Adèle M.

Adèle M.15 novembre 2017

Le boulot au Québec, c’est pas le même délire !

Après des premiers pas, et des premières galères, dans le monde du travail en France, Adèle a tenté sa chance au Québec. En rentrant, sa vision du travail a changé, ses objectifs professionnels aussi.

Par Adèle M.15 novembre 2017

Après mes études en France, j’ai enchainé les stages et les petits contrats. J’ai décidé de partir chercher du travail au Québec, là où les étrangers étaient accueillis à bras ouverts et où le cadre de vie promettait d’être bien plus sympathique qu’à Paris. Avec en bonus : des premiers salaires alléchants.

Et je n’étais pas la seule à penser ça ! Dans mes démarches pour obtenir mon Visa de deux ans, je me suis vite rendu compte que les 14 000 PVT (Permis Vacances Travail) accordés aux français âgés de 18 à 35 ans s’arrachaient chaque année comme des petits pains. Au bout de la troisième (et dernière) chance de s’inscrire, j’ai finalement obtenu le Graal via le site Internet du Gouvernement du Canada.

C’était l’hiver, mais je n’ai rien voulu savoir. Le 29 décembre 2015, je posais le pied en terre promise. À Montréal. Le jour de la première tempête de neige de l’année. “Bienvenue au Québec !”

La course à l’emploi peut reprendre

Ma première impression en épluchant les différents sites d’offres a été rassurante : les jobs fleurissent comme les érables, il y en a pour tous les goûts, toutes les qualifications. Même dans le secteur qui m’intéresse, l’information-communication. Je dis enfin adieu au décourageant « pas de résultats ».

Comme en France, je postule, je retape mes lettres de motivation. Motivée, ça oui ! Mais alors que j’attends, longtemps, des réponses qui n’arrivent pas vraiment, mon scepticisme légendaire me reprend. Avec mon CV d’experte en « sortie d’études », je rencontre les mêmes difficultés qu’en France : diplômée à Bac+5, mais loin des « 5 années d’expériences pertinentes exigées » nécessaires pour te faire embaucher.

Qu’est-ce qui cloche ? Après avoir quêté des conseils sur les forums de recherche d’emploi, je réalise qu’ici, c’est assez différent. Ce n’est pas parce qu’on parle la même langue, qu’on fonctionne de la même manière. Pas du tout en fait.

Se mettre à l’heure québécoise

Cela commence par le CV. Il faut le mettre aux normes Nord-Américaines. D’abord, il faut enterrer les anglicismes ! E-mail, newsletter, planning, sponsor, et j’en passe. Même les diplômes ont une équivalence francisée, et pour Master, on écrira Maîtrise s’il vous plait.

A oublier aussi : la photo et le statut familial, considérés comme discriminants. Voilà une bonne chose ! Fini le format A4 où on cale le plus d’infos dans une seule page : maintenant, on mise sur 2 ou 3 pages pour détailler au maximum ses expériences et ses compétences, dans un anonymat et une sobriété que mon « beau » CV tricolore n’avait jamais connu.

Sur le papier, je me métamorphose : et ça fonctionne déjà mieux ! En même pas une semaine, je repère une offre dans mes cordes, je postule, et je décroche mon premier entretien.

J’arrive sobre et sapée dans une start-up en plein lancement de produit. En voyant le look décontracté de mon futur employeur, jeune québécois barbu aux fringues dépareillées, qui m’accueille chaleureusement, sourire aux lèvres, je fais tomber la veste, et un peu le stress. Il me demande comment je vais, m’emmène visiter l’open-space, me présente à tout le monde. On s’assoit dans un coin confortable, décoré comme à la maison, café inclus, au calme pour entamer l’entretien.

Cet été, Hawa nous parlait de l’art (si peu original) de l’entretien d’embauche en France. Au Québec, ils savent y faire !

Au fil de la discussion, j’ai plutôt l’impression de me retrouver face à une sorte d’astrologue du travail, un type qui essaie de cerner ma personnalité, mine de rien. On a zappé les banalités de « diplômes et parcours », pour des questions assez personnelles, du style « raconte-moi une mission que tu n’as pas réussi à mener à bien ? Comment as-tu réagi ? », ou à l’inverse « de quelle réalisation es-tu la plus fière ? ».

Au lieu de me tendre des pièges, il essaye de me détendre. Il essaye de voir si je suis assez bien dans ma peau pour être capable de réagir aux situations délicates. Il cherche à savoir si je suis prête et taillée pour le poste, et si je vais bien m’intégrer à l’entreprise et à son état d’esprit zen et positif.

C’est pour ça qu’ensuite, il me parle longuement de la compagnie, de ses valeurs, du travail en équipe, des horaires flexibles et de l’importance de la communication entre tous. Le travail d’équipe ? J’adore ! Pour avoir été portée par des teams en or lors de mes premières expériences, je suis convaincue que c’est la clé pour faire avancer des projets. La motivation des autres est même souvent contagieuse chez moi.

Bingo. Bien qu’inexpérimentée, il me fait confiance, me serre la main et m’engage, en me faisant comprendre que ça sera à moi de montrer de quoi je suis capable.

Quand on sait ce qu’on cherche, on trouve

Les boss te font prendre conscience que si tu es là, c’est que ta place est importante dans le bon fonctionnement de l’entreprise. J’avais un nouveau paquet de responsabilités sur les épaules, c’est stressant mais hyper valorisant. Il y a une coopération employeur-employé qui s’installe, ce qui est aussi assez nouveau pour moi. Pour la première fois, on me demande mon avis et il est réellement pris en compte dans les prises de décision. Le patron n’hésite pas à se remettre en question, on fait un pas intéressant pour réduire la barrière hiérarchique.

J’ai eu d’autres jobs là-bas. Il y a beaucoup de turn-over au Québec, on n’hésite pas à quitter un poste qui ne répond plus tout à fait à nos attentes, car on sait qu’on n’aura pas trop de difficultés à en retrouver un. Aujourd’hui, je ne ferai plus l’erreur d’accepter un poste « par défaut, parce qu’il en faut un », car cette expérience m’a appris à mieux cibler et reconnaître les environnements qui correspondent à mon tempérament. J’essaie aussi de mieux savoir (et montrer) de quoi je suis capable et de ne pas me sous-estimer par rapport à des offres qui recherchent des profils « parfaits » qui n’existent pas.

Le Québec m’a un peu redonné confiance dans le monde du travail : quand on sait ce qu’on y cherche, on trouve.

 

Adèle, 25 ans, journaliste

Crédit photo Pexels

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