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ZEP6 juin 2018

On compile, on interroge, on résume. Parce que, parfois, nous aussi on a des choses à vous dire !

Je “snape” ma vie en détention, je montre un peu ma vie à Fleury-Mérogis (4/9)

Neuf hommes âgés de 19 à 22 ans, détenus à la prison de Fleury-Mérogis, en région parisienne, pour des peines de deux à quatre ans, témoignent de leur quotidien en détention : la cantine, le téléphone, le parloir, le mitard, l’hygiène, la solitude…

Par ZEP6 juin 2018

En cellule, à Fleury-Mérogis, j’avais un smartphone. Je ne l’utilisais pas la journée tellement les matons étaient chauds. Je le sortais la nuit après la gamelle et après la ronde de 19 h 30. Je partais sur Facebook, Snapchat, je me tapais des délires ; jusqu’à l’aube en gros. À 7 heures du matin, dès que le surveillant passait pour récupérer la poubelle, je le rangeais dans une très très bonne cachette car on me faisait des fouilles de cellule au moins une fois par semaine.

Si le maton le trouve, je vais finir au quartier disciplinaire. Je risque vingt jours dans une pièce de 9 m2 sans rien dans la cellule à part un lit, une table, des toilettes. C’est important d’avoir un smartphone en détention car, quand j’étais sur mon iPhone, j’étais dans le futur. Je ne sentais pas l’incarcération : je m’évadais dans ma tête, je regardais des séries sur Netflix (Narcos, The Walking Dead). Je jouais de l’argent au poker aussi, sur PokerStars. Et des paris de foot en ligne. J’étais meilleur au poker qu’au foot !

Cet article est issu d’une série de témoignages publiés dans Libération, à lire juste ici.

«Quand j’éteins toutes les lumières de ma cellule, il ne reste que la lumière de l’écran. Sur Facebook, je tchatais avec mes potes, des copines, ma famille d’Algérie. Eux, je ne leur disais pas où j’étais, je leur disais que j’étais dans un centre pour travailler. Je leur mentais car je ne voulais pas qu’ils sachent. Mais sur Snapchat, je me rendais fou car je voyais tous mes amis en vacances en Afrique, en Espagne. Ça me brisait le cœur. J’étais dégoûté car, moi, j’étais enfermé, et même avec un smartphone, ça ne remplace pas la liberté. Mais j’étais quand même heureux car ça change la vie d’avoir un téléphone en prison, ça fait oublier la détention. Je «snape» ma vie en détention, je montre un peu ma vie à Fleury-Mérogis : ma cellule, les plats que je prépare, mes amis en promenade. Ça fait deux mois que je l’ai revendu et ce qui me manque le plus, c’est Snapchat.»

 

Amin, 21 ans, en détention à Fleury-Mérogis

Crédit Illustration © Libération // Illustrateur James Albon

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