Avatar

Modi D.20 janvier 2019

J'aimerai devenir militaire et j'aime beaucoup le basketball.

Mali, Italie, France… J’ai passé les frontières de la langue

Arrivé sur les côtes italiennes, Modi a beaucoup souffert de ne pas savoir parler la langue. Difficile avec la police, mais aussi avec une fille qu’il aimait...

Par Modi D.20 janvier 2019

Ma première journée en Italie, c’était horrible. On est descendus du bateau, j’étais tout seul. Je ne comprenais pas l’italien. La police nous a posé plein de questions. Je n’arrivais pas à répondre alors ils ont appelé les traducteurs. Je ne comprenais pas, j’avais trop peur qu’ils me renvoient au Mali.

On m’a posé des questions. Encore et encore. Les traducteurs m’aidaient. Ils me demandaient si je voulais répondre à cette question, ou pas. Des fois ils me disaient de ne pas répondre ! Sur ma sexualité par exemple. Pendant trois jours, on a fait plein de rendez-vous. C’était trop difficile. Ça m’a donné envie d’être traducteur. Pour aider. Après, je suis parti dans un foyer, j’ai fait un mois là-bas. Puis un autre foyer.

Youssouf a lui aussi quitté le Mali pour la France, avec un (long) passage par l’Italie : J’ai rejoint la France en bus, en train, à pied.

C’est là que j’ai rencontré une fille. Elle était un peu comme une éducatrice. Je ne parlais pas bien italien. Elle était super gentille, et belle. Elle donnait des cours de langue et avec le dictionnaire on arrivait un peu à parler. Je l’aimais.

Comment on dit « je t’aime » ?

J’ai caché mes sentiments. Mon pote m’encourageait à lui dire, mais je ne parlais pas la langue. Le jour où j’ai quitté le foyer, j’étais trop triste. La fille est venue me voir, elle voulait que je lui dise quelque chose, « au revoir », n’importe quoi, et je n’ai rien dit. J’avais peur. Je voulais lui dire que je l’aimais mais avec quels mots ? Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Depuis ce jour, c’est difficile de parler avec les filles.

C’est à cause de la langue que j’ai voulu partir en France. On m’a dit que c’était trop difficile mais je me débrouillais déjà en français. Plus qu’en italien. Donc je suis parti.

Les langues c’est plus facile ici. À l’Aide Sociale à l’Enfance, à la Croix-Rouge, avec les gens qui m’ont aidé, j’arrive mieux à communiquer grâce aux cours de français. Avant d’être au foyer je me suis fait des amis. Maintenant, je suis au lycée, en CAP, j’ai plus de problèmes avec ça.

La langue italienne m’a marqué. Elle me rappelle beaucoup de souvenirs difficiles. En fait, avant d’entrer dans un pays, il faut savoir parler la langue !

 

Modi, 17 ans, lycéen, Paris

Crédit photo Flickr //  Thomas Hawk

TAGS :