Mia N.

Mia N.21 janvier 2019

Avant j’étais sauvage, maintenant je suis sage.

J’habite à la campagne et je kiffe !

Mia a grandi dans la ZUP d’une petite ville de 15 000 habitants. Avec la nature à côté, c’était l’éclate, alors que dans le centre, c'était l’ennui total. En grandissant, son regard a changé...

Par Mia N.21 janvier 2019

J’avais vraiment oublié Autun, jusqu’à ce qu’on déménage en « centre-ville ». J’ai trouvé ça fade : t’avais que de l’urbain et du vide. Niveau ambiance et environnement, la ZUP, c’était carrément plus convivial. On l’appelait « Chicago » nous !

Au quartier, la vie était belle, t’avais pas le temps de t’ennuyer. Il y avait beau y avoir du béton et des plages de bitume, il y avait de quoi se ressourcer : il y avait la nature. Dès que tu rentrais dans la ZUP, tu voyais plein d’arbres, des hectares de zones vertes ! On faisait des cabanes dans les arbres, des grosses parties de cache-cache dans toute la ZUP, ou on sortait du quartier en vélo en mode aventure pour aller dans les patelins.

Au centre-ville, quand je disais bonjour aux gens, j’avais un « bonjour » froid en retour, alors qu’au quartier on se disait « salam la famille » avec un grand sourire. Il n’y avait pas autant d’enfants dehors, les gamins marchaient en tenant la main de leurs parents, ils avaient pas l’air de s’amuser comme nous au quartier, livrés à nous-mêmes !

Du coup, je passais mon temps libre à retourner au quartier. J’adorais y aller car la nature était mêlée à la bonne ambiance de la ZUP.

Maintenant, c’est différent, je suis nostalgique

Mon regard a beaucoup changé en grandissant et en allant à l’école à Autun. On faisait les touristes : on allait dans des musées, à la cathédrale Saint-Lazare qui était dans nos livres d’histoire au collège, vers la Croix de la Libération… J’avais jamais remarqué ce patrimoine historique et artistique !

Finalement, Autun, c’est pas si fade… Et c’est pas si nul d’être dans une « grosse campagne ». J’entends que dans les grandes villes c’est « métro, boulot, dodo », mais je me dis que pour nous, c’est une chance d’habiter dans une ville aussi riche et aussi verte. Avec mon père et mes tantes, ou des familles du quartier avec qui on a grandi, on allait se promener dans la nature et dans la forêt. Aujourd’hui encore, ça me relaxe d’aller dans la nature, d’avoir du temps au calme.

Mais tout le monde ne pense pas comme ça : il y a beaucoup de mes proches et de mes amis qui sont partis à Montceau, à Lyon, ou dans des villes du sud. Ça m’a fait bizarre. Moi, je vais partir à Dijon faire mes études de médecine, mais ma ville va me manquer.

Walid vit lui aussi à Autun, et il aime ça, avoir la nature pas loin : La forêt c’est mon refuge, ma forteresse.

Et quand je retourne au quartier, je ne vois plus les têtes connues. Ils ont détruit les tours où ma grand-mère habitait pour reconstruire un gros bâtiment de l’OPAC horrible avec des bouts de bois et du plastique, et au-dessus des résidences. La ZUP s’est vidée, il y a quasiment dix fois moins de monde. Quand j’y retourne, j’ai plus la même folie qu’avant car c’est devenu comme un désert. Les jeunes ne trainent plus là-bas.

Ce qui est bizarre et marrant à la fois, c’est que maintenant, quand t’as plus rien a faire, quand t’es une personne du quartier, on te propose : « Viens on va en ville. » Ces changements, ça m’a un peu perturbée, je serai toujours nostalgique d’avant, mais je l’aime quand même bien cette petite ville et quoi que je fasse après mes études, je reviendrai un jour habiter ici !

 

Mia, 18 ans, en formation, Autun

Crédit photo © Emmanuelle Jacobson-Roques // Ce qui nous lie (film 2017)

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