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ZEP4 juin 2018

On compile, on interroge, on résume. Parce que, parfois, nous aussi on a des choses à vous dire !

Pour bien vivre en détention, il faut de l’argent ! (1/9)

Neuf hommes âgés de 19 à 22 ans, détenus à la prison de Fleury-Mérogis, en région parisienne, pour des peines de deux à quatre ans, témoignent de leur quotidien en détention : la cantine, le téléphone, le parloir, le mitard, l’hygiène, la solitude… Ces textes sont issus d'ateliers d'écriture mis en place dans le cadre d'un programme de réinsertion porté par la mission locale des Ulis (Essonne).

Par ZEP4 juin 2018

En prison, il y a beaucoup d’inégalités, des différences entre les détenus. Pour bien vivre, il faut en moyenne 350 euros par mois. Pour le frigo et la télé, comptez déjà 20 euros. Pour le tabac, il faut minimum 160 euros, c’est le plus cher ici. Les gens, quand ils n’ont pas de tabac, ils tournent en rond, pètent les plombs.

La gamelle, je ne veux pas la manger. Du coup je cantine. Des pâtes, du riz, de la farine, des croissants, des œufs, sucré, salé, c’est 150 euros par mois. Quand on est deux dans la cellule, s’il n’y en a qu’un seul qui reçoit, ça tient pas longtemps. Moi, on m’envoie 150 euros toutes les semaines.

Il faut être précis. Un mandat, ça prend quinze jours, un virement deux jours. Si je ne peux pas payer le frigo, ils le vident. J’ai changé de bâtiment récemment et j’ai pas mon frigo. J’ai demandé à le ramener mais il faut que j’attende le mois prochain.

Le lundi, il faut absolument un nouveau virement. Si on n’a pas de crédit, il faut attendre une semaine. Et puis il faut tout prévoir à l’avance. Quand on achète quelque chose, on ne le voit pas arriver tout de suite : c’est comme si vous alliez à Auchan et vous que vous étiez livré dix jours après.

Cet article est issu d’une série de témoignages publiés dans Libération, à lire juste ici.

Certains, la famille les oublie. Ils sont délaissés : ce sont les indigents. On leur donne 20 euros par mois. Soit ils se paient la télé, soit ils ont du tabac. Ces gens-là se retrouvent avec nous pendant la promenade. Ils sont prêts à tout pour récupérer deux-trois cigarettes. Ils s’arrangent en faisant du troc ou demandent des paquets, sans payer. Du coup, ils finissent leur peine sans promenade car, s’ils descendent, c’est la bagarre assurée. S’ils n’ont plus de tabac, ils tapent toute la nuit.

Il y a plein de jeunes qui n’ont pas d’argent. Moi, j’ai économisé. Ceux qui ont de l’argent, on ne les regarde pas pareil. Ça fait des clans.

 

Malik, 19 ans, en détention à Fleury-Mérogis

Crédit photo © Catherine Rechard

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