Dédé G.

Dédé G.22 juillet 2018

Plus tard, si je ne deviens pas footballeur, je travaillerai dans un zoo.

J’habite le 16ème, là où c’est pas riche

Le 16ème arrondissement, pour Dédé, c'est son quartier, mais ce sont aussi de riches blancs à racketter.

Par Dédé G.22 juillet 2018

Comme tout le monde le dit, le 16ème, c’est riche. Mais où j’habite, c’est pas riche. Les résidences sont en briques rouge. Je vis avec ma mère, mon beau-père, ma petite sœur, mon grand frère et mon petit frère. La résidence est grande, mais notre appartement est petit, 40 m2.

J’habite dans un quartier où il y a toujours des bagarres. Devant le collège Claude Bernard, quand ils sortent, les gamins se battent. Quand y’a rien à faire, les jeunes brûlent les locaux à poubelles des autres résidences. Il y a beaucoup de trafic de drogue. Surtout dans les grandes tours. Un grand file du matos à des plus jeunes qui partent en scooter dans le quartier pour en vendre, ou alors ils font les guetteurs. Il y a aussi du trafic d’armes (j’ai déjà vu un revolver !), de scooters et de voitures. Du coup, les « shtars » [les flics] sont presque tout le temps là. C’est les vieilles de la résidence qui les appellent, juste parce que les petits jouent au foot et que ça fait du bruit. Quand on n’a rien à faire, on fait du scooter ou on fume la chicha dans le stade, devant le collège. J’ai des potes qui sont déscolarisés, d’autres non. Les grands, ils fument et ils vendent. Certains travaillent, ils font Uber ou Deliveroo.

On vise les blancs friqués

Je vais environ dix fois par mois à l’Hippodrome d’Auteuil, à 15 minutes à pied de chez moi, pour faire des losses [du racket] avec mes potes. Là-bas, c’est bien riche, c’est en verre comme les entreprises. C’est pour ça qu’on y va. On vise les blancs friqués. On leur prend iPhone, sac, cigarette électronique… Les trucs de marque. Après, on les revend sur les réseaux sociaux. Mais on losse pas les filles. On fait ça quand on a besoin d’argent et que nos mères ne peuvent pas nous en donner.

À la Muette, on voit la différence, par rapport à là où on habite. Y’a des boutiques très chics : une paire de claquettes Adidas, 55 euros.. Les riches, ils les achètent. C’est des oufs ! Et au Grec, ils paient 6,50 euros le sandwich, sans la canette !

Vers la Muette, les gens sont habillés en Canada Goose ou d’autres marques très chères. Ils se donnent un genre. Souvent, ils nous narguent, ils font exprès de sortir en doudounes PJS ou avec des trottinettes chromées, même quand il y a de la neige, exprès pour qu’on les rackette et qu’après, ils aillent se plaindre à la police. Évidemment, la police les croira plus que nous ! Parce qu’ils sont riches et blancs. Moi, si je deviens riche en devenant footballeur, je ferais des dons, je payerais les loyers des pavillons de mes potes, je donnerais à ma mère, à mes enfants. Je serais un gars qui partage.

 

Dédé, 11 ans, collégien, Paris

Crédit photo Flickr // CC Talha Najeeb

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1 réaction

  1. Formidable, voleur et il trouve cela normal. Les riches cherchent les ennuis aussi à bosser et à gagner des sous! C’est vrai que c’est bien moins pénible de voler que de se mettre à travailler Dédé, tu as raison. Tu pourras y réfléchir en prison à moins qu’une de tes victimes te fasse la peau. A toi de voir ce que tu préfères, mais travailler à l’école, s’engager dans une association et trouver un job d’été serait un peu plus porteur niveau avenir.