Ingrid A.3 septembre 2019

Je vais bientôt fêter mes 16 ans et il y a maintenant deux mois, j’ai été agressée. J’ai du mal à lire ces mots : « J’ai été agressée. » Ça fait encore bizarre d’utiliser ce mot. Car je veux tout sauf attiser la pitié de qui que ce soit. C’était donc il y a deux mois. J’habite actuellement chez mon beau-père. C’est quelqu’un de bien. Et il aime beaucoup ma mère je crois. Le seul souci, c’est la cohabitation avec ses enfants. Surtout avec… lui. Il a presque 20 balais. Il étudie le droit dans une fac à Paris.

Le courant n’est jamais passé entre lui et moi. Il n’aimait pas que je ramène mon copain au domicile familial après les cours. Alors que lui ramenait sans cesse de nouvelles pétasses plus superficielles les unes que les autres sous notre toit. On se disputait souvent sur la répartition des tâches ménagères ou les limites de la vie privée de chacun. C’était du genre à fouiller mes placards et mes affaires, à écouter aux portes ou encore à fouiner dans mon téléphone. Il a même tenté de détruire le cadenas de mon journal intime.

Je me suis faite émanciper l’année dernière et j’ai trouvé un petit boulot de démonstratrice de parfumerie après les cours et parfois le week-end sur Paname. Même si mes parents sont loin d’approuver ma nouvelle indépendance, ils n’ont pas trop eu le choix et j’ai su me montrer convaincante. Un soir, je suis passée récupérer quelques affaires chez eux. La maison était vide. Sauf que ce soir-là, au moment où je m’apprêtais à partir, il est rentré et a directement cherché un prétexte pour que nous nous disputions. Le premier, c’était qu’est-ce que je faisais là. Il m’a accablée de reproches en tout genre et d’insultes : « T’as 15 ans et tu t’es pris un appart’, mais pour qui tu te prends ? Les sorties, les copines, la fume, si ta mère le savait. T’es qu’une pute, je suis sûr que tu te le tapes ton mec. »

Il a vrillé et a essayé de me violer

Face à toute cette méchanceté gratuite, j’ai préféré prendre mon sac et partir. Mais il en a décidé autrement. J’avais bien remarqué son état d’ébriété. Ce que j’apprendrai plus tard, c’est qu’il avait avalé trois « taz » [extasy]. Il n’avait plus vraiment conscience de ce qu’il faisait. Il m’a attrapée par ma veste et a commencé à me parler bizarrement avec des « je t’aime », « ton mec te mérite pas », « t’as une tête à coucher », « fais pas ta coincée ». Et là, il a eu le geste de trop. Il a essayé de toucher ma poitrine. Je lui ai immédiatement collé une baffe avec le peu de force qu’il me restait de cette journée épuisante. À partir de ce moment, je ne l’ai plus reconnu. Même son regard a changé. Je me suis sentie en danger et j’ai tenté de m’enfermer dans le couloir menant à l’étage. C’est une porte vitrée. En à peine deux coups de pied, il l’a défoncée ; les débris de verre ont volé autour de moi. J’ai couru me réfugier à l’étage où j’ai réussi à m’enfermer une deuxième fois, mais il a recommencé. Je me trouvais à présent en face de lui. Complètement paniquée et essoufflée. Il s’est approché, m’a saisie violemment la tête par les cheveux et dit : « Si tu te laisses faire, je te frapperai pas, je te ferai aucun mal ma belle, faut juste que tu te débattes pas, et évite les cris aussi, ça m’énerve vite. »

J’étais comme pétrifiée, allongée sur le lit, il était au-dessus de moi. Ses bras encadrant mon visage. J’étais en chaussettes, j’avais des collants noirs et une jupe en jean gris, je suis pas le genre de fille à beaucoup m’apprêter, mais comme j’avais travaillé ce soir-là, je me devais d’être présentable. Mais peu importe les vêtements que je portais ce soir-là. RIEN ne peut justifier un tel comportement. Surtout envers une adolescente perdue. Il a fait glisser mon col roulé noir au-dessus de mes bras et je me suis retrouvée en soutien-gorge devant lui. Il a soulevé ma jupe et déchiré mes collants en voulant me les retirer. J’ai senti ses doigts s’approcher de ma culotte Hello Kitty que je portais encore même à 15 piges. J’étais rouge, j’ai senti le sang et un rush d’adrénaline monter progressivement. Il a posé ses mains sur mon ventre en me faisant remarquer que le piercing que j’avais au nombril, ça faisait vraiment « pute ». À ces mots, mon angoisse a pris la fuite.

Je lui ai asséné un coup de genou de toutes mes forces en plein visage, Il a pas mal saigné du nez en continuant de m’insulter. J’ai couru dans les escaliers mais il m’a fait tomber en m’agrippant les cheveux. Je me suis fêlé le poignet droit à cause du choc contre la rambarde. Il m’a donné un coup de poing qui m’a assommée, avant de tenter de me reconduire à l’étage. Il a essayé de me porter mais j’ai prétexté un mal de tête et profité de son hésitation pour prendre un cendrier et lui exploser en pleine face au niveau de l’arcade gauche, qui s’est mise à pisser le sang. Il est tombé.

Je me suis dirigée en direction de la porte d’entrée, marchant pieds nus sur les débris de verre qui m’ouvrirent les pieds. Mais je me fichais de la douleur. Je me fichais d’être en sous-vêtements en pleine rue alors qu’il était 22h et qu’il faisait un froid de canard. L’important, c’est que je n’étais plus en danger. J’avais réussi à m’en sortir presque indemne. Du moins, c’est ce que je croyais… Je n’avais pas de téléphone. Il fallait que je prévienne Maman.

Sauvée, je n’ose pas en parler

Puis, d’un coup, je me suis rendu compte que… J’aurais pu me faire violer ce soir-là. Je n’aurais pas voulu que ma première fois se passe comme ça. Mais si je racontais ça à ma mère, elle risquait de quitter mon beau père. Et bien que son fils soit un déchet, lui, c’est quelqu’un de bien et je ne voulais pas que toute cette histoire touche l’équilibre familial à peine retrouvé. J’en ai parlé à deux personnes seulement. Enfin, trois.

La première, ça a été un ami en première STMG dans mon lycée. Je l’ai connu au collège mais on a vraiment commencé à se parler au Skate Park d’Aulnay. À la sortie des cours, j’étais très mal. Il l’a vu, et j’ai pleuré. Je suis quelqu’un qui pleure rarement. Vraiment quand je suis à bout. Je ne voulais pas lui mentir.

La seconde personne a été mon précieux et indispensable journal intime ; je trouve que les choses paraissent moins graves une fois écrites sur un bout de papier.

La dernière personne, c’est justement la dernière que j’ai vue avant ma mésaventure, une de mes meilleures amies. Je lui ai confié ça quatre-cinq jours après. Je ne voulais pas que ça se sache, mais elle a insisté pour que je lui dise ce qui n’allait pas. Et sa réaction m’a littéralement brisé le cœur. Selon elle, il était bourré. Donc il ne se contrôlait pas et puis j’avais une jupe et un haut qui laissaient voir mon nombril. Sans parler du fait que j’avais toujours cet air hautain et supérieur avec lui. Bref, je l’avais bien cherché quoi.

Je n’en parle pas vraiment car mon copain serait capable d’aller beaucoup trop loin niveau vengeance. Ce n’est pas le genre à régler ses problèmes derrière un tribunal et surtout, il a remarqué mon changement. Ces derniers temps, je suis beaucoup moins tactile et douce avec lui. Je peux m’énerver pour un rien comme pleurer quelques instants après. Il ne comprend pas ma susceptibilité ni pourquoi je suis à fleur de peau. Il a déjà essayé plusieurs fois de parler avec moi. Il m’a même carrément demandé si quelqu’un avait essayé d’abuser de moi. J’ai nié en bloc, et je déteste mentir. J’aimerais le toucher et sentir sa peau contre la mienne comme avant. Mais maintenant, j’ai empiré. Cet incident a touché à ma personne, à mon identité. Ça m’a achevée je crois bien.

Je voudrais en parler à la justice, pour être sûre qu’il ne fasse pas d’autres victimes. Je le ferai plus tard je pense, quand j’aurai eu le courage d’en parler à ma mère…

 

Ingrid, 15 ans, lycéenne, Aulnay-sous-Bois 

Crédit photo Pxhere // CC0

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1 réaction

  1. Elle semble vraiment mure et intelligente pour une fille de 15 ans, tu t’es super bien défendue !

    Peut être que ça t’aiderait de porter plainte, du moins en parler, je pense que si ça t’a affectée dans ta manière d’être et de vivre ça peut être judicieux de prendre à bras le corps le problème plutôt que ça te suive sur une longue période…