Anna E.

Anna E.15 octobre 2018

Les roses sont rouges, le ciel est bleu et moi je suis une parisienne admirant la culture asiatique.

On n’habite pas tous le même Paris

Quand j'ai commencé les cours de japonais dans le très chic quartier Latin à Paris, j'ai découvert le contraste avec mon quartier populaire du 19ème arrondissement.

Par Anna E.15 octobre 2018

Dans mon quartier du 19ème, il n’y a pas les tours ni les vieux immeubles de style haussmannien qu’on s’attend à trouver à Paris. Ici, les immeubles datent du 20ème siècle, ni trop vieux, ni trop modernes. La plupart ne dépassent pas les dix étages. Les rues sont bordées de petits commerces. Il n’y a pas grand-chose à faire mais il fait bon vivre. Voir les mêmes visages chaque jour me donne le sentiment d’appartenir à cet endroit, d’avoir ma place.

Comme je suis très intéressée par la culture japonaise, chaque samedi, je me rends dans le Quartier Latin, à deux minutes du Panthéon, pour prendre des cours de japonais. J’aurais aimé que mon école de japonais soit plus proche de chez moi mais il n’y en avait pas. Je me rappelle que le jour de mon premier cours, en sortant du métro, j’ai été frappée par ce quartier. Je n’y étais jamais allée.

Ils s’habillent mieux, ils parlent mieux

C’était bien le même Paris ? Une des premières choses qui m’a marquée, c’est la propreté. Marcher sans rencontrer une crotte de chien et aussi, en hiver, marcher sur des trottoirs déneigés et sans verglas. C’est différent de mon quartier où l’allée qui va à mon collège est une patinoire et où les profs et les élèves se tiennent au mur pour avancer. Et puis l’architecture, les habits, les gens, tout est différent. Les passants jeunes sont souvent des jeunes étudiants blancs ou des touristes. Il y a peu de mixité. Ça donne une impression de quartier sélectif, avec des critères très fermés. Les architectures des immeubles sont anciennes, les magasins sont remplacés par des hôtels particuliers.

Très peu de personnes portent des survêtements. Les habits chers et les hôtels particuliers représentent la richesse de ce quartier, surtout les vêtements quand je les compare aux miens qui ne sont pas de marques et vieux de plusieurs années. Nous, on s’habille avec ce qu’on a.

Entre le quartier Falguière où Abed vit modestement avec sa famille et la rue de Vaugirard, il y a dix minutes de marche. Mais niveau ambiance, c’est une autre planète. D’un côté, des flics et des vendeurs de shit, de l’autre, des gens “habillés avec des fringues qui coûtent super cher”.

Au début, tout cela me faisait me sentir mal. Je pensais qu’ils étaient mieux que nous. Ils s’habillent mieux, ils parlent mieux et d’autres choses avec « mieux »… Mais à force d’y aller, j’ai remarqué que les gens étaient moins différents que ce que je pensais. On vit sous le même ciel et à la même époque ! Plus tard, j’aimerais vivre dans un endroit dynamique mais qui reste aussi ouvert, mixte et moderne que mon quartier. J’en trouverais bien un dans Paris.

 

Anna, 15 ans, collégienne, Paris

Crédit photo Adobe Stock // © Bruno Bernier

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