ZEP

ZEP5 juin 2018

On compile, on interroge, on résume. Parce que, parfois, nous aussi on a des choses à vous dire !

Je reste 22 heures sur 24 dans ma cellule, en me disant que c’est la première et dernière fois (2/9)

Neuf hommes âgés de 19 à 22 ans, détenus à la prison de Fleury-Mérogis, en région parisienne, pour des peines de deux à quatre ans, témoignent de leur quotidien en détention : la cantine, le téléphone, le parloir, le mitard, l’hygiène, la solitude…

Par ZEP5 juin 2018

Quand le tribunal a décidé de mon incarcération, la solitude a commencé à prendre le dessus. Je me suis retrouvé au primo-accueil. Première rencontre avec le chef du bâtiment pour m’annoncer où j’effectuerais ma peine.

Un jour après, me voilà aux arrivants où on reste entre une semaine et un mois, je suis en cellule double. La cellule fait 9 m2, il y a une télé, deux petites commodes, des toilettes et une douche à gauche de la porte de la cellule. En face, un lit superposé, ma chaise et mon petit comptoir pour manger et, à sa gauche, mon lavabo. Ma première semaine en détention se passe très difficilement, moralement et physiquement.

Les nuits sont courtes, c’est pas mon lit, c’est pas chez moi. Je me sens comme dans une niche de chien.

J’avais l’appréhension d’être avec un multirécidiviste ou un meurtrier. Je suis tombé sur un codétenu très sympa qui m’a bien accueilli, ce n’était pas sa première incarcération donc il connaissait bien la prison. Après avoir parlé de nos problèmes, nous avons mangé un bon plat chaud qu’il venait de préparer avec ce qu’il avait cantiné.

Cet article est issu d’une série de témoignages publiés dans Libération, à lire juste ici.

Tous les jours, les surveillants passent aux mêmes heures : à 5 h 30, 7 heures, 11 h 45, 13 heures, entre 16 heures et 17 heures, avant la gamelle du soir, et à 19 heures en sachant qu’ils allument la lumière à chaque passage. Il y a des surveillants qui sont sympas et d’autres moins cool. Certains demandent si ça va, d’autres ignorent le salut qu’on leur fait. Il y en a qui nous parlent mal, qui se pensent supérieurs à nous et qui nous insultent. Tout dépend des bâtiments où on se trouve. Je ne demande pas qu’ils soient nos amis, mais qu’ils aient un minimum de respect envers nous. Comme nous envers eux.

Quand on n’a pas de tabac, parfois les surveillants ne veulent pas le faire passer de cellule en cellule, donc on est obligés de faire un «lasso». Un lasso, c’est un sac poubelle, dont on fait des fines lamelles. Une fois que l’autre personne l’a rattrapé par la fenêtre de sa cellule, on pend un drap qu’on remplit et l’autre tire jusqu’à ce qu’il attrape le drap.

Si la personne est dans la cellule en face de la nôtre, on fait une «souris». On prend une cuillère qu’on attache avec des fines lamelles de sac poubelle et on l’envoie dans le couloir. Ce n’est pas autorisé mais c’est toléré : un lasso attaché aux barreaux, ils peuvent me le laisser comme ils peuvent me l’enlever. Ça dépend du surveillant ou de la surveillante qui est sur notre aile.

Je reste 22 heures sur 24 dans ma cellule, en regardant la télé, en pensant à ma famille, et en me disant que c’est la première et dernière fois que je suis entre ces quatre murs. Je commence à réfléchir à mes erreurs et à mon avenir, en sachant que ce n’est pas ma première peine, mais que c’est la dernière.

 

Xavier, 21 ans, en détention à Fleury-Mérogis

Crédits photo © Catherine Rechard

TAGS :

2 réactions

  1. Je suis seulement choqué pour le fait de mettre 2 personnes dans un 9m2 et le comportement des surveillants mais le reste me semble normale. Il faudrait au moins un 18m2 mais bon il ne manque de rien pour moi et le tabac déjà qu’il soit content d’en avoir !

  2. Pas un mot ou une pensée pour l’éventuelle victime de l’acte pour lequel il est en prison ?
    La souffrance d’un détenu est limitée le temps de son incarcération, celles des victimes, bien souvent à vie et pas limitée à un endroit…
    Quand on réclame de l’empathie, il serait de bon ton d’en exprimer soi-même (ou, au moins, de faire semblant)…