Maria A.

Maria A.8 février 2019

#MeToo c’est (toujours) partout !

Maria a été agressée à plusieurs reprises par des hommes dans la rue. De quoi la faire se remettre en question : et si elle les provoquait sans s'en rendre compte ?

Par Maria A.8 février 2019

J’ai été victime de harcèlement de rue dès mon entrée au lycée. La première fois c’était pendant une sortie scolaire à Lille. Nous avions quartier libre, il faisait froid et nuit. J’étais avec une amie, nous attendions les profs au point de rendez-vous. Il y avait beaucoup de monde. Un homme s’est arrêté pile devant moi et il m’a regardé. Oui, il me fixait et son comportement était étrange. Il bavait en essayant d’allumer sa cigarette de sa main tremblante et il me souriait. C’était un sourire malsain. Je n’arrivais pas à bouger, ni à parler. J’étais là, impuissante, je ne réfléchissais plus, j’avais juste peur, j’étais paralysée et je savais que mon amie à côté de moi vivait exactement la même situation, même si elle n’était pas la personne visée.

Une minute plus tard, il a eu l’air attiré par deux femmes qui passaient par là. Il a essayé de mettre ses bras sur leurs épaules, elles ont essayé de le repousser. Au fond de moi, j’étais soulagée que ces femmes soient passées par là. Elles l’ont détourné de moi, lui qui n’avait même pas conscience de ce qu’il faisait. Quand les profs sont revenus, je suis allée en voir un et j’ai raconté toute cette scène. Je souriais comme pour me rassurer, mais j’étais encore tremblante.

Carole aussi ne supporte plus les phrases déplacées et déshumanisantes des hommes lorsqu’elle sort : Harcèlement de rue, je ne suis pas ton jouet !

Le fait qu’il me dise que j’abusais et que ce n’était pas aussi horrible que ça, ça m’a blessée. Il insinuait que j’en faisais tout un plat pour faire mon intéressante. Je l’ai détesté. Puis, je me suis dit qu’après tout, c’était aussi un homme : pourquoi attendre qu’il me rassure ?

La deuxième fois, c’était dans ma petite ville, là où je me suis toujours sentie en sécurité et où j’ai grandi. J’étais avec une amie, c’était vers midi. On était en pause déjeuner, on marchait tout en discutant et on est passées près d’une voiture. La musique était à fond, il y avait au moins cinq hommes dans la voiture. On a accéléré le pas, comme gênées d’être regardées, lorsqu’ils nous ont vu passer le feu rouge, ils nous ont hurlé : « Hé les meufs ! Wesh vous avez des beaux ***. Pourquoi vous répondez pas bande de **** ? » On ne répondait pas, on marchait vite, collées l’une à l’autre, on avait peur. Tout le monde regardait cette scène sans réagir. N’obtenant pas de réponse, en colère, l’un d’entre eux a jeté une canette en nous visant. On n’a pas été touchées. À ce moment, j’ai croisé le regard d’un homme qui assistait à cette scène, mais qui n’a pas réagi. Ce soir-là, je me suis posé des questions sur moi, sur mon style vestimentaire et sur mon corps. Est-ce moi qui les provoquais indirectement ?

Je me suis sentie très sale. J’étais en colère

La troisième fois, c’était dans un quartier où il y a beaucoup d’hommes dehors et où je ne vais que rarement car ma mère n’aime pas cet endroit. Ce jour-là, certains étaient assis sur leurs voitures. Il n’y avait aucune femme aux alentours, j’étais la seule. Je me souviens avoir baissé mon regard en passant devant un groupe d’hommes (20-28 ans) et activé mon pas. Lorsque je suis arrivée à leur niveau, ils ont sifflé et émis des bruits (comme si j’étais une bête de foire) et l’un d’entre eux m’a crié : « Attends, écoute nous ! » Je marchais vite, mes jambes tremblaient, j’avais peur de ne plus pouvoir continuer, mon cœur battait fort. J’avais honte car des hommes devant moi m’observaient comme si j’avais cherché la situation, je me suis précipitée dans la pharmacie et j’ai vérifié que je n’étais pas suivie. Ce jour-là, j’ai regardé ma tenue, j’avais un tee-shirt Astérix et Obélix. Je l’avais mis innocemment, je n’étais pas provocatrice, j’étais habillée comme un homme aurait pu s’habiller.

J’en ai eu d’autres de ces horribles expériences plus différentes les unes que les autres, mais je n’en ai jamais parlé à ma mère par appréhension de sa réaction, de peur qu’elle m’enferme chez moi. Pour me protéger. J’étais dégoûtée par moi-même, par mon corps. Je me suis sentie très sale. J’étais en colère, j’avais envie de hurler. Je n’avais pas les mots. Je me suis dit que c’était injuste de s’en prendre à plus faibles que soi. Et qu’un homme ne ressentirait jamais cette peur, cette insécurité. Et je me suis dit que si un homme venait à entendre ces plaintes, il dirait sûrement que l’on abuse, qu’on le cherche et qu’on en est contentes au fond. Il en rigolerait. Ces réactions, je les ai lues.

Après cela, je me suis camouflée derrière de longs gilets, des capuches, tout ce qui pouvait me dissimuler, et je crois que je le fais toujours inconsciemment. Je suis devenue agressive envers les hommes. En leur parlant froidement, je me disais qu’ils ne me prendraient pas pour une personne qui essaie de les provoquer. Je pensais que parler comme un garçon me protégerait d’eux. Mais j’avais tout faux.

Ce qui m’a permis de reprendre confiance en moi, ce sont les hommes qui m’ont souri et complimenté de façon bienveillante. Je me suis dit que finalement, tous les hommes n’étaient pas pareils. Maintenant quand une situation pareille m’arrive, cela ne m’affecte plus, je ne remets plus en question, je trace ma route.

 

Maria, 17 ans, lycéenne, Montataire

Crédit Photo  Unsplash // CC Zi Nguyen

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