Zahia A.

Zahia A.16 août 2017

J’ai découvert la France par les foyers d’hébergement d’urgence

Le 115, les hôtels et les foyers... et les punaises de lit. La France, je l'ai d'abord découverte à travers ses structures d'hébergement d'urgence. Qu'importe, je regarde aujourd'hui vers l'avenir.

Par Zahia A.16 août 2017

Quand je suis arrivée d’Algérie en France le 27 avril 2015, ma vie a changé.

Un nouveau pays, un nouveau système, un nouveau mode de vie… Tu vois les gens courir derrière leurs « trucs à faire ». Toi, au milieu, tu as besoin d’une aide… mais les gens ne te voient pas.

Je me suis sentie comme un oiseau sans ailes.

Traités comme des extraterrestres !

On a pris un taxi, il travaillait au noir, on ne connaissait rien au fonctionnement, on a fait confiance ; 60 euros pour aller à Marseille !

Ma mère a appelé le 115, la femme lui a répondu qu’on était comme des extraterrestres. Mes parents ont donc dû trouver une chambre d’hôtel pour nous six dans le premier arrondissement : l’hôtel la Renaissance.

Le lendemain matin, mes parents sont allés à la préfecture.

Là, un homme les a aidés en expliquant qu’il fallait insister et contacter de nouveau le 115.

La deuxième fois, nous avons été écoutés et on a pu passer 20 jours dans un hôtel en bas des escaliers de la gare Saint Charles.

Ni télé, ni wifi, rien !

Plus de copines, plus de famille, plus rien. Je restais tout le temps à la maison, désespérée. Après, on a déménagé une première fois pour un foyer dans le 14ème arrondissement. On y est resté un mois et demi, six dans un T2.

Ma mère est tombée malade, il y avait des punaises dans le matelas de mes parents. La nuit, on croisait des rats dans les couloirs.

De nouveau, l’assistante référente nous a annoncé qu’on devait changer de foyer. Je me suis sentie de nouveau perdue, repartir, c’était à nouveau l’inconnu.

Enfin, des repères pour ma nouvelle vie

Nous sommes arrivés le 24 juin dans un foyer du premier arrondissement. Tout était propre, nous étions dans le centre ville, les matelas étaient changés, le linge était changé, on nous a fourni ce qu’il fallait pour vivre. J’ai commencé à sortir avec ma sœur et mes frères, mes parents aussi.

Un nouveau pays, un nouveau système, un nouveau mode de vie… Tu vois les gens courir derrière leurs « trucs à faire ». Toi, au milieu, tu as besoin d’une aide… mais les gens ne te voient pas.

On commence à faire des connaissances, on se fait des amis, on découvre Marseille.

En plein ramadan, j’ai découvert un restaurant à Noailles qui n’ouvre que pour cette période. C’est une association qui offre de bons repas. Là, on m’a proposé de faire du bénévolat et j’ai fait le service. On a gardé le contact avec certaines personnes.

J’ai commencé à avoir des repères dans ma nouvelle vie : je me suis fait des copines adorables, certaines originaires du même pays, l’Algérie, de Kabylie et de l’est aussi vers Alger et Constantine.

Enfin, je me sens à l’aise, bien dans ma peau.

Aujourd’hui, nous sommes hébergés par l’association Caravelle, dans le 13e arrondissement. Cela fait un an et nous attendons une réponse de l’office HLM.

 

Zahia, 21 ans, stagiaire École de la Deuxième Chance (E2C), Marseille

Crédit photo cc Fndsa

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