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Robie L.17 mai 2020

Lesbienne, en famille impossible d’assumer ?

J’aime les filles et je n’ai aucun doute là-dessus. Mais j’ai du mal à assumer mon homosexualité par peur du regard des autres, celui de ma famille surtout.

Par Robie L.17 mai 2020

La première fois que je suis sortie avec un garçon, j’étais en quatrième. C’était pour me cacher, me protéger du regard des autres. C’était pour faire comme tout le monde et me fondre dans la masse. J’avais 14 ans. À ce moment-là, je savais déjà que je n’étais ni hétérosexuelle ni bisexuelle. J’avais honte d’être lesbienne. Je n’assumais pas qui j’étais réellement. Un sentiment que j’ai ressenti très tôt et qui est ancré en moi encore aujourd’hui. Alors je me cache ; je cache qui je suis et ce que j’aime vraiment.

J’ai été attirée par les filles dès mon plus jeune âge, mais je ne trouvais pas ça normal. Parce qu’on m’a toujours dit qu’une relation amoureuse, ça se construit entre un garçon qui aime une fille et une fille qui aime un garçon, et pas autrement. Et pour ne pas arranger les choses, mes proches, que ce soit ma mère, mes tantes ou ma grand-mère, ont toujours eu une mauvaise opinion des LGBTQ+.

« T’es pas lesbienne, j’espère ?! »

Sans s’en rendre compte, les membres de ma famille me font parfois des remarques blessantes. C’est souvent des choses ridicules, comme la fois où je portais un tee-shirt du groupe de rock « Pink Floyd » et qu’on m’a demandé de l’enlever parce que dessus il y avait un arc-en-ciel et que ça, « ça fait gay ». Il y a aussi les questions du type : « Alors, quand est-ce que tu nous ramènes enfin un petit copain à la maison ? » Prise au piège, la seule réponse qui me vient à l’esprit dans ces moments-là est : « Je ne sais pas. » Quand c’est comme ça, j’ai souvent le droit à un « t’es pas lesbienne, j’espère ?! » sur un ton violent.

La famille est parfois un rempart à la liberté et à l’expression de soi. Dans Rafiki, film kenyan, deux jeunes femmes ne peuvent pas vivre leur amour librement. Révélé à Cannes, un film puissant et nécessaire.

En entendant ces mots, j’ai le cœur qui se serre. J’ai juste envie de crier : « J’aime les filles et alors, y a un problème ? » Mais malheureusement aucun son ne sort de ma bouche. J’ai trop peur de leurs réactions, j’ai peur qu’ils me jugent, qu’ils me regardent différemment, qu’ils s’éloignent de moi ou me détestent. À cause de cette ambiance, j’ai décidé de ne plus participer aux repas de famille. Ils se sont interrogés mais sans creuser plus que ça.

Avant cette année, je n’avais pas non plus évoqué mon homosexualité devant mes camarades de classe parce que, de la part des jeunes de mon âge, je n’ai entendu que des remarques méchantes au sujet des homosexuels.

J’en parle de plus en plus et ça se passe bien !

J’ai enfin réussi à dire à mes deux meilleures amies que j’étais lesbienne. Elles s’en doutaient quand même un peu parce qu’elles ne m’avaient jamais vue sortir avec un mec, ni même montrer de l’intérêt pour le sexe opposé. Puis, je l’ai dit aux deux garçons de mon groupe de musique parce qu’ils ont découvert, par hasard, que je sortais avec une fille. Ils ne m’ont pas jugée. En fait, ils s’en fichent, pour eux c’est normal et c’est tant mieux.

Léa se définissait comme hétéro, par défaut. Mais le jour où elle a eu un crush sur une fille, elle a remis en question son orientation sexuelle. Depuis, elle ne veux plus ranger ses sentiments dans une case.

J’ai également annoncé mon homosexualité à l’un de mes frères. On s’entend bien tous les deux, j’avais confiance en lui. Et tout s’est bien passé. Il m’a dit qu’il le savait depuis un moment, il était content et soulagé que je lui en parle enfin, que je me livre à lui. Il avait peur que je garde le secret pour moi toute seule, comme un fardeau, et que j’en souffre. Me livrer auprès de lui m’a soulagée. J’aurais aimé que ce soit pareil avec le reste de ma famille.

 

Robie, 15 ans, collégienne, Amiens

Crédit photo Pexels //  CC Cottonbro

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