Joseph G.

Joseph G.24 septembre 2018

Juif, je dois cacher ma kippa

J'ai grandi dans la religion juive. Mais hors du cadre familial, notamment dans la rue, difficile d'assumer sans me sentir en danger.

Par Joseph G.24 septembre 2018

Depuis que je suis petit, mes parents m’ont habitué aux principes de la religion juive. Comme ils voulaient que j’apprenne l’histoire de ma religion, ils m’ont mis dans une école juive à Belleville. J’ai appris les bases. J’y suis resté de la maternelle jusqu’à la fin de la primaire. Ensuite, à partir de la sixième, j’ai changé de collège car il n’était réservé qu’aux filles. Je me suis retrouvé dans un autre collège, toujours juif, mais qu’avec des garçons. La journée type commençait par une heure de prière. Ensuite, on avait nos cours classiques : français, histoire, anglais… Et puis, en fonction de notre emploi du temps, des cours de religion, d’histoire du judaïsme, en lisant la Torah. Je peux lire l’hébreu mais je ne comprends pas tout. Je connais juste quelques mots. Comme « shalom » qui veut dire « bonjour ». Ou « sarfat », qui veut dire « français ». Un jour, un mec a insulté ma mère. On s’est battus. J’ai eu un avertissement. Au bout de trois, c’était l’exclusion définitive. Je me suis encore bagarré et j’ai fini par en prendre trois. Après ça, mes parents m’ont inscrit dans une école privée catholique. Ils ne voulaient pas que j’aille dans une école laïque. J’ai passé deux ans là-bas. J’ai dû redoubler ma quatrième, du coup je suis parti dans une école publique, près de chez moi, pas loin de République.

« Laisse ta kippa dans la poche »

À l’époque, j’étais beaucoup plus pratiquant que maintenant. Je priais le matin pendant les heures de classe. Aujourd’hui, à l’école laïque, je ne peux plus pratiquer. Je dois me lever plus tôt car je ne peux pas prier là-bas. À force, je suis fatigué. Le matin, je m’endors en classe. Mon père m’a dit : « Fais le minimum mais continue de faire le plus important. » C’est-à-dire la prière du Chema et celle de la Amida. Je fais toujours les deux. Quand je suis avec mon père, pendant les jours de fête, je ne sors pas avec ma kippa. Avant de quitter la maison, il me dit toujours : « Laisse-la dans ta poche. » Il préfère que je ne la porte pas dehors, par sécurité. Même quand je vais seul à la synagogue, il me dit de ne pas la sortir. J’ai un ami d’enfance qui s’est fait agresser par plusieurs personnes, alors qu’il portait sa kippa. Lui est plus religieux que moi. Il la portait tout le temps. Après ça, ses parents ont décidé de quitter la France pour aller vivre en Israël. À cause de ce genre d’histoires, mes parents et mes sœurs aimeraient aussi aller y vivre. Des fois, on va dans le pays de mon père, le Maroc, mais je vais plus en Israël, le pays de ma mère.

Certains partent en Israël, moi je veux rester en France

Les Juifs de France et ceux d’Israël, ça n’a rien à voir. En France, on est plus religieux que là-bas. En Israël, les gens sont soit très religieux, soit pas du tout. Quelques-uns sont entre les deux. Quand je suis là-bas, je vois beaucoup de militaires dans les rues. Chaque fois qu’on va quelque part, on est fouillés. Vu tout ce qu’il se passe là-bas, ça me paraît normal. Moi, je préférerais rester ici. Déjà, par rapport à la langue. Et puis, en France, je me sens bien. Pour sortir, par exemple, j’ai plus de libertés ici que là-bas. Pour moi, le seul truc chiant, c’est de devoir ranger ma kippa quand je vais à la synagogue. C’est pas normal. On est dans un pays laïc, alors on a normalement le droit de montrer sa religion. En plus, j’ai des amis non-juifs dans ma bande de potes. Trois sont musulmans. Il y en a un qui est athée. Les autres sont juifs. Quand ils veulent savoir un truc sur ma religion, ils me posent des questions. Et moi aussi. Je comprends que mes parents puissent avoir peur. Mais, entre nous, il n’y a pas de problème. On est potes, c’est tout.

 

Joseph, 15 ans, lycéen, Paris

Crédit photo Flickr // CC Nickolette

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1 réaction

  1. A moins qu’il y ait une contre-indication par la loi, tu n’as pas à cacher ta kippa. Tu as 15 ans et tu as un responsable légal qui fait autorité sur toi, et, ses choix ne sont pas toujours compatibles avec les tiens mais, tu as le droit d’avoir des aspirations comme tout le monde et concrétiser ce qui te semble adapté à ta personnalité. Il est peut être un peu trop tôt c’est tout. Ceci dit, à l’égard de tes propositions, tes parents peuvent faire preuve d’ouverture d’esprit.