Emmanuelle M.

Emmanuelle M.14 février 2020

Brunette. Forte poitrine. Sans tabou. Lesbienne polyamoureuse. Fleur b̶l̶e̶u̶e̶ rouge. Pute 2.0.

Je fais du téléphone rose… pour l’argent et le plaisir

Je suis hôtesse de téléphone rose. Un job pas toujours très rose justement... mais moi, je kiffe gagner ma vie comme ça ! Parce que j'aime le sexe, et j'aime en parler.

Par Emmanuelle M.14 février 2020

Je cherchais un travail. Sauf que je suis une fleur fragile et sensible, enfin une femme autiste quoi. Donc les jobs classiques, 35 heures à taffer pour un boss dans une boîte forcément merdique pour un salaire basique, ça me tentait moyen. Et j’ai découvert le téléphone rose.

Bref, j’ai commencé à chercher par rapport à mes compétences. Je parle anglais et espagnol. Je suis très bonne en traduction. Je me suis donc renseignée sur plusieurs sites de traductions en ligne et me suis vite rendu compte qu’on y trouve plein de gens bien plus diplômés que moi, payés une misère. Next.

Auparavant, j’avais commencé un job d’animatrice de chat. Je ne gagnais vraiment pas beaucoup. Mais je me demandais s’il était possible que j’évolue vers le téléphone par exemple. J’ai fini par tomber sur une annonce sur un site de jobs à domicile. J’ai pris contact avec eux et miracle : c’était bien une annonce sérieuse ! Me voilà donc lancée dans cet univers… chelou ! Soyons honnêtes, plein de gens pensent que le téléphone rose ça n’existe plus. Plein de gens pensent que c’est inutile à l’heure d’internet. Et surtout, que c’est dégradant pour une femme de faire ce genre de choses. Bien sûr, ces messieurs, eux, peuvent bien appeler. Au mieux, on dira qu’après tout, ce sont des mecs. Au pire, on les taxera d’être des désespérés du cul.

Très souvent, on parle juste de tout et de rien

Les hommes que j’ai eus au bout du fil, je ne les connaissais pas. Je ne connaissais pas beaucoup leur profil, leur vie. Et eux n’avaient pas non plus beaucoup d’informations sur moi. Alors de quoi on parle pendant ces appels ? Bah en fait, de tout. Bien sûr, les hommes appellent principalement pour prendre du plaisir à écouter une nana parler, à l’exciter, pour faire du sexe par téléphone en s’inventant des scénarios ou en s’écoutant se masturber. Cependant, très souvent, nous parlons juste. De tout et de rien. Du temps. Du boulot. Des voyages. Du travail.

Aujourd’hui le téléphone rose a donné voie à un nouveau format d’exploitation pour la pornographie : le porno sonore, un concept que la plateforme Voxxx s’est accaparée. Attention c’est chaud !

 

 

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Trionanisme 💃💃 Épisode écrit et interprété par @leleooolele réalisé par @ant1bert1, monté et mixé par @meliarog , produit par @karl.kunt

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J’ai beaucoup aimé mes clients un peu âgés, qui appelaient vraiment pour avoir une conversation avec une jolie femme. Leur gentillesse me faisait du bien. Je ne manquais jamais de leur dire que je les préférais aux jeunes clients qui voulaient m’entendre jouir au bout de deux minutes de conversation. J’avais notamment des clients âgés qui m’appelaient pour des conseils. Sûrement n’avaient-ils pas d’amies femmes assez proches pour savoir comment séduire ou faire plaisir à une femme. J’ai aussi eu ce monsieur dentiste qui me parlait de son amour de jeunesse. Il a dû m’appeler au moins trois ou quatre fois pour me parler longuement de cette femme plus âgée qui avait « fait son éducation sexuelle », comme il disait. Il me disait qu’il l’aimerait toujours, qu’il ne revivrait plus jamais ça avec quelqu’un. C’était émouvant. C’est vraiment le côté « rose » de ce métier.

Comment on fait pour kiffer le téléphone rose ? Il faut aimer parler de sexe !

Comment on fait pour kiffer ce métier ? D’abord, je pense qu’il faut VRAIMENT être ouvert d’esprit. Il faut vraiment être capable de parler de tout, de tous les fantasmes, de toutes les sensations, de toutes les positions. Vraiment. C’est déjà un premier moyen de kiffer. Personnellement, j’aime parler de sexe. J’aime encore plus parler de sexe avec des gens qui prétendent aimer ça (les mecs) mais qui en fait n’y connaissent très souvent rien. Autant vous dire que j’ai fait pas mal d’éducation sexuelle grâce au téléphone rose, au sujet du plaisir féminin, pas si mystérieux que ça, si tant est qu’on s’y intéresse un minimum.

Je pense que pour faire ce métier il faut aussi aimer le sexe, évidemment, et aimer séduire. Ensuite, il ne reste plus qu’à se laisser embarquer dans les fantasmes de l’un ou de l’autre. Chose peut-être étonnante : j’ai souvent pris beaucoup de plaisir pendant ces appels. Ce jeune monsieur qui m’a beaucoup appelée m’a aussi beaucoup fait jouir. Je me souviens de sa voix qui me donnait des frissons. Et j’adorais l’entendre gémir au bout du fil. Je me souviens aussi de deux femmes trans qui m’ont appelée. Elles n’étaient pas out dans la vraie vie mais voulaient être vraiment elles-mêmes pendant nos appels. J’ai beaucoup aimé prendre du plaisir avec elles.

Puis il y a le côté moins « rose »…

Il y a des histoires moins belles aussi. Des hommes à la voix dégueulasse qui, pour le coup, donnent des frissons de dégoût. Des hommes qui appellent en disant qu’ils sont en train de se masturber sur la voie publique. J’ai aussi eu un homme qui m’a parlé d’un fantasme incestueux et pédophile. J’étais sous le choc. J’en ai parlé à ma responsable, et elle m’a dit qu’il n’y avait rien d’autre à faire que de raccrocher. J’étais bien sûr en droit de refuser des appels de mecs relous ou carrément problématiques.

Être une femme et aimer le sexe dans cette société, c’est souvent mal vu. Jeanne a des rapports sexuels hors-couple et ça dérange. 

Je retire beaucoup de choses de ces mois de téléphone rose. Bon, pas beaucoup d’argent. Plus je reste longtemps avec les clients mieux je suis payée ? Le tarif à l’heure varie de 10 à 20 euros. Sachant que les appels sont pas nombreux et constants, encore moins le matin et le début d’aprèm, quand je travaille. J’ai donc appris la patience et la persévérance, parce qu’il faut du temps pour avoir de bons clients, pour créer du lien avec eux. Je pense que le téléphone m’a appris à être agréable même quand je n’en avais pas envie. J’ai aussi appris à sourire plus. Oui, un sourire ça s’écoute aussi. J’ai appris à travailler ma voix, à faire la conversation, chose qui ne m’avait jamais vraiment attiré et que je trouvais plutôt inutile.

Le travail du sexe, un travail comme un autre

Le travail du sexe est un travail comme un autre. Je n’ai pas reçu de remarques de la part de mon entourage, juste beaucoup de gêne venant des gens qui ne sont pas proches de moi. Le sexe, c’est toujours gênant. Souvent, le matin, j’avais pas envie de me connecter, car pas envie de discuter, pas envie de faire la meuf charmante. J’ai rencontré des gens supers à qui je ne reparlerai sûrement jamais. Ma responsable est la plus gentille responsable que j’ai jamais eue. Je ne sais pas combien de temps encore je ferai du téléphone rose mais je pense que je n’ai pas fini d’être surprise par ce métier préhistorique. C’est aussi le charme de ce métier. Son originalité et les histoires à raconter.

 

Emmanuelle, 24 ans, salariée, Paris

Crédit photo Unsplash // CC Luke Southern et CC Ian Dooley

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