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Manon L.12 mars 2020

Lesbienne, je fais honte à mes parents

Mon premier grand amour, ma famille et mes parents ont tout fait pour le détruire. Parce que deux femmes qui s'aiment, ça leur faisait honte.

Par Manon L.12 mars 2020

Le problème, c’est moi. Je ne suis pas normale, je dois être malade. Qu’est-ce que mes parents ont fait pour que je sois comme ça ?

« C’est une honte, qu’est-ce qu’on va faire de toi ? Salope ! »

J’y peux rien, cette fille me plaît. Elle a un joli visage, une peau de bébé, y a comme une putain d’attraction. Mais, des sentiments aussi purs et innocents que l’amour, qu’est-ce qu’il peut y avoir de mal à ça ?

« C’est dégueulasse, qu’est-ce que vous pouvez faire entre filles ? »

C’était en 2011. J’ai rencontré Jennifer après des mois de tchat sur internet. C’était sur une connerie de site de rencontre, sûrement Tinder. Elle a traversé la France pour moi. On était prêtes à tout l’une pour l’autre mais on avait décidé de garder notre relation secrète. Je sentais que ça ne passerait pas auprès de ma famille. Ce qu’on avait créé était la chose la plus importante à nos yeux, c’était précieux.

Sauf qu’ils l’ont su et l’enfer a commencé. M’empêcher de la voir, de sortir, me rabaisser, m’insulter. C’était parti pour des années de souffrance. Chaque matin, à me réveiller chez eux, j’attendais impatiemment la fin de journée. Chaque soirée, je ressentais les mêmes peurs jusqu’à m’endormir.

Depuis 2003, Le Refuge propose des hébergements temporaires aux jeunes victimes de LGBT+phobie et en situation de rupture familiale. À travers le court-métrage « Théo », des jeunes accueillis au Refuge racontent leurs parcours.

Il m’a fallu presque dix ans pour comprendre que les parents peuvent être nocifs pour l’épanouissement de l’enfant. Il n’y a pas eu de dispute précise, de moment-cassure, c’était tous des moments-cassure…

Le décor s’est planté lentement, une base solide. « Mais qu’est-ce qu’on va penser de nous ? », disait ma mère. Quand on était en société : « Ce n’est qu’une passade. » Quand on faisait les magasins avec ma copine :  « Ne vous tenez pas la main. » Et quand on était en intimité : « C’est dégueulasse, qu’est-ce que vous pouvez faire entre filles ? Un homme c’est tellement mieux. »

Jennifer et les suivantes, elle les a toutes présentées comme des « amies » à son entourage, et m’empêchait chaque geste tendre…

Le problème, c’est eux

C’est à 20 ans que j’ai réalisé à quel point leur attitude n’était pas normale. Pendant les repas de famille avec les oncles, les tantes et cousins. J’étais déjà partie de chez mes parents depuis deux ans, à vaciller entre les appartements qu’ils voulaient bien me louer et une autre relation qui m’avait accueillie. Ma première vraie relation, le grand amour, ils ont tout fait pour que je m’en sépare.

Le moment qui m’a le plus marqué c’est quand une fois, dans le jardin, contente mais méfiante que mon entourage ait accepté aussi facilement ma moitié, j’ai décidé de m’approcher de ma copine et de l’embrasser. D’un coup, j’ai senti une main dans mes cheveux me tirer violemment en arrière. C’était ma mère : « Tu me fais honte. »

Après avoir un crush pour une fille, Léa a remis en question son orientation sexuelle. Mais hétéro, lesbienne ou bi, elle refuse les étiquettes. 

L’humiliation. L’incompréhension. Comment pouvait-on en arriver à vouloir détruire l’identité de sa fille pour ne pas avoir à subir le regard des autres ? À partir de là, j’ai compris.

Depuis, je me tiens le plus possible éloignée d’eux. J’ai encore cette petite voix en moi qui me dit parfois : « Tu n’es pas normale. » Mais je fais des rencontres rassurantes, et je crée des relations de confiance. Parce que le problème ce n’est pas moi. C’est eux.

 

Manon, 25 ans, volontaire en service civique, Toulouse

Crédit photo Pexels // CC Cottonbro

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3 réactions

  1. Tu es normale ça tu peux en être sûre. Je n’arrive pas à comprendre comment des réactions comme ça peuvent encore exister. Tu as raison de ne plus voir tes parents, j’espère que tu arrives à supporter cette douleur car ça doit pas être simple. J’espère qu’un jour ils comprendront ce qu’ils t’ont fait vivre et feront un travail sur eux car c’est clair qu’ils ont un problème ! Bonne continuation.

  2. Nolwenn effectivement ce n’est pas simple… Mes parents m’ont inculqué depuis petite que je ne pourrait pas m’en sortir sans eux… Double peine quand on prends son envol depuis quelques mois 😉
    Mais il n’y a que l’avenir devant!
    Merci beaucoup pour ton commentaire

  3. Ma pauvre minoute, comme je comprends ta souffrance ! J’ai subi la même chose, voire pire car ma mère n’a tellement pas supporté de découvrir que j’étais lesbienne, qu’elle m’a jetée dans les pattes sales de médecins, puis de chirurgiens, pour me détruire physiquement, en me faisant carrément changer de sexe. Tout ce que j’ai pu sauver c’est mon coeur et mon âme de fille mais le reste me dégoûte tant que je ne peux plus aimer personne. Prend soin de toi, petite soeur.