Marguerite S.

Marguerite S.12 janvier 2018

Citoyenne et militante. "Les femmes n'ont pas besoin de réformes, elles ont besoin d'une révolution."

Plus de quinze ans de harcèlement !

A 26 ans, Marguerite, militante féministe et ancienne Femen, a déjà été harcelée sexuellement de nombreuses fois, par des hommes inconnus ou proches, vieux ou jeunes... Elle se souvient. Avec douleur.

Par Marguerite S.12 janvier 2018

Mon plus ancien souvenir de harcèlement sexuel date d’il y a plus de 15 ans. Sans pouvoir donner de date précise, je peux dire que j’étais entre l’enfance et la prépuberté. J’étais seule dans la voiture de mes parents alors qu’ils discutaient à l’extérieur. A l’intérieur de la voiture garée devant la nôtre, un monsieur de l’âge de mon père s’est mis à me faire des gestes obscènes et à me regarder de façon insistante. Ca a duré longtemps et au bout d’un moment, n’en pouvant plus, j’ai ouvert la portière pour demander à ma mère d’intervenir.

Agressée par mes petits amis…

Au collège, j’avais l’habitude de m’asseoir au fond du bus scolaire pour être avec mes amis. Le soir, pendant plusieurs années, à chaque fois que je descendais, des garçons assis entre les sièges du fond et la sortie me touchaient les fesses (voire les parties génitales) alors qu’ils devaient descendre après moi.

Un jour, à 14 ans, je me promenais dans le village avec mon petit ami de l’époque et son meilleur ami qui nous devançait en tenant son vélo. Nous marchions en file indienne. À un moment mon petit ami s’est retourné, a baissé sa braguette, m’a saisie par la nuque et m’a forcée à prendre son sexe à demi mou dans la bouche. J’ai mis quelques secondes à me dégager.

Un autre jour, à 15 ans, mon petit ami (un autre), qui n’arrivait pas à bander avec un préservatif, m’a pénétrée par surprise et sans préservatif alors que j’étais allongée nue, sur le ventre, dans son lit.

Pourtant, je lui avais dit plusieurs fois ne pas vouloir avoir de rapport non protégé. Et je ne me souviens pas non plus avoir donné un quelconque signe d’envie ou de consentement à ce moment-là.

… ou par des inconnus

Un soir, alors que j’habitais à Bruxelles, j’ai quitté une soirée complètement ivre. Mes amis étaient partis depuis longtemps, j’étais seule. J’ai décidé de prendre un taxi en demandant au conducteur de faire un stop à un distributeur automatique pour que je puisse retirer de l’argent. Je me suis réveillée dans la voiture devant chez moi et je lui ai demandé pourquoi il ne s’était pas arrêté en route comme prévu.

En deux secondes, il est passé sur la banquette arrière, a déboutonné sa braguette, a saisi ma tête par la nuque et l’a plongée entre ses jambes en me disant que si je n’avais pas d’argent, j’allais devoir lui faire une fellation.

Heureusement, j’avais encore suffisamment de force pour me débattre : j’ai hurlé et j’ai réussi à m’enfuir. Mais j’ai eu très peur, j’habitais un quartier résidentiel désert à cette heure-là.

Et toutes ces autres fois !

Il y a eu la fois où j’ai fait un fuck à un agent de la RATP parce qu’il me regardait comme un gros pervers. Il m’a couru après avec ses collègues, m’a bloquée dans un coin contre un mur et a menacé d’appeler les flics.

Il y a eu la fois où j’ai pris une balle dans ma fenêtre parce que j’avais refusé des avances et hurlé contre des gars qui me harcelaient verbalement tous les jours dans mon quartier.

La fois où au zoo, avec mes parents, alors que je marchais un peu en retrait du groupe, un monsieur est passé à côté de moi en me disant des mots salaces.

La fois où l’un de mes supérieures hiérarchiques, non content d’être réduit à me faire la bise de façon classique, a préféré me coller un bisou humide sur chaque joue.

Il y a eu beaucoup d’autres fois, mais là, c’est déjà pas mal, et c’est douloureux de l’écrire… donc je vais arrêter là.

 

Marguerite, 26 ans, Marseille

Crédit Photo Flickr // CC Duncan C

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