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Jade L.21 avril 2019

Pour la police, les filles ça fait pas de conneries, donc pas de contrôles !

Jade s'interroge : pourquoi ses copains garçons se font-ils fouiller par la police et pas elle ? Les filles n'auraient-elles jamais rien à se reprocher ?

Par Jade L.21 avril 2019

En juillet 2018, j’étais avec mon petit copain Florian et notre ami Guillaume pour une balade à Enghien-les-Bains, une ville dans le Val d’Oise. Nous sommes arrivés près du lac, à côté d’un Casino. Il y avait beaucoup d’arbres autour du lac, des cygnes au milieu et une petite île. Vers 14h, on a fait du pédalo sur le lac. Une fois l’heure de pédalo finie, nous l’avons ramené à l’endroit où nous l’avions emprunté. Puis, nous avons fait un tour du lac et nous avons commencé à prendre le chemin du retour. Au moment de traverser la route en direction de la gare, une voiture de police est passée et a fait demi-tour. Je me suis demandée pourquoi. Je ne me doutais pas que c’était pour nous.

Bande de filles, un film réalisé par Céline Sciamma, raconte l’histoire de Marieme, 16 ans, lassée de la censure du quartier, de la loi des garçons, de l’école, qui intègre un gang de filles et devient Vic, pour vivre sa jeunesse. Disponible sur Arte !

Les policiers m’ont dit « bonjour », mais pas aux garçons. Ils ont demandé leurs papiers d’identité aux garçons. Moi, rien. Pas de demande. Nous étions en plein milieu de la rue, devant tout le monde. Les policiers ont fouillé mon petit copain et notre ami. Moi, je ne me suis pas fait fouiller alors que dans la patrouille, il y avait une fille. J’aurais dû également être fouillée. J’ai trouvé ça vraiment injuste. Je n’avais jamais eu affaire à un contrôle de police avant.

Parce que je suis blanche aux yeux bleus, je passe plus crème ?

Quand nous sommes arrivées à la gare d’Enghien-les-Bains pour prendre le train, la voiture de police qui nous avait contrôlés est repassée vers nous. Ils ont contrôlé un autre groupe de jeunes, mélangés filles et garçons. Ils ont fouillé tout le monde, même les filles. Ça m’a énormément choquée. Avec les garçons, on en a discuté. Eux aussi trouvaient ça injuste. Pourquoi, je n’ai pas été fouillée alors que les autres filles l’ont été ? Je me suis posé plein de questions. Pourquoi m’ont-ils dit bonjour mais pas aux garçons ? Est-ce les policiers cherchaient un autre groupe de jeunes ? Est-ce que parce que je suis blanche aux yeux bleus, je passe plus crème ?

Basile se souvient de sa toute première interpellation. Il avait 12 ans et rien à se reprocher. Interpellé à 12 ans sans raison, ça m’a dégoûté des flics.

En janvier, il y a eu une autre histoire avec la police dans ma cité. Là, pareil. Tous les garçons, de 15 ans à environ 25 ans, se sont fait fouiller. Que les garçons, pas les filles. On dirait que, pour eux, il n’y a que les garçons qui font des choses illégales alors que pas du tout, les filles aussi en font. On dirait que les filles doivent être parfaites. Que ce ne sont jamais des petites connes et que les mecs sont tous des gros cons, alors qu’il y a des filles qui volent, fument et foutent le bordel.

Pourtant, je n’ai pas l’impression que ça se passe aussi mal pour elles que pour les garçons, c’est étrange. C’est injuste, car on est tous égaux mais, quand ça arrange la police, on n’est plus égaux.

 

Jade, 17 ans, lycéenne, Val d’Argenteuil

Crédit Photo Hans Lucas // © Maxime Reynie  (Reportage Néant – Lyon Antifa – Manifestation Antifa, Lyon, 2017)

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