Miguel Z.

Miguel Z.7 septembre 2018

Je me sens comme une Jessica Rabbit de banlieue (le sex-appeal et les seins en moins).

Mon homosexualité se voit dans mon look et c’est dangereux

Dans un milieu où il se sent à l'aise, Miguel porte fièrement ses vêtements moulants et son maquillage. Mais ailleurs, en public, il fait profil bas par peur des réactions homophobes.

Par Miguel Z.7 septembre 2018

Imagine avec moi : 2012, un collège privé catholique en banlieue et un gamin de 12 ans qui pousse les portes du collège avec un foulard beige à pois rouges autour du cou. Les regards se tordent vers lui. Pour une fois, il est heureux qu’autant d’attention lui soit portée. Il sourit. Ce gamin naïf, c’est moi. La veille de ce désastre, j’ai fait un « coming out » avec ma mère. Comme si elle avait déjà tout prévu, elle est arrivée avec un sac Monoprix ; à l’intérieur, l’uniforme du gay édition 2012 et ce foulard beige à pois rouges qui allait me coller à la peau et me rendre heureux de manière ambigüe. Un accessoire qui a fait de moi la cible à achever des mecs pseudo-virils de cinquième et le phénomène de foire des profs et de la plupart des meufs. À l’époque, j’étais comme un extincteur : le truc tapi au fond du couloir que personne ne regarde. Mais une fois le foulard noué autour du cou, j’étais comme la robe de Rihanna au MET Gala de 2015 en forme d’omelette gé(n)ante : ça pique un peu les yeux, mais tu n’arrives pas à les détourner.

Quand mon homosexualité transpire trop de mon look

Je suis gay. Il n’y a rien de mal à propos de ça, au contraire #livingmybestlife. J’adore la mode, j’adore m’habiller, j’adore défiler dans la rue. Mais je me pose des limites. Étant originaire du 93 (Montreuil, plus précisément), faire la diva dans les rues peut très vite conduire à être humilié, insulté, battu, voire tué. Ma liberté d’expression en prend un sacré coup. Je ne me sens pas moi-même quand je porte l’uniforme de l’homme socialement acceptable (tee-shirt, jean, baskets). Le vêtement devient une frontière entre moi et moi-même et chaque matin, en me regardant dans le miroir, je me demande si mon homosexualité transpire trop de mon look. Je suis jaloux des gens qui ont le courage de sortir avec leur personnalité inscrite dans leur style. Un de mes amis sort avec des vêtements « féminins », des talons et du maquillage. Moi, quand je mets un crop top lors d’un événement dans Paris, je prévois une chemise large à mettre par-dessus pour le chemin du retour. D’où l’ambiguïté que peut avoir un vêtement pour moi : il peut tout aussi bien me protéger ou me mettre en danger.

Une fois, je suis rentré tard avec une amie, je portais du rouge à lèvres et de l’eye-liner. Des mecs posés en bas d’un immeuble m’ont lancé des « Eh le pédé ! » à répétition, un peu comme les mouettes du film Nemo qui veulent à tout prix manger le petit poisson en criant « À moi ! À moi ! », je n’ai jamais été aussi anxieux et effrayé qu’à ce moment-là. J’avais peur qu’ils s’approchent de moi, qu’ils me frappent et que je ne survive pas. Cette peur me hante même quand je porte des vêtements pour homme, socialement acceptables.

J’ai toujours l’impression d’avoir des regards posés sur moi à cause de ma tête ou de la façon dont je marche ou suis habillé. Je sais les risques que j’encours quand mon look ne hurle pas « homme hétérosexuel blanc » et je ne peux pas en faire abstraction. Je ne performe pas mon homosexualité car j’ai peur des représailles. Parce que je ne vis pas dans un monde fait de paillettes et de strass (comme dans mes rêves) où les gens ne prendraient pas le temps de me faire du mal.

Je suis partagé. D’un côté, je n’ai pas envie de brandir une pancarte qui dit « Je suis gay et vous devez le savoir » ; de l’autre, j’aimerais être dans la rue comme je suis dans ma tête et recevoir des regards d’admiration de la part de ceux qui, jadis, m’auraient jeté des pierres. Un yin-yang pas facile à équilibrer quand mon environnement est plus propice à l’un qu’à l’autre. C’est qui je suis. D’un côté, un mec qui se fond dans la masse de la ligne 9 en rentrant chez lui, de l’autre, une diva qui détrône Mariah Carey grâce à des playbacks endiablés dans une robe aveuglante de beauté.

 

Miguel, 18 ans, Montreuil 

Crédit photo Call Me by Your Name, Luca Guadagnino (film, 2018)

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