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ZEP8 juin 2018

On compile, on interroge, on résume. Parce que, parfois, nous aussi on a des choses à vous dire !

La prison, j’y ai vu la chance d’apprendre un métier (6/9)

Neuf hommes âgés de 19 à 22 ans, détenus à la prison de Fleury-Mérogis, en région parisienne, pour des peines de deux à quatre ans, témoignent de leur quotidien en détention : la cantine, le téléphone, le parloir, le mitard, l’hygiène, la solitude…

Par ZEP8 juin 2018

J’ai été incarcéré le 16 juillet 2015, à la prison de Fleury-Mérogis. Plusieurs mois avant ma condamnation, j’étais en mandat de dépôt, pas encore condamné. Sachant que j’étais sûr que je serais condamné au moment du jugement, j’ai commencé à prendre connaissance des diverses activités pour préparer ma réinsertion. On m’a indiqué que, pour avoir une bonne image auprès de l’administration, il faut avoir un comportement discipliné et exemplaire, que j’ai tout de suite adopté.

Je me suis inscrit à des activités sportives. La musculation est une façon de m’évader de cette détention pénible, à travers l’acharnement à sculpter mon corps. Je me suis aussi inscrit au centre scolaire, à un BEP service administratif. Pour me cultiver et pour me permettre d’obtenir un diplôme.

Quand j’étais dehors, je n’avais pas de qualification à part quelques expériences dans la vente de prêt-à-porter. Je n’ai pas compté mes efforts en allant chaque jour en cours. J’ai appris à avoir une meilleure éloquence, une grammaire plus enrichie et une meilleure orthographe, ce qui m’a permis d’être plus compréhensible. J’ai passé mon examen en juin 2016. J’y suis allé avec une grande sérénité, car j’avais énormément révisé pour faire de mon mieux. A la fin de l’examen, j’étais soulagé et confiant du résultat.

Cet article est issu d’une série de témoignages publiés dans Libération, à lire juste ici.

Le 6 juillet 2016, j’ai été appelé à comparaître à mon jugement. Ce jour-là, je me suis réveillé avec un grand stress, c’est rare. Une heure avant que les surveillants viennent me chercher dans ma cellule pour l’extraction, j’ai reçu une lettre : j’avais obtenu mon diplôme. Le stress du matin s’est estompé en un instant et une grande joie m’a envahi. J’étais super confiant pour le reste de la journée et le jugement. Après ma condamnation, j’ai été changé de bâtiment pour aller dans celui des condamnés. Je me suis alors immédiatement réinscrit au scolaire.

J’ai été accepté à la formation d’électricien. On m’a changé à nouveau de bâtiment : mon codétenu était dans la même formation. J’ai été surpris et content, car le feeling passait bien. Nous avons pris connaissance de la formation et du dispositif à respecter. Ce métier me passionne et je voudrais le poursuivre dehors. Je me suis extrêmement investi, j’y ai vu une chance d’apprendre un métier, mais surtout un métier dans lequel je pourrais m’épanouir et trouver un emploi stable.

Durant plusieurs mois, j’ai redoublé d’efforts et j’ai eu les résultats le jour même de l’examen. Ils ont prononcé mon nom et m’ont dit que je l’avais obtenu. Ça y est, j’ai mon diplôme, prêt pour la sortie.

 

Aymeric, 22 ans, en détention à Fleury-Mérogis

Crédit photo © Catherine Rechard

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